samedi 3 mars 2012

Homélie du 2ème dimanche de Carême

Homélie
2ème dimanche de Carême

« Ils ne savaient que dire, tant était grande leur frayeur ».

Mettons-nous à la place des apôtres. On comprend alors leur stupéfaction. Cette irruption d’une lumière fulgurante qui peint en blanc éclatant le visage et jusqu’aux vêtements de Jésus : bizarre autant qu’étrange. Et pourtant c’était parti d’une bonne intention de la part de Jésus. Il avait invité avec lui les trois apôtres qui seraient les proches témoins de sa passion. Il s’entretenait avec Moïse et Elie, une manière indirecte de dire qu’il était bel et bien le Messie puisque les grands prophètes d’Israël venaient témoigner pour lui. Et puis cette voix qui, comme à son baptême par Jean-Baptiste, proclama le cœur de son mystère et sa véritable identité : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le ». Toute une révélation !

Mais finalement, que s’est-il passé, là-haut sur cette montagne ? Qu’est-ce que cette transfiguration ?

La gloire de Dieu n’a cessé d’habiter le Christ puisqu’il est le Verbe incarné, « plein de gloire et de vérité », comme le dira saint Jean. Mais cette gloire était comme retenue, contenue pour bien faire apparaître la pleine humanité de Jésus de Nazareth, homme parmi les hommes, pétri comme nous de chair et de sang, de pauvretés et de fragilités. Cette splendeur rayonnante investira définitivement le corps de Jésus dans le mystère de sa résurrection. Alors, la mort n’ayant plus aucun pouvoir sur lui, il laissera cette gloire divine irradier toute sa personne pour manifester la victoire de la Pâque définitive.

Ici Jésus, par un geste d’anticipation, signe d’une grande délicatesse, laisse jaillir déjà quelques rayons de sa majesté, surtout à l’intention de ses disciples, et particulièrement des trois qui devront affronter de près le mystère de la croix, à commencer par l’agonie de sueurs et de sang, tout le contraire de la beauté pascale. Il y a dans la scène de la transfiguration une sorte de préparation à la vision de l’humiliation du Christ, afin que la foi de ces témoins du pire ne défaille pas, à cause du souvenir du meilleur annoncé et comme déjà présenté dans l’expérience de cette métamorphose.

Que retenir pour nous ? « Enfants de la résurrection », comme le dira Jésus lui-même (Cf. Lc 20,36), nous sommes encore en attente de ce passage dans la gloire avec notre frère aîné déjà parvenu dans le Royaume. La vie en ce monde n’est pas encore un paradis, même si elle y conduit puisque nous sommes précédés et attendus par le ressuscité de Pâques. Dans nos existences personnelles et dans le cours de l’histoire collective de l’humanité, il y a encore beaucoup de passages difficiles, d’agonies à supporter, de croix à porter. En ce dimanche des malades, nous en prenons conscience avec les innombrables souffrants de notre terre.

Mais l’évangile de la transfiguration est là pour nous réconforter et pour nous rendre espoir. En nous aussi, quelles que soient nos épreuves -de corps, de cœur, d’esprit-, l’anticipation de la Pâque peut se manifester, comme des rayons de lumière derrière les nuages, que ce soit avant l’aurore ou au crépuscule, qui défient la nuit.
Oui, il y a de la transfiguration en acte quand des pardons viennent réconcilier des personnes en rupture, quand des générosités s’exercent à l’égard des plus pauvres -que ce soit chez ou à l’autre bout du monde-, quand des gestes d’amour, tout simples, rejoignent des gens frappés par la maladie ou le deuil, quand des étrangers sont accueillis au lieu d’être marginalisés, quand des moments de prière illuminent nos journées, quand on s’engage gratuitement dans l’Eglise ou dans la société au lieu de toujours courir après ce qui rapporte, quand des hommes et des femmes travaillent pour établir ou rétablir la justice et la paix entre les peuples, quand on sème de la beauté –musicale par exemple- dans les jardins d’une humanité en friche, etc…

La transfiguration au quotidien est donc à notre portée. Nous pouvons en fournir de bonnes doses autour de nous, comme le soleil généreux qui darde ses rayons jusque dans les recoins des ombres ou, plus modestement, comme la lueur de la lune peut éclairer même la nuit des chemins de solitudes ou de découragement.
Derrière toutes ces lumières à intensité variable, mais néanmoins aussi chaleureuses, il y a des signes de la présence de Dieu au milieu de nous, il y a des transfigurations christiques, il y a le doux rayonnement de l’Esprit.
Et peut-être irons-nous jusqu’à dire comme saint Pierre qui contemplait le Christ sur la montagne de la transfiguration : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ». Avec toi, dès maintenant, en attendant l’entrée dans la pleine gloire du Royaume, lorsque Dieu sera enfin « tout en tous ».

Claude Ducarroz

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