vendredi 29 janvier 2016

De quoi je me mêle

De quoi je me mêle

Je la sens venir, je l’entends déjà, cette phrase plus ou moins assassine : « De quoi se mêle l’Eglise ? Elle fait la leçon aux autres alors qu’elle ferait mieux de balayer devant sa porte ! »
Je peux comprendre. Le même jour, la Conférence des évêques suisses dit tout le mal qu’elle pense de l’initiative de l’UDC sur la mise en œuvre des mesures contre les étrangers criminels, et notre évêque tente de solder devant l’opinion publique le lamentable passé de l’orphelinat Marini où des ecclésiastiques ont sévi impunément sur des enfants et des jeunes.

Pauvre Eglise ! La voilà, une fois de plus, coincée entre le devoir de s’exprimer en prophète courageux dans la société, et la pénible obligation de confesser publiquement les forfaits commis par certains de ses ministres patentés.

Qu’est-ce à dire ? Faut-il que l’Eglise se taise et se terre en attendant qu’elle soit assez parfaite pour oser encore une parole forte et crédible ?

L’Eglise –autrement dit les chrétiens que nous sommes- sera toujours en position incon- fortable, entre deux solidarités d’inégale valeur. Composée d’hommes pécheurs, comment l’Eglise ne serait-elle pas contaminée par l’impact des  péchés du monde, a commencer par les nôtres ?  Pénitente, toujours à réformer, ainsi que le concile Vatican II nous l’a rappelé, l’Eglise ne peut que reconnaître sa part de responsabilité dans les erreurs et les horreurs qui affectent et infectent notre humanité. C’est d’autant plus vrai quand ce sont des petits et des innocents qui en subissent les conséquences. Alors l’Eglise et ses autorités ne peuvent se racheter, si possible, qu’en jouant la transparence totale et en exprimant une sincère demande de pardon à Dieu et aux victimes.

Mais en même temps, placée sous les énergies de l’Esprit, l’Eglise ne peut se soustraire à sa mission d’annoncer l’Evangile à temps et à contre-temps. Elle le fait en se laissant brûler la première par le feu purificateur de la Pentecôte. Par fidélité à ce qu’elle est par pure grâce dans le plan de Dieu, elle doit garder au cœur le courage d’attester toujours et de protester quand il le faut. Mais qu’elle le fasse avec modestie dans la manière, en esprit d’humble service, et non pas en juge arrogant et impitoyable.

Comme elle vient à point, l’année de la miséricorde !
Miséricorde pour l’Eglise elle-même, tant elle se sent et se sait imparfaite, donc à purifier par l’amour indéfectible de son Seigneur.
Miséricorde par l’Eglise qui ne doit pas se laisser paralyser par ses propres fautes, mais oser faire rayonner les lumières et les promesses de l’Evangile dans notre monde, par fidélité conjointe à Dieu et à l’humanité.
Y compris en remettant en question ceux qui, en elle et dans la société, abîment l’homme, écrasent les pauvres, désespèrent les faibles.

Miséricorde, Seigneur ! Sur nous et sur notre monde !

Claude Ducarroz





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