lundi 16 septembre 2013

Prédication à Notre-Dame du Vorbourg

Homélie
Croire en Dieu en Eglise

Faut-il être un peu dingue -et peut-être même beaucoup- pour être chrétien ? La question vous paraît sans doute bizarre et même un peu provocante. Et pourtant elle n’a rien d’original puisque, selon l’évangile que vous venez d’entendre, cette question a été posée publiquement à propos de Jésus : « Sa famille vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : Il a perdu la tête ! »
 Oui, Jésus a passé pour un fou aux yeux de ses proches. Alors les disciples de ce Jésus-là, qui l’ont suivi et le suivent encore, ne seraient-ils pas, eux aussi, de doux cinglés ? Je ne serais pas étonné qu’on vous ait dit cela un jour. Je suis sûr que certains l’ont pensé, même s’ils n’ont pas osé ou voulu vous le dire.

Croire en Dieu, c’est déjà un saut qui ne va pas de soi. Ca se discute, comme on dit. Et même de plus en plus.
Croire au Christ, fils de la Vierge Marie et fils de Dieu, mort et ressuscité, c’est encore plus étonnant. On le conteste toujours plus, même chez nous..
Mais alors croire en l’Eglise, au point de lui accorder sa confiance et de faire partie de cette famille : ça, c’est devenu incompréhensible aux yeux de beaucoup.

Heureusement quelqu’un –précisément de la famille de Jésus- vient nous accompagner dans l’aventure de la foi. C’est la mère de Jésus, celle qui le connaissait le mieux –sa maman-, celle qui l’a suivi jusqu’au bout, autrement dit jusqu’à la croix. Et justement, elle a continué sa mission avec l’Eglise, elle qui était là après la résurrection et l’ascension, avec les disciples et les apôtres, quand l’Eglise a démarré sous le souffle de l’Esprit.

Il y a dans la figure de Marie tout le chemin de la foi.
* Marie, fille de Sion, la juive croyante, qui méditait la parole de Dieu en y adhérant de tout son cœur humble et priant.
* Marie, mère de Jésus, la première chrétienne, qui accueillit et fit grandir en elle le Verbe fait chair de sa chair, pour mieux le donner au monde en tant que Sauveur universel.
* Marie, mère de l’Eglise, présente à Pentecôte avec quelques femmes et les nouveaux frères et sœurs de Jésus. Comme la maman qui surveille les premiers pas de son enfant.

* Par sa foi en Dieu, Marie nous met en relation avec tous les croyants du monde, quelle que soit leur religion. Il y a tant d’hommes et de femmes sincères qui lèvent leurs yeux vers le ciel et prient le Dieu unique, encore largement inconnu, qui les aime aussi.
* Par sa foi dans le Christ de la croix et de la pâque, Marie nous met en communion avec tous les chrétiens du monde, dans les diverses Eglises, malgré leurs malheureuses divisions, parce que ce qui nous unit déjà est bien plus grand que ce qui nous sépare encore.
* Par sa présence à l’Eglise des origines, Marie nous invite à nous engager dans notre Eglise pour recevoir avec reconnaissance tout ce que le Seigneur veut nous donner en passant par cette communauté une, sainte, catholique et apostolique.
Mais attention ! Recevoir sans rien lui donner en retour, ce n’est pas marial, ce n’est pas chrétien.

Bien sûr, comme pour les apôtres, nous sommes les enfants de la grâce du Christ. Comme eux, dans la prière, il nous a choisis pour être avec lui, appelés et consacrés par le baptême, notre source. Mais, comme eux encore, il nous a aussi envoyés et il ne cesse de le faire, afin d’annoncer sa parole, de témoigner pour l’évangile, de faire passer la bonne nouvelle aux générations à venir, jusqu’aux extrémités du monde.

Dans cette communauté, chacun a sa place parce que tous sont invités et par conséquent impliqués. Voyez ceux qu’il a choisis en premier. Pas des gens parfaits ou surdoués, mais d’humbles pêcheurs de Galilée, des humains pleins de faiblesses et de défauts, y compris Judas, celui qui allait le livrer. Ce fut eux, c’était ça, la première Eglise fondée par Jésus lui-même.

Dès lors nous n’avons plus aucune excuse. Avec la grâce de Dieu, avec sa miséricorde, nous pouvons, nous devons constituer l’Eglise d’aujourd’hui, chacun avec ce qu’il a et surtout ce qu’il est, à condition de ne pas le garder rien que pour soi. Il suffit de le partager avec d’autres pour que vive cette Eglise de la foi, de l’espérance et de l’amour.

Comme la première Eglise, l’Eglise d’aujourd’hui peut passer par des épreuves. Nous connaissons la feuille de route de son histoire : écouter la parole, prier l’Esprit Saint, se rassembler avec les apôtres et leurs successeurs, chercher ensemble les meilleurs voies pour une plus grande fidélité à la fois à l’évangile et aux signes que le Seigneur nous adresse dans les circonstances de notre temps.
Comme le fit il y a 50 ans le concile Vatican II. Comme nous y invite encore aujourd’hui le pape François et nos évêques.

Il ne faut pas aller chercher trop loin. Chacun de nous, là où il vit, est un disciple choisi, appelé, envoyé. Donc c’est là que le Seigneur compte sur nous et que Marie nous donne la main. Là, en famille, dans le milieu de travail, dans son village ou son quartier, jusque dans les engagements sociaux, politiques, écologiques, culturels. Et bien sûr tout simplement dans sa paroisse, au moment où nous avons besoin de l’apport de tous pour faire vivre –et parfois survivre- nos communautés chrétiennes devenues de petits troupeaux. Mais Jésus n’a-t-il pas dit aux apôtres, ce qu’il nous redit à nous aujourd’hui : « Ne crains pas, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » Lc 12,32.

Vous le voyez : être des dingues de Jésus, avec Marie et les apôtres, tous ensemble, c’est une belle vocation !

                                   Claude Ducarroz


Prédications à Notre-Dame du Vorbourg



Homélie
Croire en Dieu en famille

La famille ! Notre joie ! Notre croix !
N’est-ce pas ainsi qu’on peut résumer la situation des familles dans notre société occidentale ?

Notre joie, certes. Chacun de nous, par expérience ou par souvenir, pourrait dire tout ce qu’il doit, en positif d’amour, à sa famille, celle dont il est le fruit ou celle qu’il a lui-même fondée. Sans doute n’y a-t-il aucune famille parfaite. Mais la vie, l’affection, l’éducation et souvent la foi nous sont venues par elle. l’oublier.
Sachons le reconnaître et le dire à celles et ceux qui nous firent de tels cadeaux.

Notre croix aussi. L’évolution des couples et des familles dans le monde actuel est souvent la cause de bien des soucis et même à l’origine de beaucoup de souffrances dont les enfants innocents font souvent les frais. Inutile d’aligner des statistiques alarmantes - par exemple sur les divorces, les familles sans mariage ou les familles monoparentales- pour justifier nos perplexités, nos questionnements, nos inquiétudes.

Si ça peut nous consoler ou plutôt nous encourager : la famille de Jésus de Nazareth ne fut pas non plus de tout repos.
Tout semblait avoir très bien commencé puisqu’il est dit dans l’évangile : « L’enfant Jésus grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui ». Quoi de mieux ?
Mais plusieurs crises ont pourtant marqué l’existence de la sainte famille.

Très tôt –il avait douze ans-, Jésus fait problème en restant à Jérusalem avec les docteurs de la loi, tandis que ses parents retournaient à Nazareth sans lui. Vous devinez l’angoisse. « Vois comme nous avons souffert en te cherchant », lui dit Marie, en forme de reproche à peine voilé. C’est qu’il lui fallait être chez son Père. Réponse énigmatique, que Marie et Joseph ne comprirent pas sur le moment.
La vocation exceptionnelle de Jésus devait déjà passer avant tout le reste, ce qu’il ne manqua pas de manifester par la suite, au point que plusieurs fois les gens de sa famille le traitèrent de fou et voulurent le ramener à la raison en le rapatriant à Nazareth.
En vain, car accomplir la volonté de son Père –qui est aux cieux- était plus forte que tous les liens de famille ou de village. Décidément la vie de famille avec Jésus, malgré la sainteté de ses membres, ne fut pas un long fleuve tranquille.

Mais, au milieu de toutes ces vicissitudes, une chose demeurait solide, c’est vrai : justement la vie de foi partagée. Car ce Jésus surprenant devenait adulte « sous le regard de Dieu et des hommes ». Et Marie, sans doute aussi en dialogue avec Joseph, « gardait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ».

Il n’y a pas de famille sans problèmes, sans crises, sans épreuves qui peuvent faire mal, très mal parfois. Notre société, avec sa moralité toujours plus élastique, favorise davantage le vagabondage hédoniste que l’attachement aux valeurs solides qui soutiennent les familles. Nous avons au moins cette chance : notre Eglise mise encore sur des amours durables parce que fidèles, sur des couples consacrés par le sacrement de mariage, sur des familles nourries par la vie spirituelle, sur les pardons qui réconcilient et permettent de repartir avec confiance.
Je le sais : la vie de foi ne donne pas une clef magique pour éviter tous les problèmes, voire certains échecs. Mais elle propose aux couples un dessein d’amour de qualité, elle consolide les familles dans un bonheur partagé, elle leur offre le carburant religieux pour affronter les moments difficiles.

C’est une évidence : une famille sevrée des nourritures spirituelles est plus fragile qu’une famille qui s’appuie sur la parole de Dieu méditée, sur la prière à la maison, sur une participation active à la vie de l’Eglise et à sa liturgie.
Pour tenir le coup dans une société veuve de repères solides, il faut qu’il y ait du Nazareth dans nos familles. Pas la perfection illusoire de la tranquillité plate – même à Nazareth, ce n’était pas ainsi-, mais le bonheur jailli des efforts de tous pour grandir ensemble « sous le regard de Dieu et des hommes ».

L’apôtre Paul pensait-il aux familles quand il dressait pour les chrétiens de Rome la charte de la vie communautaire selon le modèle de l’évangile ? Une telle qualité de relations vaut sans doute pour tous les chrétiens, quel que soit leur état de vie, y compris pour les communautés religieuses ou sacerdotales. Nous devons aussi nous interroger sur la « vie de famille » que nous menons.
Mais il est certain que nos couples et nos familles feraient bien de relire cette lettre pleine de bons conseils, qui décline les multiples facettes de l’amour mis en pratique quand nous devons gérer des « vivre ensemble » profonds au plus quotidien de l’existence.

Pour relever ces défis, nous avons tout intérêt à prendre avec nous la sainte famille de Nazareth, là où il y avait à la fois de la liberté et de l’obéissance, de la piété et de l’ouverture aux autres, sur les ailes de l’amour de Dieu et du prochain.

Jésus, Marie, Joseph : ce n’est pas une recette magique, c’est une bonne compagnie à inviter, à fréquenter, à imiter. Et nos familles trouveront ou retrouveront le bonheur de partager la foi, l’espérance et surtout l’amour.

                                   Claude Ducarroz






Prédications à Notre-Dame du Vorbourg

Homélie
Croire en Dieu jusqu’au bout

Les dernières paroles. Les derniers cadeaux.

Certains parmi nous ont vécu cela, lors du départ de ce monde d’un parent proche, d’un ami. Avec quelle émotion ! Avec quel respect ! Avec quelle reconnaissance ! Car à ce moment-là, sobrement mais de tout cœur, on donne ce qu’on a de meilleur, qu’on voudrait laisser en héritage, le signe du plus grand amour.

Ce fut ainsi pour Jésus sur la croix. Et c’était pour nous.
La veille de sa mort, il a déjà presque tout donné « aux siens », comme il appelait ses amis.
* Un message d’abord, pour inviter à l’amour fraternel et à l’unité pour son Eglise. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés… Qu’ils soient un comme nous sommes un, afin que le monde croie ! »
* Et puis deux gestes qui s’appellent et se complètent. Le lavement des pieds pour montrer un exemple à suivre dans la communauté chrétienne : « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». Un certain type de relations entre chrétiens.
Enfin l’eucharistie, corps livré, sang versé par amour. « Faites cela en mémoire de moi. ».
Bientôt ce sera la finale, car il nous aima jusqu’au bout, lui qui nous a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Il l’a fait. Pour nous aussi.

Manquait-il quelque chose à ces cadeaux divins ? Oui, Marie, la mère de Jésus. Elle aussi, il nous l’a donnée avant de mourir.
 Elle était là au pied de la croix, avec quelques femmes, toujours les plus fidèles et les plus courageuses dans de telles circonstances. Et puis un disciple, un seul, pour nous représenter tous, y compris ceux qui ont préféré s’enfuir au moment suprême.
Quelques paroles brèves, entre deux soupirs, et tout est dit. Tout est donné, offert jusqu’au bout : « Femme, voici ton fils… Voici ta mère… »

Donc un double cadeau. Jésus nous donne d’abord nous en cadeau à Marie, quelque part à sa place, puisque nous devenons, comme disciples, les fils et les filles de Marie à qui il nous confie. Un drôle de cadeau, puisqu’il s’agit de nous, avec nos misères, nos faiblesses et même nos reniements. Marie, en silence, accepte ce présent des mains crucifiées de son fils. Elle nous prend chez elle, elle nous accueille en elle, comme une immense famille à rassembler en son sein maternel pour le faire naître à l’univers de l’évangile. Neuf mois, elle a porté Jésus dans son sein. Pour toujours, elle nous abrite dans son cœur.

Et l’autre cadeau suit aussitôt. Il est pour nous, et d’une toute autre qualité : c’est Marie elle- même, sa propre mère, qu’il nous offre, celle qui lui a donné la vie, avant de nous livrer la sienne. Il n’a vraiment rien gardé pour lui. Il nous a remis même sa maman.

Un cadeau, même somptueux, ne s’impose pas. Il est offert à notre liberté. C’est pourquoi il est noté dans l’évangile : « A partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » Encore fallait-il que Marie soit accueillie par le disciple bien-aimé, que chez lui, ce soit aussi chez elle.

Et que chez eux désormais, le Christ ressuscité puisse venir habiter par son Esprit après sa résurrection, lui qui a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » Deux, trois : c’est le minimum d’Eglise pour que Jésus puisse y venir planter sa tente et marcher avec nous, lui qui est en même temps « le chemin, la vérité, la vie. »

Aujourd’hui, que nous soyons nombreux ou peu nombreux, nous sommes cette Eglise qui rassemble les disciples de Jésus, qu’ils aient été avec lui au pied de la croix, qu’ils se soient retrouvés sur le rivage pour reconnaître le Ressuscité à la fraction du pain ou qu’ils aient été présents au Cénacle au moment de la Pentecôte.

Cette Eglise est toujours à la fois apostolique et mariale. Marie est avec les apôtres réunis et les vrais disciples la prennent chez eux. Nous sommes ensemble dans l’alliance nouvelle et éternelle.

Il nous faut traduire cela aujourd’hui dans la vie de l’Eglise et dans nos existences personnelles. Tout ici, dans cette chapelle et par son histoire, nous invite à mettre cela en pratique jusqu’au bout. Par notre passion pour la parole de Dieu, par notre faim et soif de l’eucharistie, par notre engagement à faire Eglise et par notre piété mariale. Tout ce qu’il faut pour faire Eglise !

N’allons pas séparer ce que Jésus a si bien uni sur la croix en donnant sa vie pour nous. Ne refusons aucun de ses cadeaux : la parole biblique, les sacrements issus de son cœur transpercé –eau et sang-, la communauté apostolique et sa mère Marie : tous des signes vivants de son amour infini pour nous et pour toute l’humanité.

Quoi qu’il arrive et nous arrive, que ce soit dans la société en convulsions, dans une Eglise qui peine ou dans les soubresauts de notre cœur, cramponnons-nous aux branches de l’évangile. Car elles sont toute chargées de cadeaux, qui aident à vivre, qui redonnent courage dans les épreuves et qui nous conduisent finalement jusque dans la vie éternelle.

Sous le doux regard de Marie, sa mère et notre mère, après avoir ouvert largement ses bras sur la croix, Jésus ressuscité les tend maintenant vers nous pour nous presser sur son cœur.

Je viens de relire une lettre de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus à un missionnaire en Chine, qui était un peu troublé dan son âme. Elle lui écrit : « Cher petit frère, ne vous traînez plus aux pieds de Notre Seigneur.  Jetez-vous plutôt dans ses bras ! ».

Laissez-vous, laissons-nous enfin aimer.

                                   Claude Ducarroz


dimanche 25 août 2013

Fête de la dédicace de la cathédrale

Homélie
Dédicace de la cathédrale

Trois fêtes en une ! Vous en avez donc pour votre argent. Spirituel, évidemment.
En cette solennité de la dédicace de notre cathédrale, nous pouvons puiser la grâce à trois niveaux de profondeur.

Il s’agit d’abord de ce sanctuaire, si cher à notre cœur. Le 6 juin 1182, l’évêque de Lausanne Roger de Vico Pisano est venu consacrer la première église construite au cœur de ce quartier du Bourg, au dessus des falaises de la Sarine. Que les fondateurs de notre cité -les ducs de Zaehringen- aient voulu aussitôt édifier une église en ce lieu, et déjà dédiée à saint Nicolas de Myre : voilà qui atteste de leur foi, conformément au psaume 127 : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs. Si le Seigneur ne garde la ville, en vain la garde veille. »

Depuis lors, notre ville a beaucoup grandi. Et cette église aussi, puisque de 1283 à 1490, on a construit par dessus la petite église romane des origines, cette grande église gothique qui fait aujourd’hui notre fierté et suscite tant d’admiration. Comme il est important dès lors que ce lieu sacré –véritable symbole de notre cité- soit bien entretenu, toujours accueillant à celles et ceux qui viennent y chercher un espace de recueillement, une découverte de beauté, une invitation à se tourner vers le Ciel. A l’instar de ce que vivaient les juifs pieux dans le temple de Jérusalem dont parle le prophète Ezéchiel.

Merci à tous ceux et celles qui s’engagent à maintenir la qualité évangélique, esthétique et simplement humaine de notre cathédrale. J’espère que bientôt les changements provoqués par l’ouverture du pont de la Poya permettront d’améliorer encore l’ambiance et les offres dans et autour de notre cathédrale.

Mais tout cela -si utile, si nécessaire- n’est pas encore l’essentiel. Ce sanctuaire a été construit et a été peu à peu embelli pour accueillir en priorité les croyants désireux de faire communauté dans une vaste « maison de famille ». Une église, si belle qu’elle soit, n’est pas un musée religieux. C’est d’abord un espace construit pour faciliter le rassemblement des chrétiens qui veulent rendre gloire à Dieu, écouter ensemble sa Parole, célébrer les sacrements, s’unir dans la prière et une vraie fraternité.

La dédicace de l’église avec e minuscule, c’est la fête de l’Eglise avec E majuscule. C’est notre fête. Nous commémorons en ce jour la présence et l’action de tous ces chrétiens qui, tout au  long des siècles, ont accueilli, vécu et transmis les saints mystères célébrés ici. De sorte que, héritiers de toutes ces traditions, nous puissions maintenant, à notre tour, recueillir et prolonger cette magnifique histoire, sans doute tissée par des chrétiens imparfaits –comme nous-, mais tenue et soutenue par tant de fidélités, de conversions et finalement de sainteté.

Comme il nous faut réentendre le message de l’apôtre Paul aux Corinthiens, alors qu’il n’y avait pas encore d’église de pierre pour les rassembler : « Vous êtes la maison que Dieu construit… Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. » Finalement, toutes les liturgies et toutes les pastorales, en leurs diverses initiatives, nous rappellent cela. Aujourd’hui plus que jamais.

Fête de cette église. Fête de l’Eglise que nous sommes. Fête aussi de l’Eglise universelle, car tout ici nous renvoie à plus que nous, plus haut, plus loin. Nous sommes dans un lieu emblématique d’horizons plus larges, qu’il nous faut prendre en compte. De paroissiale, cette église est devenue collégiale en 1512. De collégiale, elle est devenue cathédrale en 1924. Et aujourd’hui, par toutes sortes de mouvements qui brassent la vie de l’Eglise et agitent la société, cette église devient toujours plus un port qui rassemble, mais aussi un tremplin qui envoie au large, aux périphéries, comme aime à le répéter notre pape François.

Les paroisses collaborent dans des unités pastorales. Une cathédrale doit être particulièrement sensible au diocèse puisqu’elle est la première église de l’évêque. Par ailleurs, cette cathédrale, de par son histoire, est devenue « la maison du peuple » de Fribourg, avec ses autorités, mais aussi ses invités et ses passants, parmi lesquels de nombreux touristes de toutes nations, cultures et religions. Nous avons encore des efforts à faire pour inscrire cela dans notre manière d’habiter et d’accueillir en notre cathédrale.
Jésus, dans l’évangile n’a pas craint la manière forte pour redonner au temple de Jérusalem sa vraie vocation parce que « l’amour de la maison de Dieu faisait son tourment », comme il est écrit.
Respect du passé et ouverture aux signes des temps, fidélité essentielle et imagination réformiste peuvent aller de pair.

Mais aujourd’hui, soyons surtout dans la joie !  Bonne fête à la cathédrale, à nous l’Eglise ici et à l’Eglise universelle.


                                                           Claude Ducarroz

dimanche 18 août 2013

Homélie du 20ème dimanche du temps ordinaire

Homélie du 20ème dimanche C

Finies, les vacances ! Les textes de la liturgie de ce dimanche nous parlent tous de travail, d’efforts et même de souffrances. Ils invitent les chrétiens à être des combattants.

* Parce qu’il dérangeait par ses prédications et ses prédictions, le prophète Jérémie a été jeté dans une citerne pleine de boue.
* L’épître aux Hébreux nous propose de fixer nos yeux sur le Christ qui a enduré l’humiliation de la croix et l’hostilité des pécheurs avant de s’asseoir à la droite de Dieu.
* Enfin, Jésus lui-même nous avertit que, finalement, il est venu mettre sur la terre la division plutôt que la paix, même si le fait de prédire une certaine hostilité entre la belle-mère et la belle-fille n’a rien de très original.

Que la vie chrétienne, quand elle se veut fidèle au message de Jésus, soit une lutte : est-ce que ce n’est pas évident, est-ce que nous n’en faisons pas l’expérience ? Ou alors serait-ce que nous sommes des chrétiens en chaise longue, qui prolongent indéfiniment leurs vacances spirituelles, qui se sont mis, plus ou moins, en congé de l’évangile ?

* Lutter pour la foi. Nous constatons bien, chez nous aussi, que le peuple des croyants diminue au point de devenir ce que Jésus appelait un « petit troupeau », parfois un peu perdu dans la masse de ceux qui doutent, qui décrochent, qui s’opposent, qui nient, renient, dénient.
* Lutter pour l’espérance. Au cœur d’une civilisation qui fournit tant d’anesthésiants pour tromper en nous la faim et la soif de vie éternelle, nous passons pour des rêveurs naïfs quand nous osons encore parler d’au-delà et de résurrection.
* Lutter pour la charité. Si notre humanité a multiplié les moyens de vivre, a-t-elle élargi nos cœurs dans le sens d’une société où chaque être humain, quel qu’il soit, pourrait avoir le minimum pour vivre dignement ? Nos démarches de solidarité et de partage nous semblent si souvent des gouttes d’eau dans un océan de misères, de violences et d’injustices insurmontables.

Le tableau est bien sombre, me direz-vous. Vous nous menez droit dans le mur de la dépression, du découragement, de la démission.
Alors regardons les textes de plus près.

* Face au sort injuste et cruel du prophète Jérémie, quelqu’un s’est levé courageusement pour demander justice et compassion. C’était un officier étranger et païen.
* En fixant notre regard sur Jésus, l’auteur de l’épître aux Hébreux nous incite à ne pas céder au découragement parce que le Christ crucifié est aussi le ressuscité.
* Si Jésus, inévitablement, suscite la division en se proposant à notre liberté, il apporte aussi une paix contagieuse dans le cœur de celles et ceux qui veulent bien le suivre sur son chemin pascal.

Un chrétien sera toujours dans une situation difficile, fragile, inconfortable. A cause de ses propres faiblesses humaines et à cause d’un monde qui ne vit pas toujours –peut-être même pas souvent- sur la longueur d’onde de l’évangile. Mais il tient bon, malgré ses limites, parce qu’il croit, parce qu’il sait, parce qu’il expérimente qu’il n’est pas seul dans son combat.

* Il y a d’abord ce Jésus qui a ouvert devant nous le chemin de la vraie vie humaine, selon le rêve de Dieu, qui veut finalement notre bonheur dans le plein exercice d’un amour à l’image du sien. Et qui ne cesse de venir à notre rencontre par sa parole, par ses sacrements, par le don intime de son Esprit.

* Il y a aussi cette « foule immense des témoins » dont nous parle l’épître aux Hébreux. On peut penser à ceux qui nous ont précédés, par exemple celles et ceux qu’on appelle les saints, canonisés ou non. Ils nous prouvent qu’il est possible de vivre vaillamment en ce monde tel qu’il est, en trouvant la bonne lumière pour éclairer nos sentiers, en misant sur l’amour pour être heureux et faire des heureux, en maintenant le cap de l’espérance en la vie éternelle.

* Heureusement, il y a des témoins qui vivent encore aujourd’hui au milieu de nous et qui nous donnent la main, dans notre Eglise, comme par exemple actuellement le pape François.  Mais il y en a aussi dans les autres Eglises, dans les autres religions et même parmi celles et ceux qui se prétendent sans religion, mais qui sont des hommes et des femmes de bonne volonté, cohérents avec leurs convictions humanistes, courageux dans leurs engagements pour la promotion de la justice, de la solidarité et de la paix en ce monde. Dieu reconnaîtra les siens !

Finalement, ce que le Christ nous demande, c’est de lui faire confiance et de nous investir pour les autres. Pour, et non pas contre.
* Oui, lutter avec l’Esprit du Christ, mais pour une meilleure humanité.
* Oui, combattre, mais avec les seules armes de l’amour, de la générosité, du don de soi, comme Jésus. C’est d’ailleurs en ce faisant que nous trouverons notre bonheur, déjà en ce monde et plus encore dans l’autre.

Wath else ?

                                   Claude Ducarroz


jeudi 15 août 2013

Entre désirs et besoins

Entre désirs et besoins

A la faveur des vacances, j’ai été invité à une joyeuse réception autour d’un grand buffet fort abondant et même succulent. Au delà de l’effet gourmandise, ce fut un poste d’observation privilégié pour « apprécier » notre société occidentale. Edifiant !
Entraînés par le (mauvais) exemple de leurs parents, des adolescents se sont précipités sur les bonnes choses qui leur faisaient de l’œil. Vous devinez la suite. Emportés par leurs désirs presque infinis, ils ont rempli leurs assiettes de manière non seulement généreuse mais carrément débordante. Evidemment, les besoins réels, même gargantuesques, ne peuvent pas être au niveau des désirs fantasmés, surtout quand ceux-ci sont si démesurés. Résultat des courses : plus de la moitié de ces appétissantes victuailles sont demeurées pêle-mêle dans les assiettes avant de finir dans les poubelles, et au mieux dans une déchetterie pour recyclage hasardeux.
Parabole vivante et assez dégoûtante de notre société de consommation. Tout, tout de suite : c’est plus qu’un slogan. Les désirs, attisés par la tentation des matières bien présentées, montent à l’assaut des convives alléchés. Même leurs besoins –pourtant forcément limités- ne parviennent pas à résister à l’attaque consumériste. Il suffit de constater le nombre d’enfants et de jeunes déjà en surpoids.
Et je ne voudrais pas oublier un détail, si l’on ose dire. Tous les (nombreux) serviteurs de ces agapes provenaient des Philippines et d’Inde. Que pensaient-ils devant tant de gaspillages, eux qui doivent affronter, pour eux ou autour d’eux, la triste réalité d’enfants et de jeunes dévorés par la malnutrition, et peut-être même la faim, avec leurs sous-produits de misère matérielle, sociale, morale ? Silence !
Il y a des tables, et surtout des attitudes, qui vous coupent l’appétit ! Et peut-être vous font réfléchir, sait-on jamais !
Réagir ? Agir ?

Claude Ducarroz

Cette réflexion a paru sur le site www.cath.ch

mercredi 14 août 2013

Assomption de Marie

Homélie
Assomption 2013

Au risque de vous étonner, en cette fête de l’Assomption de Marie, je voudrais conduire vos regards vers un vitrail de notre cathédrale qui ne fait aucune allusion à la sainte Vierge. Regardez sur votre gauche, derrière la chaire, le vitrail des martyrs. On n’y voit aucun personnage biblique, mais deux hommes –saint Maurice et saint Sébastien- et deux femmes -sainte Catherine et sainte Barbe- dont le point commun est le cruel martyre qu’ils ont subi autour de l’an 300.

Le peintre Joseph Mehofer -qui a réalisé ce vitrail en 1901- a poussé le réalisme jusqu’à représenter au dessous de chaque personnage la brutalité de son supplice. Tous sont nus, y compris les femmes, dans une sorte de déploiement indécent de la cruauté.

Mais regardez bien. Discrètement, je dirais même humblement, dans chaque carré inférieur de ce vitrail, le peintre a ajouté le visage d’une femme dans quatre attitudes significatives qui, elles, peuvent nous ramener à Marie.
Que font ces femmes dans ce contexte de barbarie ? En commençant par la droite, la première prie les mains jointes. La deuxième pleure. La troisième donne un baiser à saint Maurice. Et la quatrième soutient et relève saint Sébastien criblé de flèches.

Il y a trois manières de lire et d’interpréter ces visages de femmes très énigmatiques.
On peut d’abord y reconnaître la vie et la mission de Marie, la mère de Jésus et notre mère.
* Elle a prié, notamment en acceptant le mystère de l’incarnation par ces mots qui anticipent la prière du Notre Père : « Qu’il me soit fait selon ta Parole. » Et puis elle a prononcé la si belle prière du Magnificat.
* Elle a pleuré au pied de la croix de son Fils et sans doute en bien d’autres circonstances.
* Elle a embrassé Elisabeth dans le mystère de la Visitation, et les autres femmes en pleurs avec elle au Calvaire.
* Elle a soutenu activement l’Eglise naissante dans le mystère de la Pentecôte.

C’est cette Marie-là que nous fêtons aujourd’hui dans la gloire. Ce qu’elle fut et ce qu’elle fit sont maintenant « éternisés », autrement dit résumés et tranfigurés dans la communion parfaite avec Dieu. L’assomption ne doit pas être détachée de l’histoire concrète de Marie parmi nous. C’est la servante du Seigneur à Nazareth, c’est la mère réfugiée à Bethléem, c’est celle qui a su faire de ses visites des Visitations, c’est la mère douloureuse près de la croix, c’est la compagne des apôtres dans l’accueil de l’Esprit : c’est cette Marie-là, trop souvent représentée loin de nous sur des nuages, que nous fêtons joyeusement en ce jour. Oui, aujourd’hui toutes les générations peuvent la dire bienheureuse parce que le Seigneur a fait pour elle des merveilles. Saint est son nom.

Et maintenant revenons à notre vitrail. Ce que nous avons discerné chez Marie, la mère de l’Eglise, il faut que toute l’Eglise l’imite et le vive.
Ces visages de femmes, c’est aussi le rappel de la mission de l’Eglise –donc de chacun de nous- dans notre monde si souvent blessé par les injustices et les violences

L’Eglise, c’est la communauté des priants sous toutes les formes.
C’est aussi la congrégation des hommes et des femmes sensibles à toutes les misères, qui répondent par la solidarité de toutes les compassions.
L’Eglise, c’est surtout la communion de tous ceux et toutes celles qui misent sur l’amour, jusqu’au pardon, jusqu’à la miséricorde, jusqu’au don de soi.
C’est enfin la chaîne infinie de celles et ceux qui se portent au secours des faibles et des pauvres, pour les relever, pour les réconforter, pour les re-susciter.

Je vous avoue que j’ai reconnu tout cela, avec une grande émotion, dans la première visite de pape François hors de Rome, le lundi 8 juillet dernier quand il est allé à Lampedusa rencontrer les requérants d’asiles rescapés des naufrages.
Il a prié avec eux et pour eux. Il les a encouragés, et aussi celles et ceux qui les accueillent. Il a pleuré avec eux. Il nous a demandé de les aimer en combattant concrètement la triste globalisation de l’indifférence. Ce pape nous a donné un exemple évangélique et marial.

Enfin un dernier regard sur ce vitrail et sur Marie. A dessein, le peintre a placé des visages de femmes pour mieux suggérer son discret message. Encouragé par la fête mariale de ce jour, je voudrais reconnaître et magnifier le rôle extraordinaire des femmes dans notre société. Sans oublier l’Eglise non plus, où elles ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur.
 Oui, dans un monde de bruts –qui sont souvent des hommes-, nous comptons plus que jamais sur l’engagement des femmes afin qu’elles nous montrent un autre chemin pour le bonheur de l’humanité toute entière.
La prière de la foi, certes, mais aussi la puissante douceur de la compassion, l’amour vrai et la solidarité en actes.

Comme Marie, avec Marie.


Claude Ducarroz