Homélie
Saint Jean-Baptiste
En ce 22 juin, ma
paroisse d’origine (Montbrelloz) fête sa « patronale » sous la
protection de saint Jean-Baptiste. De plus, nous nous souvenons d’un bon
serviteur de l’Eglise et de la société, François Duc, décédé il y a 40 ans.
D’où le caractère « circonstanciel » de cette homélie.
Il y a comme ça des noms ou des prénoms qui
sont plus que des noms et des prénoms : tout un programme, une feuille de
route pour toute la vie.
Ainsi du petit Jean, le fils unique de Zacharie
et Elisabeth, quelque part en Palestine, celui dont nous fêtons la naissance
aujourd’hui dans cette église qui lui est consacrée. Il faut trois surnoms pour
le caractériser, parmi tant d’autres Jean de ce temps-là.
* D’abord le précurseur, autrement dit celui qui
a conscience qu’il est là pour servir un autre, plus important que lui. Sa
façon d’être lui-même, c’est de conduire vers cet autre, à plein cœur et à
plein temps, avec une totale fidélité. Il l’a dit : « Il faut que lui
grandisse et que moi je diminue, car il est plus grand que moi celui qui vient après
moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. »
* Puis le baptiste. Car servir le
Christ-Messie, ce n’est pas tomber dans la passivité commode, voire paresseuse.
Il a fait signe activement en utilisant les instruments des traditions de son
temps, en particulier ce baptême en vue d’une conversion qui bouscula la
conscience et la pratique de beaucoup de croyants un peu trop satisfaits
d’eux-mêmes, y compris de leur religion. Et Jésus lui-même s’est soumis
humblement à ce rite, pour le valider avant de le dépasser.
* Enfin le prophète, le porte-parole courageux,
qui osa exprimer des paroles fortes, y compris devant les puissants de son
temps, avec tous les risques de cette audace qui l’a finalement conduit au
martyre, là encore, en précurseur de Jésus.
En tout cela, nous reconnaissons la
transparence des grands saints qui brillent, mais par leur humilité, qui
s’activent, mais au service de l’Evangile et non pas à leur compte personnel,
qui dérangent en allant jusqu’au bout de leur périlleuse et si précieuse mission.
Quelqu’un, aujourd’hui parmi nous, porte aussi
un nom qui est tout un programme. Un nom symptomatique qu’il s’est donné à
lui-même sur le conseil d’un ami, a-t-il avoué. « N’oublie pas les
pauvres », a glissé à l’oreille du cardinal Bergoglio son voisin de
conclave le cardinal de Sao Paulo Hummes au moment décisif de son élection
comme évêque de Rome. Il a compris : « Mon nom sera François ». Et voilà le pape
François tout court, pas François premier. Par allusion claire au poverello, ou
petit frère des pauvres, François d’Assise.
Et depuis lors, nous voyons se déployer,
souvent avec joie et toujours avec une grande espérance, les signes, les
paroles et les gestes « franciscains » de notre pape, que nous
accompagnons plus que jamais de nos prières et de nos encouragements.
Car dans notre société et aussi dans notre
Eglise, avoir ou plutôt être un pape sur le modèle de François d’Assise, c’est
suivre la voie ouverte par Jean-Baptiste. C’est pointer sans cesse vers le
Christ, être précurseur par la mise en pratique de l’Evangile quoi qu’il en
coûte, être prophète du Royaume de Dieu en vivant et en promouvant le style de
vie des béatitudes, et d’abord dans l’Eglise, le peuple de Dieu que nous
formons tous ensemble sous la guidée de nos pasteurs.
Il n’était pas pape, mais il était aussi un François
au milieu de nous. Il en avait la mentalité, la fantaisie, le courage, le
rayonnement et surtout la foi : c’est François Duc, dont nous commémorons
avec émotion les 40 ans de son départ vers le Royaume de Dieu.
Il nous a tellement donné, en peu de temps, et
dans l’esprit du prophète d’Assise, l’autre François, son patron et modèle.
Bien sûr, il y a dans le mémorial de ce jour des regrets, du chagrin et
peut-être encore quelques larmes, en pensant à son épouse, à sa famille, à ses
nombreux amis qui auraient tant voulu le retenir parmi eux.
Mais il y a surtout une immense action de
grâces pour ce qu’il fut au milieu de nous, pour ce qu’il nous a permis de
faire avec lui et avec d’autres, et toujours au service des autres, à commencer
par les plus pauvres, les exclus, les oubliés de notre société.
Il l’a fait par la poésie, par le chant, par l’enseignement,
par l’animation faite de beauté et d’imagination débordante, notamment sous le
beau vocable de l’Entraide. Et finalement par la prière et le don de sa propre
vie, jeune mais si remplie de générosité et de dévouement. En un mot :
d’amour. Par là, il nous a aidés à devenir meilleurs. François d’Assise, lui
aussi, est mort jeune. Il avait 44 ans.
Mais quand une vie, fût-elle brève, est gorgée
d’amour, il y a de l’éternel qui s’allume dans le ciel, et les fleurs qui
s’épanouissent –même sur nos tombes- et les fruits qui mûrissent, au delà des souvenirs,
dans la poursuite de nos engagements, ont des parfums et des saveurs
d’éternité.
Là où Jean le Baptiste et François d’Assise se
donnent la main et nous donnent leurs mains, dans le cœur palpitant du Christ
ressuscité. Et dès ici-bas dans l’eucharistie.
Continuons donc de célébrer fraternellement, et
nos souvenirs, et notre reconnaissance, et nos engagements humains et chrétiens,
dans l’ambiance de la communion des saints.
Claude
Ducarroz
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