samedi 11 novembre 2017

Légal ? Moral ?

Tout est légal. Circulez ! Il n’y a rien à voir. Et surtout rien à juger, rien à changer.
L’affaire des « paradise papers » vient de révéler une face très sombre de la politique et de l’économie mondialisées. Sous prétexte que « tout est légal », des riches échappent impunément au fisc alors qu’ils doivent –comme tout un chacun- payer leurs impôts, d’autant plus qu’ils peuvent s’en acquitter sans courir le risque de tomber dans la dèche. Sans vergogne, des avocats brandissent le cache-sexe de la légalité pour défendre ces privilèges inacceptables et maintenir ces graves injustices.
Car l’impôt, dans un système démocratique, ne sert pas seulement à fournir à l’Etat de quoi accomplir ses tâches. Il établit une certaine solidarité sociale sans laquelle la convivance devient impossible. Si tous contribuent à la caisse commune, chacun doit le faire selon ses moyens. Ce n’est que justice : les plus fortunés paient davantage.
Que penser alors d’un Etat qui autorise l’évasion fiscale et même couvre pudiquement des pratiques qui sont de véritables spoliations ? Que font nos politiques pour remédier à ce scandale ? Leur passivité n’est-elle pas une complicité ? Et pendant ce temps-là, la proportion des pauvres augmente parmi nous, y compris en Suisse. Que dire alors des populations vivotant dans les pays de la misère alors que leurs dirigeants, avec la collaboration « légale » de nos élites économiques, s’en mettent plein les poches ?
Je suis indigné.
Il est temps de remettre un peu de moralité dans nos légalités. Car il ne suffit pas qu’une loi existe, même par la grâce de la démocratie, pour qu’elle légitime des comportements contraires à la justice et à la solidarité. Toute conscience simplement humaine peut et doit le comprendre. A fortiori quand une telle conscience est éclairée par les lumières de l’évangile. Toute la Bible redit la colère de notre Dieu contre ceux qui oppriment les pauvres, commettent l’injustice, faussent les balances, s’enrichissent sur le dos des plus faibles. Et Jésus. N’a-t-il pas mis en garde contre l’idolâtrie de l’argent, le culte rendu à Mamon ?
J’ose espérer que nos femmes et hommes politiques, à commencer par celles et ceux qui se réfèrent plus ou moins ouvertement au christianisme, s’engageront courageusement pour changer les règles de ce mauvais jeu, y compris chez nous.
Il y va de leur crédibilité, de leur honneur, de leur foi.

Claude Ducarroz


A paru sur le site  cath.ch

vendredi 3 novembre 2017

Scribes... Pharisiens. Et nous?

Commentaire pour le 5 novembre 2017
Matthieu 23,1-12
Scribes, pharisiens… Et nous ?

Une fois de plus, l’évangile de ce dimanche présente un texte à triple détente.
D’une part, il rapporte des échos plutôt gratinés de la polémique entre Jésus et les scribes et pharisiens, ces notables d’Israël qui enseignent dans la chaire de Moïse, mais sont pleins d’hypocrisie puisqu’ils disent et ne font pas.
Par ailleurs, on devine les relations tendues entre les juifs et les premières communautés chrétiennes qui, peu à peu, occupaient le terrain dans les milieux religieux de ce temps-là. L’évangéliste ne manque pas de rappeler quelques faits et paroles de Jésus pour encourager ces chrétiens en butte à certaines contestations et même hostilités.
Mais n’oublions surtout pas que de tels messages nous concernent nous aussi, aujourd’hui, puisque l’Eglise les propose à notre méditation pour que nous en fassions bon usage dans notre vie chrétienne, qu’elle soit personnelle ou communautaire.

Car, dans la société et même dans l’Eglise, il ne manque pas de personnages qui aiment occuper les places d’honneur en se faisant appeler « Maître », « Père » ou « Docteur », des titres que Jésus remet en question. On peut évidemment considérer ces « dignités » comme des usages plus ou moins innocents portés  par de simples coutumes sociales ou ecclésiales. Mais les mots ont un sens. On sait qu’ils peuvent nous faire déraper en instillant dans la tête et le cœur de ceux qui les exigent ou les confèrent certains poisons loin d’être inoffensifs.
Jésus lui-même en est conscient. Le soi- disant maître peut abuser de son pouvoir, le père peut se prendre pour un petit dieu et le docteur écraser les autres par la superbe de sa science. Une fois de plus, nous dit l’évangile, « il ne doit pas en être ainsi parmi vous ». Les habitudes mondaines ne doivent pas contaminer les âmes et les relations chez les disciples du Christ. Car notre seul maître, c’est Dieu, notre Père. Et le docteur/enseignant, c’est le Christ. En toutes choses, la priorité est à notre maître intérieur, l’Esprit du Père et du Fils.

S’il en est ainsi, les conséquences se font immédiatement sentir. « Vous êtes tous frères ». L’Eglise est donc une vaste fraternité. Celles et ceux qui exercent les charismes de l’autorité, de l’accompagnement et de la connaissance sont d’abord au service de leurs frères et sœurs, selon ce que nous dit Jésus : « Le plus grand parmi vous  sera votre serviteur. » Dont acte.
Tout cela semble de la « petite morale » qui pourrait provoquer un haussement d’épaules. Il n’en est rien. Que de fois, dans l’histoire de l’Eglise et des Eglises, des scissions et même des divisions durables sont issues d’attitudes contraires au devoir d’humilité et à l’esprit de service qui doivent caractériser celles et ceux qui sont devenus les leaders de nos communautés. Certes, les ministères d’autorité, d’influence et de science sont utiles et même nécessaires, non seulement pour le bon ordre qui doit régner dans les communautés, mais aussi pour le plein rayonnement de l’évangile. Mais il reste la vérité de cette petite phrase de Jésus : « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé ».
Une question d’esprit.
Un état d’Esprit.
                                                                       Claude Ducarroz
A paru sur le site  www.cath.ch



                        

mardi 31 octobre 2017

Toussaint 2017

Commentaire pour le 5 novembre 2017
Matthieu 23,1-12
Scribes, pharisiens… Et nous ?

Une fois de plus, l’évangile de ce dimanche présente un texte à triple détente.
D’une part, il rapporte des échos plutôt gratinés de la polémique entre Jésus et les scribes et pharisiens, ces notables d’Israël qui enseignent dans la chaire de Moïse, mais sont pleins d’hypocrisie puisqu’ils disent et ne font pas.
Par ailleurs, on devine les relations tendues entre les juifs et les premières communautés chrétiennes qui, peu à peu, occupaient le terrain dans les milieux religieux de ce temps-là. L’évangéliste ne manque pas de rappeler quelques faits et paroles de Jésus pour encourager ces chrétiens en butte à certaines contestations et même hostilités.
Mais n’oublions surtout pas que de tels messages nous concernent nous aussi, aujourd’hui, puisque l’Eglise les propose à notre méditation pour que nous en fassions bon usage dans notre vie chrétienne, qu’elle soit personnelle ou communautaire.

Car, dans la société et même dans l’Eglise, il ne manque pas de personnages qui aiment occuper les places d’honneur en se faisant appeler « Maître », « Père » ou « Docteur », des titres que Jésus remet en question. On peut évidemment considérer ces « dignités » comme des usages plus ou moins innocents portés  par de simples coutumes sociales ou ecclésiales. Mais les mots ont un sens. On sait qu’ils peuvent nous faire déraper en instillant dans la tête et le cœur de ceux qui les exigent ou les confèrent certains poisons loin d’être inoffensifs.
Jésus lui-même en est conscient. Le soi- disant maître peut abuser de son pouvoir, le père peut se prendre pour un petit dieu et le docteur écraser les autres par la superbe de sa science. Une fois de plus, nous dit l’évangile, « il ne doit pas en être ainsi parmi vous ». Les habitudes mondaines ne doivent pas contaminer les âmes et les relations chez les disciples du Christ. Car notre seul maître, c’est Dieu, notre Père. Et le docteur/enseignant, c’est le Christ. En toutes choses, la priorité est à notre maître intérieur, l’Esprit du Père et du Fils.

S’il en est ainsi, les conséquences se font immédiatement sentir. « Vous êtes tous frères ». L’Eglise est donc une vaste fraternité. Celles et ceux qui exercent les charismes de l’autorité, de l’accompagnement et de la connaissance sont d’abord au service de leurs frères et sœurs, selon ce que nous dit Jésus : « Le plus grand parmi vous  sera votre serviteur. » Dont acte.
Tout cela semble de la « petite morale » qui pourrait provoquer un haussement d’épaules. Il n’en est rien. Que de fois, dans l’histoire de l’Eglise et des Eglises, des scissions et même des divisions durables sont issues d’attitudes contraires au devoir d’humilité et à l’esprit de service qui doivent caractériser celles et ceux qui sont devenus les leaders de nos communautés. Certes, les ministères d’autorité, d’influence et de science sont utiles et même nécessaires, non seulement pour le bon ordre qui doit régner dans les communautés, mais aussi pour le plein rayonnement de l’évangile. Mais il reste la vérité de cette petite phrase de Jésus : « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé ».

Une question d’esprit.
Un état d’Esprit.
                                                                       Claude Ducarroz


                        

samedi 21 octobre 2017

Homélie du 29ème dimanche ordinaire

Homélie
29ème dimanche ordinaire
Matthieu 22,15-21

Il fallait s’y attendre. Quand on exagère dans les compliments, c’est qu’on a une idée derrière la tête. Une demande à exprimer, quand ce n’est pas un piège habilement tendu, ce qui était le cas pour Jésus.

« Tu es toujours vrai… tu enseignes le chemin de Dieu en vérité… tu ne te laisses influencer par personne… tu ne considères pas les gens selon l’apparence, etc… » C’était beaucoup, et même trop, y compris pour le Messie Jésus de Nazareth.
Et voici le piège. Si Jésus dit qu’il ne faut pas payer l’impôt aux Romains, il se pose en opposant politique à l’autorité en place. A ses risques et périls. S’il dit le contraire, il apparaît comme un complice de ces vilains Romains oppresseurs. Quoi qu’il dise ou fasse, il se met dans de beaux draps, comme on dit vulgairement.

C’est la pièce de monnaie  qui va le sauver, si l’on peut dire. « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ?... De César !...Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Rien que cette petite phrase, citée par les trois évangélistes synoptiques, a suscité à travers les siècles toutes sortes d’interprétations contradictoires, qui ont parfois justifié des violences et même des guerres, impérialistes ou religieuses.

Lorsqu’on retient surtout la première partie de la phrase –« rendez à César ce qui est à César », en oubliant la deuxième partie –« et à Dieu ce qui est à Dieu », les pouvoirs de ce monde, qu’ils soient politiques, économiques ou militaires, sont tentés d’exiger une obéissance absolue, voire aveugle, à leurs ordres impérieux.

Que de fois, au cours de l’histoire et jusqu’à aujourd’hui, n’a-t-on pas vu des hommes ou des partis justifier leur tyrannie par la toute-puissance de César jugée parfaitement légitime en vertu de ce principe : « Rendez à César ce qui est à César ». De sorte que les chrétiens eux-mêmes se sont mis à plat ventre devant des dictateurs sanguinaires simplement parce qu’ils avaient le pouvoir, et à fortiori quand ces mêmes despotes se revendiquaient eux-mêmes comme chrétiens.

A l’inverse, on a aussi vu des hommes d’Eglise, et notamment certains papes, forcer sur l’injonction de rendre à Dieu ce qui est à Dieu pour imposer à tous, et parfois par la violence, une société dite chrétienne qui piétinait la liberté de conscience et les droits humains universels. Ils voulaient imposer Dieu au mépris de l’homme.

Heureusement, pour le témoignage de l’évangile et pour l’honneur de l’Eglise, à toutes les époques, des hommes et des femmes se sont levés courageusement pour protester contre ces excès autoritaires, que ce soit pour dire, comme les premiers apôtres : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ».  Ac 5,29, ou comme Jésus lui-même qui déclara : « Les chefs des nations vous tiennent sous leur pouvoir et domination. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous. » Mc 10,42-43.
Et beaucoup ont même payé de leur vie leur résistance aux abus de pouvoir, que ce soit dans les Etats, et parfois même dans les Eglises.

Et aujourd’hui, me direz-vous. Le contexte a beaucoup changé, du moins chez nous, mais nous savons que ce n’est pas partout dans le monde. Dans l’Etat, les principes démocratiques, imparfaits mais globalement positifs, se sont peu à peu imposés, souvent d’ailleurs contre une Eglise catholique fort réticente. Nous pouvons vivre en paix, si nous respectons les droits humains, qui sont un minimum nécessaire pour cohabiter dans le respect des uns et des autres, surtout si nos sociétés sont plurielles, y compris du point de vue religieux. Les chrétiens peuvent ainsi rendre à César ce qui est à César en toute conscience, sans exclure qu’à certains moments ils doivent faire objection de conscience si des lois manifestement injustes leur étaient imposées. En assumant les conséquences, évidemment.

Notre ligne de conduite est claire : participer loyalement à la vie de la cité comme des citoyens actifs et lucides, autrement dit critiques à l’égard de toutes les tentatives de dresser l’Etat en maître absolu. Et surtout se laisser guider par les priorités et les valeurs données par l’évangile dans nos engagements politiques, économiques, culturels et écologiques.
Agir de cette façon, c’est rendre à César ce qui lui revient, et déjà rendre à Dieu ce qui est à lui, parce que rien n’est plus cher à notre Dieu que l’amour fraternel et la justice, dans nos comportements interpersonnels, mais aussi dans nos structures communautaires. Autrement dit, ce qui n’est pas chrétien, c’est de se désintéresser de la vie sociale, de bouder les invitations et incitations à construire une société plus humaine, de s’enfermer dans un certain égoïsme, parfois sous prétexte de spiritualité, comme si le vivre ensemble nous était devenu indifférent.

Après quoi, bien sûr, ou plutôt avec cela, il nous faut manifester notre passion pour le Christ et son évangile par une vie religieuse qui signifie clairement que la figure de ce monde passe et que nous sommes appelés à attendre et même à préparer le ciel nouveau et la terre nouvelle promis par le Seigneur au-delà des heurs, bonheurs et malheurs de ce monde.

Une remarque écrite vers l’an 190 déjà par un chrétien l’Alexandrie sous un régime strictement païen peut nous éclairer encore. Il dit : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes… Leur genre de vie n’a rien de singulier…. Ils s’acquittent de leurs devoirs de citoyens… Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie leur est une terre étrangère… Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel… Ils obéissent aux lois établies, mais leur manière de vivre est plus parfaite que les lois.
En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. »

Magnifique ! Tout un programme !

Claude Ducarroz

jeudi 19 octobre 2017

Deux nouveaux livres


Claude Ducarroz a collaboré à la rédaction et la publication de deux nouveaux livres.

* Bernard DUCARROZ - Avec les mots du coeur  Editions Cabédita  2017
* Pour que plus rien ne nous sépare - trois voix pour l'unité par Claude Ducarroz, Noël Ruffieux et Shafique Keshavjeee  Editions Cabédita 2017
On peut obtenir ces deux livres directement auprès de Claude Ducarroz  cl.ducarroz@bluewin.ch ou 026 321 27 04  ou 076 317 56 25

samedi 7 octobre 2017

Homélie

Homélie

Dimanche 8 octobre 2017

Mt 21,33-43


Un opéra italien. L’évangile de ce dimanche contient tous les ingrédients pour faire un bon opéra italien. Jugez plutôt : la jalousie, le complot, le sang, la vengeance. Tout y est.  Mais Jésus lui-même nous met en garde : c’est une parabole, autrement dit un récit qu’il faut interpréter, non pas à la lettre, mais en y cherchant d’utiles leçons pour la vie. Et ici : la vie selon et avec le Christ.

Qui sont les auditeurs concernés et que faut-il retenir ?

Jésus s’adresse d’abord aux grands prêtres et aux anciens du peuple, autrement dit à ses auditeurs immédiats, sur le parvis du temple de Jérusalem. Discrètement –mais ils le comprennent très bien-, le Christ leur rappelle les aléas de l’histoire d’Israël, quand la patiente fidélité de Dieu s’est souvent heurtée aux infidélités du peuple, notamment quand les prophètes/serviteurs ont été en butte non seulement à l’incompréhension, mais aussi à la persécution, jusqu’à la mort. Et maintenant que le Fils lui-même est à l’œuvre, voici que le même sort l’attend, et pire encore.
La passion et la croix pointent à l’horizon. Jésus adresse aux responsables d’Israël une sorte de dernier avertissement, dramatique. Car la pierre qu’ils vont rejeter deviendra la pierre d’angle, une merveille aux yeux de tous. C’est une allusion au mystère pascal.


En fait, les évènements se sont déroulés comme le Seigneur l’avait prévu. Les chefs du peuple élu ont, dans leur grande majorité, refusé le Messie, Jésus de Nazareth. Et après la Pentecôte, ce sont les païens, plutôt que les juifs, qui ont suivi le Christ et embrassé l’évangile, en vertu de la promesse : Le Maître du domaine louera la vigne à d’autres vignerons.

Dans les communautés chrétiennes pour lesquelles l’évangéliste Matthieu écrit cet évangile, les tensions ne manquaient pas, justement entre croyants issus du monde juif et les convertis venus du  monde païen. Il fallait leur expliquer -aux uns et aux autres- que tous les chrétiens sont désormais à égalité devant la grâce du salut obtenu par le Christ mort et ressuscité.

Les privilèges d’Israël sont passés maintenant dans une Eglise –le nouvel Israël- qui ouvre largement les portes de la foi à toute personne de bonne volonté, qu’elle soit d’origine juive ou de culture païenne.
Il y a dans cet évangile l’image et le symbole d’une Eglise vraiment catholique, universelle, pourvu que tous ses membres, avec la grâce de Dieu, donnent des fruits de foi, d’espérance et surtout d’amour.

Et nous, me direz-vous, où sommes-nous dans cette parabole, nous qui l’entendons dans la liturgie par le service de l’Eglise d’aujourd’hui ? Car ne croyons pas que nous ne sommes pas impliqués –on dit aujourd’hui « impactés » - dans ce que Jésus a raconté au titre de cette parabole.
Nous faisons partie de ces « autres vignerons » auxquels le Seigneur à remis sa vigne en faisant de nous des héritiers des trésors qu’il a laissés après lui et pour tous les hommes de tous les temps.
Il s’agit du royaume de Dieu destiné à produire ici-bas déjà toutes sortes de beaux et bons fruits, en attendant la pleine vendange dans le ciel.  Toutes les variétés humaines doivent pouvoir éclore, fleurir et donner des fruits d’évangile en Eglise et dans notre monde. A condition, bien sûr, comme le dira Jésus plus tard, que les sarments restent en communion avec le cep.

C’est le sens de notre rassemblement ce matin : écouter à nouveau la parole de Dieu, lumière sur notre route, communier à la nourriture spirituelle qu’est l’eucharistie, nous laisser  dynamiser par l’Esprit Saint, qui souffle où il veut.

Et ensuite porter des fruits dans les vastes champs du monde, fruits de justice, de solidarité, de paix, d’amour tous azimuts. Car l’Eglise ne doit pas devenir une forteresse assiégée pour chrétiens frileux qui se seraient mis à l’abri derrière ses murailles. Nous formons une communauté d’envoyés au large du monde et de l’histoire, dans le souffle de la Pentecôte. Vous vous en souvenez : cet Esprit avait fait sortir les apôtres apeurés d’un cénacle trop confortable pour les propulser sur la place publique afin de témoigner pour le Christ et l’évangile à la face de tous, dans la variété de leurs cultures.

Le pape François ne cesse de nous rappeler cela, en parlant des périphéries de notre société vers lesquelles il nous invite à aller, certes pas pour se dissoudre dans les modes ou céder aux pressions des propagandes, mais pour offrir vaillamment l’évangile toujours actuel, toujours neuf, à nos frères et sœurs en humanité, quels qu’ils soient.

Que voilà un beau programme de vie pour l’Eglise…que nous sommes tous, ne l’oublions pas.
                                                                           Claude Ducarroz



Drame vigneron

27ème dimanche du temps ordinaire
Matthieu 21, 33-43

Drame vigneron


Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus raconte une histoire qui contient tous les ingrédients susceptibles de constituer un drame palpitant, digne d’un opéra italien. De la jalousie, du sang, de la vengeance : tout y est. Mais attention ! Jésus lui-même nous avertit : il s’agit d’une parabole à interpréter avec discernement. Située entre la parabole des deux enfants (21,28-32) et la parabole du festin nuptial (22,1-14), cette allégorie pointe en deux directions.
Comme Jésus parle dans le temple en s’adressant aux grands prêtres et anciens du peuple qui remettent en question sa crédibilité (21,23), il fait une allusion assez claire à l’histoire mouvementée du peuple d’Israël dans ses relations avec son Dieu. La fidélité de Dieu et les infidélités d’un peuple qui tua ses prophètes. Et voici que ça recommence avec Jésus, le Fils, le Messie promis et advenu, que les responsables du peuple, dans leur majorité, refuseront, comme la pierre rejetée par les bâtisseurs, qui est pourtant la pierre d’angle. (v. 42)
L’avertissement vise aussi les premières communautés chrétiennes dans lesquelles il faut expliquer pourquoi les païens sont à égalité parfaite avec les juifs d’origine, du moment que les uns et les autres ont accroché leur vie au Christ Sauveur, « l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ». Les fruits du mystère pascal peuvent être produits dans toutes les nations. (v. 43) C’est l’universalité de l’Eglise.
Et nous, ici et maintenant ? Ne croyons pas trop tôt que cette parabole ne nous concerne pas puisque nous sommes l’Eglise et en Eglise. Car, au-delà des applications immédiates, Jésus met en point de mire l’entrée dans le Royaume de Dieu ( le temps de la vendange), qui nous implique tous, jusqu’à la fin des temps. Si le salut, du côté de Dieu, est acquis une fois pour toutes en Jésus le Christ, notre accueil de cette miséricorde a aussi quelque chose à faire avec notre liberté, celle qui est invitée à croire, à espérer, à aimer. Tels sont les fruits que chacun de nous peut et doit produire, avec la grâce de Dieu évidemment.
Ainsi donc, en ce temps de vendange sur nos coteaux plantureux, nous pouvons nous arrêter un instant, relire cet évangile de saison et prier le Seigneur de faire de nous de bons ouvriers à sa vigne.
Claude Ducarroz
A paru sur le site www.cath.ch






vendredi 8 septembre 2017

Eglise: problèmes et solutions

Eglise : problèmes et solutions
Matthieu 18,15-20

Il y a deux manières d’interpréter cette page de l’évangile de Matthieu. On peut retenir surtout un fidèle écho de l’enseignement de Jésus à ses disciples. Il les met en garde contre toutes sortes de dangers dans leurs relations plus ou moins fraternelles. Les méchantes tentations ne manquent pas. Une fois de plus, Jésus invite à la conversion.
On peut aussi trouver dans ces quelques lignes comme un scanner de l’état des communautés chrétiennes au temps des apôtres. A dire vrai, le diagnostic n’est pas très brillant. Même en ses débuts, l’Eglise est loin d’être parfaite. Heureusement, le recours aux paroles et aux exemples de Jésus fournit des solutions aux problèmes et même prescrit des remèdes contre les maladies ecclésiales. Aujourd’hui encore !
Constat : il y a des frères et sœurs qui pèchent. En quoi ? ce n’est pas précisé, mais c’est suffisamment grave pour nécessiter un traitement d’urgence, avec une progression dans l’application de la médecine spirituelle.
Première étape : reprendre le fautif seul à seul. Deuxième étape, si nécessaire : se faire aider par un petit groupe de personnes bienveillantes. Enfin, en cas d’échecs précédents : alerter toute la communauté. Et seulement au terme de ce processus de patience et de persévérance, il peut être justifié d’abandonner le pécheur à son sort ou  plutôt de le confier à la miséricorde de Dieu.
Pour résoudre les inévitables conflits entre frères – même dans les meilleures communautés chrétiennes-, on retiendra l’exercice recommandé par Jésus, à savoir des démarches interpersonnelles et plutôt discrètes, avant d’impliquer d’autres personnes. On remarquera que les solutions doivent être trouvées, autant que possible, dans la communauté elle-même, là où la charité constitue la loi suprême, là où le pardon doit rayonner, là où on préfère délier pour libérer plutôt que lier pour enfermer.
Cependant, il y a encore deux derniers mots à retenir, à savoir des ultimes recours tellement typiques de l’ADN des chrétiens.
D’abord la prière, celle qui doit imbiber toute la vie, surtout s’il y a des problèmes d’apparence insoluble. Même seulement à deux, surtout quand il faut supplier pour trouver un accord, la prière est toujours nécessaire et souvent suffisante.
Enfin, ne jamais perdre la conscience que la communion avec le Christ est tellement plus profonde que les conflits agitant la surface de nos relations communautaires. Cette communion n’est-elle pas fondée solidement sur la présence certaine du Christ au milieu de ceux qui sont réunis en son nom, même s’ils ne sont que deux ou trois ?
Cette prière et cette présence, encore mieux que nos démarches purement humaines, peuvent dénouer tant de situations apparemment sans issue, dans nos familles et dans nos communautés.
Puisque nous sommes tous des êtres fragiles et des chrétiens imparfaits, ne nous étonnons pas de rencontrer dans nos communautés d’Eglise des difficultés et des problèmes inhérents à cette condition humaine. Mais la mystérieuse actualité du Christ, au cœur de nos vies personnelles et dans nos relations communautaires, peut encore faire des merveilles d’amour, de pardon et de réconciliation.
Heureusement.
                                                                                  Claude Ducarroz
A paru sur le site  cath.ch


mardi 22 août 2017

Assomption de Marie



Assomption 2017

Une femme dans le ciel ! Plus encore : elle a le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
L’Eglise catholique n’a pas la réputation d’être particulièrement féministe, et la voilà qui met en évidence, glorieusement, une femme, en l’occurrence une petite servante de Nazareth, un bled obscur de Galilée.

Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

L’explication, qui n’efface pas le mystère, se trouve en Dieu. Cette femme ordinaire était en fait extraordinaire. Car Dieu l’a choisie entre toutes les femmes pour en faire la mère de Jésus, le fils de  Dieu fait chair, par sa libre et pleine collaboration au dessein de l’incarnation et de la rédemption, de tout son cœur, de tout son corps, de toute sa foi : « Qu’il me soit fait selon ta parole. »
Dès lors, elle a pu chanter  sans se vanter : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles, saint est son nom. » Et maintenant, nous pouvons ajouter, sans déroger à la gloire de Dieu : « Marie, tu es bénie entre toutes les femmes… Oui, toutes les générations te disent bienheureuse. »

Heureuse, comme nous l’imaginons spontanément, tu le fus, mais pas toujours.
Marie a connu l’espérance de la grossesse, le bonheur de la naissance de son enfant, mais aussi l’épreuve de la pauvreté à la crèche de Bethléem, les aléas de l’exil en Egypte, l’inquiétude et même l’incompréhension à cause d’un certain Jésus qui prit ses distances pour suivre sa vocation. Et surtout, au pied de la croix, elle a porté et supporté dans son cœur de mère, la mort de son enfant qu’elle savait innocent et sacrifié.

Aujourd’hui, nous sommes à la fête à cause de Marie. Ou plutôt nous communions dans la joie avec sa communion parfaite avec son fils Jésus le ressuscité. Selon la tradition de l’Eglise, en Orient et en Occident, nous croyons que la mère a suivi son fils dans la gloire comme  elle a été associée de très près aux mystères de sa passion. L’assomption de Marie, c’est un peu la suite logique de sa maternité qui a donné un corps et un cœur humain au sauveur du monde. Et ce sauveur le lui rend bien en la prenant à ses côtés, avec son corps et son cœur à elle, dans la gloire de Pâques.

Mais attention. Que ce privilège n’éloigne pas Marie de nous, qui sommes aussi ses enfants puisque Jésus l’a confiée pour mère au disciple, à tous les disciples. Elle reste de la famille, dans la famille, humaine, très humaine. « A partir de cette heure-là, dit l’évangéliste, le disciple la prit chez lui. » Et nous aussi.

Le Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes. Il y a 500 ans, Martin Luther nous l’a rappelé. Opportunément. Violemment.
Marie est seulement, mais c’est déjà beaucoup, la première en chemin pour aller vers Jésus. Oui, elle nous précède, mais sans nous lâcher la main, dans la communion des saints. Elle nous précède dans la foi si nous suivons son conseil : « Faites tout ce que Jésus vous dira. » Elle nous tient dans ses bras maternels quand nous traversons des épreuves, elle qui a traversé les siennes à cause de Jésus, mais surtout avec lui, jusqu’au bout. Elle nous entraîne à faire Eglise avec les apôtres et tous nos frères et sœurs selon l’évangile, comme elle l’a fait par sa présence et sa prière au Cénacle de Jérusalem, en attendant l’Esprit promis.  Aujourd’hui, elle nous montre en personne l’accomplissement de la promesse, à savoir l’entrée programmée -corps, cœur et âme- dans le royaume des cieux, auprès de Jésus ressuscité, quand nous aurons franchi les ravins de la mort.

Il est beau, il est bon que ce soit une femme, cette femme, servante et royale, humble et glorieuse, qui nous accompagne et nous entraîne sur le chemin qui mène à la pleine communion avec le Christ Jésus  pascal.

15 août 2017                                                 Claude Ducarroz                              

En eurovision 

samedi 12 août 2017

En croisière avec Jésus

19ème dimanche du temps ordinaire A
Croisière avec Jésus
Mt 14,22-33

On connaît le contexte de l’aventure. Jésus vient d’apprendre qu’Hérode a fait assassiner Jean-Baptiste (v. 1-12). Il éprouve le besoin de prendre du recul, de se retrouver seul, à l’écart, dans un lieu désert, pour y prier longuement le Père (v. 13 et 23). Et par deux fois, sa solitude est troublée par des évènements imprévus. Une foule nombreuse le rattrape, qu’il finit par nourrir en multipliant les pains (v. 13-21). Dans l’évangile de ce dimanche, c’est la tempête qui bouleverse sa traversée nocturne du lac de Gennésaret.
Dans le récit presque journalistique qu’en donne Matthieu, les paroles sont surtout à retenir, plus encore que les actes. Il y a là tout un scénario.
En voyant Jésus marcher sur les eaux, les disciples s’écrient : « C’est un fantôme.» On peut comprendre leur effroi. Pour beaucoup de nos contemporains, la religion n’est-elle pas toujours…fantomatique ?
La réponse de Jésus va droit au but…de la foi : « Confiance ! C’est moi. N’ayez plus peur ! »  Tout est dit en peu de mots. La foi, c’est la confiance en quelqu’un, en Jésus, surtout quand les évènements de la vie secouent la frêle embarcation de notre existence. C’est Pierre –on peut dire aussi l’Eglise- qui ose le premier se jeter à l’eau de la confiance. D’ailleurs, Jésus l’y invite : « Viens ! » Encore et toujours, cet appel à miser librement sur le Christ et son évangile.
Ce n’est pas évident, comme on aime à le répéter aujourd’hui. C’est bien ce qu’éprouve Pierre en se laissant gagner par la peur quand il commence à enfoncer dans les eaux. Alors, c’est le moment de la prière, humble, plus forte que le vent, profonde comme la mer : « Seigneur, sauve-moi ! » Personne ne peut faire l’économie d’une telle prière dans sa vie, même ceux qui estiment n’avoir besoin de personne, et surtout pas de Dieu. Il faut oser prier, il faut oser crier.
La réponse de Jésus est faite de douceur et d’interrogation. Pas un reproche, mais une question en forme d’incitation à croire encore davantage : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Le mot de la fin appartient à l’Eglise qui veille sur notre foi et l’appuie par tous les témoignages des saintes et des saints qui sont montés dans la barque de l’évangile avec Jésus, avant nous et autour de nous : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » Et nos tempêtes s’apaisent.
Une belle croisière avec Jésus. Pas de tout repos, certes. Mais si proche de nos aventures humaines et de nos expériences chrétiennes.
Bon voyage !
                                                           Claude Ducarroz
A paru sur le site  cath.ch



samedi 29 juillet 2017

Tout est dit

15ème dimanche du temps ordinaire
Tout est dit
Matthieu 13, 1-23

Faut-il ajouter quelque chose à la parabole du semeur que Jésus a racontée à la foule pour parler du Royaume de Dieu  (versets 3 à 9) ? N’a-t-il pas fait lui-même le commentaire (versets 18 à 23) ? Tout semble dit… et bien dit, puisque Jésus lui-même, avec prudence, délivre à ses disciples la juste interprétation.
Retenons d’abord le cadre. On se trouve en plein air, au bord du lac, et Jésus parle depuis une barque. N’est-ce pas un encouragement, pour l’Eglise, à « sortir dehors », à prendre le risque d’une parole publique, à semer au large du monde, au lieu de rester « à la maison » ?
Et puis il y a le style. Jésus se fait paysan, en connaisseur des faits et gestes de la campagne, pour parler à des gens du crû en les rejoignant dans leur culture…et leurs cultures. Encore une invitation à annoncer, même les mystères du Royaume de Dieu, en termes simples.
Et cependant les explications demeurent nécessaires, même après une évangélisation au plus près des gens. Ici Jésus s’y emploie lui-même. A sa suite, l’Eglise se doit d’exposer la Parole, mais aussi de l’expliciter et de l’expliquer. Jésus n’a-t-il pas promis que l’Esprit Saint accompagnerait celles et ceux qui sont chargés de ce beau service ? Avec cette nuance, rappelée par le concile Vatican II, que les pasteurs patentés doivent aussi écouter « la collectivité des fidèles qui, ayant l’onction qui vient du Saint, ne peut se tromper dans la foi ». (Lumen gentium no 12)
Ne sommes-nous pas tous une terre de qualité fort variable ? Comme Jésus a raison de souligner la fragilité de nos terrains d’accueil ! Le Mauvais y sème d’autres graines. Notre cœur est parfois pierreux. Il nous arrive de trébucher à la moindre épreuve. Les ronces des passions peuvent étouffer toute croissance. Sans compter les soucis du monde et la séduction des richesses. Décidemment, Jésus connait bien l’humus humain.
Mais, avec nous tels que nous sommes, il n’est pas pessimiste, encore moins désespéré. Heureusement pour nous ! Comme un bon paysan, Jésus continue de semer, sans garantie de réussite. Il sème sa Parole de lumière, il ensemence notre vie par le Pain eucharistique. Saison après saison, il recommence sans trêve, car sa miséricorde est plus forte que toutes nos misères.
Certes, il compte aussi sur nous pour améliorer le terreau d’accueil de sa Parole, avec le secours de sa grâce. Mais il ne renonce jamais à labourer comme à semer. Jusqu’à ce que nous puissions jouir du bonheur de donner du fruit, cent, soixante ou seulement trente pour un.
Peut-être faut-il surtout retenir de cette parabole cette béatitude pleine de promesses : « Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! »
La joie de croire, le bonheur d’être encore aimé.

Claude Ducarroz



mardi 27 juin 2017

Le grand virage euccharistique

Le grand virage eucharistique
Jean 6,51-58

On connaît le contexte. Jésus vient d’opérer un signe extraordinaire. Il a nourri une grande foule en multipliant les pains. Sa popularité est au top puisqu’on songe à le faire roi (Cf. Jn 6,1-15). Mais Jésus se méfie. Quand il retrouve tout ce petit monde dans la synagogue de Capharnaüm, il accomplit un urgent devoir de catéchèse. En résumé : le vrai pain qui descend du ciel et qui donne la vie au monde, c’est lui-même en personne, ce qui ne manque pas de provoquer déjà beaucoup de murmures sceptiques ou désapprobateurs (Cf. Jn 6, 22-50).
Et c’est là que se situe le grand virage eucharistique, en deux étapes (Cf. Jn 6, 51-58). Le pain, ce sera sa chair livrée; la boisson, ce sera son sang versé. Rendez-vous est pris au pied de la croix. Qui sera encore là pour le reconnaître et y croire ? Plus encore, ce grand mystère de la foi, que Jésus instituera précisément la veille de sa mort, il est destiné à traverser les siècles pour accompagner la marche de l’Eglise dans toute son histoire. Car il faudra « refaire cela en mémoire de lui, jusqu’à son retour ». Tel est le réalisme de l’Eucharistie. Dans les quelques versets de cet évangile, il y a huit fois le mot « manger », et il concerne le corps du Christ présenté dans le pain eucharistique. Faut-il s’étonner dès lors que beaucoup de ses disciples hochent la tête et décident de le quitter  (Cf. Jn 6,60-66) ?
Le sacrement de l’Eucharistie a été et restera toujours un cadeau « scandaleux », à savoir un mystère qui peut provoquer une chute dans la foi. Trop beau pour être vrai, disent certains, surtout si l’on prend à la lettre l’invitation de Jésus : « Ma chair est la vraie nourriture et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi, je demeure en lui » (Jn 6,56).
On comprend dès lors que l’Eglise veille sur ce trésor avec un soin sacré. A travers les siècles, pasteurs et théologiens ont rappelé que l’Eucharistie fait l’Eglise tandis que l’Eglise fait l’Eucharistie. Elle est « la source et le sommet de la vie chrétienne » (Cf. Vatican II –Lumen gentium no 11).
Faut-il pour autant entretenir les polémiques autour de ce sacrement qui promet la vie éternelle et la résurrection à celles et ceux qui le reçoivent dans une foi sincère? On peut se poser la question.
 Quoi qu’il en soit, la Fête-Dieu est là pour nous rappeler à tous la beauté – et aussi l’ineffable profondeur- d’un tel mystère.

A paru sur le site  cath.ch

Claude Ducarroz

vendredi 9 juin 2017

La sainte Trinité

Trinité 2017

Etre ou avoir : telle est la question !

Nous, pauvres humains, nous avons de l’amour. Pas assez sans doute, mais il nous arrive d’aimer, et même d’aimer aimer. A des degrés variables, avec parfois des éclipses, nous aimons, au moins ceux et celles qui nous aiment. Et même davantage, quand nous parvenons à aimer plus gratuitement, y compris des êtres moins aimables. Que deviendrait notre humanité s’il n’y avait plus d’affection ni d’amitié sincère entre les personnes, si l’on ne misait plus sur l’amour, jusqu’au don, jusqu’au pardon ?

Dieu est Amour. Il n’en a pas. Il l’est, rien qu’amour, tout amour. C’est son identité profonde, c’est sa raison d’être, c’est son mystère. En lui, rien qu’Amour majuscule, éternel, infini, parfait. Et comment serait-il cela –Amour en totale plénitude- s’il n’y avait pas en lui, dans le foyer incandescent de son être, quelqu’un qui aime, quelqu’un qui est aimé et le fruit de leur amour échangé ? Il n’y a pas d’amour sans relation, car l’amour crée et anime les connexions entre les personnes. Si l’amour n’est pas communionnel, il est seulement amour de soi, en solitude égoïste, en vase clos, en suprême narcissisme. Tout le contraire d’un Dieu-Amour.

Et voici que nous arrive Jésus-Christ. Il nous révèle, en nous aimant jusqu’à l’extrême, que Dieu est bel et bien Amour. Il nous parle de son Père comme de la source éternelle de l’amour qui le fait vivre, y compris humainement, au milieu de nous.
Il nous promet l’Esprit-Saint, fruit de l’amour du Père et du Fils dans la communion trinitaire.
Jésus nous a ouvert de cœur de la divinité pour nous la faire connaître en vérité. Elle est familiale et non pas célibataire ; elle est solidaire et non pas solitaire ; elle est communion de trois personnes dans la même nature, et non pas divin égotisme. Encore une fois : Dieu EST Amour !

Qu’est-ce que ça change, me-direz-vous ?
S’il y a en Dieu une explosion éternelle d’amour relationnel, tout ce qui va déborder de lui et hors de lui sera le fruit de cet amour, d’abord créateur, puis, en cas d’urgence, sauveur.
* Il suffit d’être un brin poète pour reconnaître dans la création d’innombrables motifs de louanges à Dieu pour tant de merveilles fécondes et belles.
* Et puis il y a l’être humain créé à l’image et à la ressemblance du Dieu Trine dans le beau défi d’une communion entre l’homme, la femme et l’enfant.
 * Il suffit enfin d’être un peu religieux ou contemplatif pour deviner, voire discerner la mystérieuse présence trinitaire au cœur de notre être le plus intime.

Ne sommes-nous pas tous marqués par l’ADN trinitaire, nous qui sommes tous le troisième de deux autres, nous qui sommes tous appelés, d’une manière ou d’une autre, à augmenter la vie en ce monde par des relations d’amour généreux ?
Pas d’humain qui ne provienne d’un amour reçu pour le partager avec d’autres. Personne qui puisse totalement échapper à la structure trinitaire de l’amour qui nous constitue fils du Père, frère de Jésus-Christ et temple de leur Esprit. C’est notre vocation, c’est notre mission, c’est notre destinée éternelle.



Encore faut-il relever un certain défi, à partir de cette communion ombilicale avec Dieu-Trinité. Créer, bâtir, développer du trinitaire dans nos vies au fur et à mesure de notre pèlerinage humain.
* Ca commence dans notre expérience de la vie spirituelle, faite de silence, d’écoute et de prière.
* Ca continue par la famille, premier réceptacle de communion trinitaire, dans l’amour qui donne la vie.
* Ca passe ensuite dans toutes nos relations sociales -politiques, économiques, culturelles, écologique-, où il s’agit de diffuser du trinitaire en essayant de promouvoir l’unité dans le respect des diversités, comme en Dieu.
* Ca traverse la vie de l’Eglise, autre communauté marquée par la Trinité. Là, nous sommes appelés à traduire en large fraternité œcuménique notre commune naissance en Dieu par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Nous ne devons jamais l’oublier : engendrés nous-mêmes dans l’amour trinitaire, il s’agit pour nous de semer du trinitaire partout où nous vivons et agissons. Autrement dit : tendre de toutes nos forces vers une humanité vraiment fraternelle parce qu’elle se sait et se sent issue de la tendresse de Dieu, la même pour tous, qui nous a créés et qui nous attend.

Alors la Trinité ne sera pas un problème d’algèbre théologique -comment trois fois un peuvent faire toujours un ?-  mais le lieu mystique d’où nous provenons et vers lequel nous allons, non sans déjà en vivre les saveurs au gré des heurs, bonheurs ou malheurs de notre bref passage sur cette terre.

                                               Claude Ducarroz


mardi 23 mai 2017

Les deux mains du Père

Les deux mains du Père
Jean 14,15-21

Pour saint Irénée (évêque de Lyon, mort martyr en 208), le Verbe et l’Esprit sont les deux mains du Père. Dès la création de l’univers jusque dans le mystère de la rédemption, ils sont à l’œuvre pour manifester son amour. On le comprend mieux grâce à l’évangile de ce dimanche.
Le Verbe – désormais incarné dans le Christ Jésus – et l’Esprit sont présentés de manière symétrique dans la communion trinitaire à partir de leur manifestation dans le mystère du salut.
Tous deux viennent du Père comme un don fait au monde. Tous deux sont envoyés auprès des hommes, l’un comme Défenseur ou Paraclet (l’Esprit), l’autre comme celui qui demeure auprès de nous en nous évitant la solitude de l’orphelinat (Jésus ressuscité). Plus profondément encore, ils sont tous les deux pour toujours « en nous », dans une profonde communion (« Vous êtes en moi et moi en vous » v. 20).
Ce divin partenariat, cette merveilleuse collaboration s’exercent entièrement à notre bénéfice, pour notre salut. Il faut cette mobilisation trinitaire pour que l’amour du Père soit vraiment démontré à notre humanité comme un cadeau de vie.
Devant un tel déploiement de tendresse divine, comment ne pas aimer en retour Celui qui nous aime toujours le premier et à ce point-là ? Puisque Dieu est Amour, puisqu’il nous aime de ses deux mains pour mieux nous embrasser de sa charité, comment ne pas chérir un tel Amour, même si c’est toujours pauvrement, humblement, quoique joyeusement ?
Reconnaissons que nous avons besoin de quelques béquilles pour demeurer dans l’amour de Dieu malgré nos faiblesses humaines. Tels sont les commandements dont parle Jésus, non sans préciser qu’ils se résument en un seul à double face : l’amour, encore l’amour ! L’amour de Dieu et l’amour du prochain.
Oui, sur notre route -où nous serons toujours des apprentis marcheurs-, Dieu nous donne la main, et même ses deux mains. Elles nous tiennent solidement, mais sans nous forcer. Elles nous font sentir une présence de douceur et de fermeté à la fois. Toute aventure humaine est soutenue par cet accompagnement divin. Au cœur de ce pèlerinage fascinant, c’est la mission de l’Eglise de révéler, d’accueillir et de célébrer la proximité de Dieu dans ses mains tendues vers le monde.

Claude Ducarroz
A paru sur le site www.cath.ch


samedi 13 mai 2017

Message pour le jubilé de la Réforme

Morat 2017
500 ans de la Réforme

Je rends grâce à mon Dieu… car je me rappelle la part que vous avez prise à l’Evangile. Ph 1,3 et 5.
Après des siècles d’affrontements, puis de concurrence, Dieu nous donne la grâce du pardon, du respect, de la collaboration et même de la reconnaissance.
Ici à Morat, en cette circonstance de jubilé, je tiens d’abord à rendre grâce avec vous et pour vous, comme dit l’apôtre Paul, « pour la part que vous avez prise à l’Evangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant ». Oui, l’Esprit nous accorde maintenant cette liberté intérieure de pouvoir reconnaître réciproquement, en nos Eglises, les fruits de ses inspirations et de ses énergies en vue de témoigner pour l’Evangile du Christ. Nous le faisons de manières parfois différentes, mais surtout complémentaires, dans nos célébrations liturgiques, dans nos recherches théologiques, dans nos coopérations nouvelles et dans notre présence au monde. Merci, Seigneur.

Celui qui a commencé en vous cette œuvre excellente en poursuivra l’accomplissement jusqu’au jour du Christ. Ph 1,6.
Sur le beau chantier œcuménique de la réconciliation en vue de l’unité parfaite voulue par le Christ (Cf Jn 17,23), nous savons qu’il y a encore du travail à accomplir, des défis à relever, toujours avec la grâce de Dieu. C’est notre mission à tous, et c’est aussi notre joie, surtout si nous pouvons progresser dans nos fidélités en nous donnant la main.
C’est sans doute en se réformant toujours davantage, comme le concile Vatican II l’a souhaité, que l’Eglise catholique deviendra encore plus évangélique et même plus catholique. C’est aussi en continuant ses réformes que les Eglises issues du grand mouvement du 16ème siècle deviendront elles aussi encore plus évangéliques et même un peu catholiques.
Sous les poussées de l’Esprit du Christ ressuscité, nous ne pouvons que nous rapprocher pour former enfin ensemble, quand le Seigneur le voudra et comme il le voudra, un seul chœur symphonique d’unité plurielle, qui chante l’Evangile au cœur du monde Telle est l’Eglise que nous confessons dans notre Credo commun, celle qui est une, sainte, catholique/universelle et apostolique.

Oui, Dieu m’est témoin que je vous aime tous tendrement dans le cœur du Christ Jésus. Ph 1,8.
Heureusement, ils sont révolus les temps de la haine, de la violence et de l’exclusion. Nous avons commencé à nous aimer, à le dire, à le montrer surtout, et ça change tout sur la route de l’oecuménisme. Cela vaut pour les échanges entre ministres, à tous niveaux, mais c’est aussi palpable entre nos communautés, surtout quand nous prions ensemble, quand nous nous mettons à l’écoute commune de la Parole de Dieu et enfin quand nous sommes unis pour faire avancer dans notre société le projet divin d’une humanité de justice, de solidarité et de paix. Il n’y a pas de progrès vers la communion sans amitié, sans amour fraternel entre nous et autour de nous.
En ce jour de jubilé : je veux vous le dire en toute sincérité : mes frères et sœurs réformés, de toutes nuances, tels que vous êtes : nous vous aimons, je vous aime tous dans le cœur du Christ Jésus. Comme le chante le psaume 133, qu’il est bon, qu’il est doux, d’habiter en frères tous ensemble.
Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



lundi 1 mai 2017

Interview du prévôt

Interview

Monsieur le Prévôt, rappelez-nous le rôle du chapitre cathédral de St-Nicolas

On peut résumer le rôle du chapitre cathédral en cinq fonctions :
-         prier chaque jour – matin et soir – pour notre diocèse, notre évêque, notre ville, notre canton et notre pays
-         remplir des missions de services et de conseils auprès de notre évêque
-         veiller sur notre cathédrale et mettre en valeur son histoire et surtout ses beautés
-         favoriser de bonnes relations avec nos autorités civiles
-         gérer les quelques biens du chapitre
Bien entendu, à titre personnel, les chanoines rendent encore de nombreux services dans la pastorale de nos paroisses et bien au-delà.

 Durant votre présence au chapitre, quels ont été les évènements principaux ?

Depuis mon arrivée comme chanoine (2001), puis comme prévôt (dès 2004), l’histoire du chapitre a été marquée par le jubilé de ses 500 ans d’existence  (1512-2012). Nous avons célébré cet anniversaire par de belles liturgies et plusieurs concerts. Nous avons revisité son histoire par un colloque scientifique et la publication d’un livre (Jean Steinauer – La république des chanoines). Nous avons mis l’accent sur des visites de découvertes ou redécouvertes de la cathédrale et de ses trésors, y compris par une exposition des huit antiphonaires du chapitre présentés pour la première fois au public tous ensemble. La mise en place d’une coupole en verre qui permet de contempler en tout temps la magnifique rosace de la cathédrale laisse une belle trace de notre jubilé. On peut en dire autant des audio-guides qui favorisent une visite plus approfondie du principal monument de Fribourg.

Des chanoines sont décédés, d’autres sont arrivés. C’est la vie…

Durant ces dernières années, nous avons déploré la mort de trois chanoines, MM. Joseph Grossrieder (101 ans !), Anton Troxler et Hans Brügger. Heureusement, quatre nouveaux chanoines viennent d’être installés au sein du chapitre. Il s’agit de MM. Winfried Baechler, Bernard Jordan, Jean-Jacques Martin et Michel Pillonel. Par ailleurs, pour mieux manifester le caractère diocésain de notre vénérable institution, cinq chanoines non résidants ont été promus dans les autres cantons du diocèse.

Comment voyez-vous l’avenir de cette vénérable institution ?

Le chapitre de St-Nicolas, fidèle à sa longue tradition, espère pouvoir continuer sa mission le plus longtemps possible.
Pour ma part, je souhaite que des évènements viennent régulièrement rappeler à nos concitoyens et aux nombreux visiteurs que la cathédrale est vraiment la « maison du peuple », accueillante à tous, pour la vie de foi mais aussi pour l’évangélisation par la beauté. Les fêtes entourant la célébration de la St-Nicolas pourraient encore se développer en ce sens. J’espère pouvoir y contribuer.

Et plus personnellement ?

Comme prévôt émérite, je demeure membre du chapitre. Si la santé est au rendez-vous, je voudrais développer les visites pastorales dans la cathédrale. Par ailleurs, je souhaite continuer mes engagements au service de l’œcuménisme et de l’accueil des réfugiés. Si j’en crois les besoins et les demandes, je me verrais bien poursuivre un certain ministère de prédication, d’écriture et d’accompagnement spirituel.  Avec la grâce de Dieu !

A paraître dans la revue « L’Essentiel ».


samedi 29 avril 2017

Messe TSR Notre Dame Lausanne

Homélie
Troisième dimanche de Pâques
Emmaüs

Jérusalem-Emmaüs. Deux heures de marche. Une douzaine de kilomètres.
Un chemin. Trois voyages. En bonne compagnie.

Le premier est presque banal. C’est celui de tous les hommes et de tout homme. Le chemin de la vie.
Ils y avaient cru. Ce fut l’échec. Déçus, penauds, ils rentrent à la maison. Du moins ils sont restés ensemble, ils se parlent, ils marchent, ça bouge encore dans leurs pieds et dans leur cœur.
Quelqu’un les rattrape et marche à leur côté. Mais eux, ils ont la tête trop basse pour le voir en face et le reconnaître.
Jésus ne s’impose pas. Longtemps, il chemine avec eux, en silence. Et puis seulement quelques questions, pour éveiller leur conscience, leur rendre le goût de la recherche intérieure, les préparer à une éventuelle -quoique improbable- reconnaissance.
Longtemps, les arguments religieux n’auront aucune prise sur eux. C’est l’amour qui provoquera le déclic. Au soir tombant, ils invitent l’inconnu à demeurer avec eux. L’hospitalité provoque un miracle : « Il entra pour demeurer avec eux. » Tellement avec que Jésus se révèle enfin.
Il y a tant d’hommes et de femmes en ce monde, sceptiques ou même résistants aux religions, pour qui le Christ est seulement un compagnon anonyme, mais bien présent, parce qu’ils ont ouvert une porte devant lui, sans savoir qui il était : la porte de l’amour solidaire et généreux. Ce fut un beau voyage, tellement humain qu’il en est devenu divin. Il y a de la Pâque dans tout amour vrai.

Entre nos Jérusalem et nos Emmaüs, il y a aussi un autre voyage possible, sur cette même route, tout en donnant la main aux premiers voyageurs. C’est l’aventure des pèlerins de la foi. Car croire est souvent un itinéraire, qui commence dans la nuit, qui passe par des étapes, qui traverse  des questions et des remises en questions.
Devenir croyant, devenir chrétien, ce n’est pas une navigation de tout repos, surtout de nos jours. Il ne faut pas s’étonner que ça puisse tanguer parfois, entre les critiques venues de l’extérieur et les déceptions issues de l’intérieur.
Mais la feuille de route est bien tracée par le Christ ressuscité qui fait tout le voyage avec nous, même quand nous ralentissons la marche sous les effets de la fatigue ou du handicap.
Puisqu’il est ressuscité, il ne nous lâche pas, même quand nous ne sentons plus le rayonnement de sa présence. Nous continuons de marcher ensemble, en communauté, en Eglise.
Car là, nous entendons l’écho de ses paroles –de si bonnes nouvelles !-, le récit de sa mort, l’annonce de sa Pâque. Notre prière l’invite encore : « Reste avec nous, car il se fait tard ». Nous pouvons alors entrer avec lui dans l’auberge ecclésiale, prendre place à sa table qui est aussi la nôtre, partager le repas, le reconnaître et le connaître à la fraction du pain.
Nous ne sommes pas des disciples parfaits, mais nous sommes des frères et sœurs réjouis par la présence réelle de Jésus, avec un cœur tout brûlant, heureux de partager ensuite cette joie avec d’autres autour de nous.

Enfin, il y a dans cet évangile, un voyage eucharistique. La pérégrinée Jérusalem-Emmaüs, aller et retour, c’est une belle eucharistie, c’est la messe. Tout y est, et surtout Jésus avec les marcheurs de la foi. Car il est grand, et si beau, ce mystère-là.
Il y a d’abord le rassemblement, pas immédiatement dans une église, mais déjà sur le chemin humain, avec tant d’autres, y compris avec celles et ceux qui ne pensent pas ou ne croient pas comme nous. 
Il y a une remise en question pénitentielle : « Cœur lents à croire… ». Il y a toute une catéchèse, à partir des Ecritures, avec des explications conduisant au mystère pascal de Jésus.
Il y a la prière, très courte, mais si profonde : « Reste avec nous, Seigneur… »
Et surtout, il y a cette invitation au repas du Seigneur, qui fait des heureux. C’est Jésus qui sert et c’est encore lui qui est servi. Un peu de pain, un peu de vin : c’est mon corps, c’est mon sang. Comme au jeudi-saint. « Et ils le reconnurent à la fraction du pain. » Il était devant. Il est maintenant dedans.

Il y a un point commun entre ces trois voyages qui empruntent le même itinéraire et qui, finalement, se donnent la main: c’est le cœur brûlant, parce que Jésus, reconnu ou non, était là avec eux, et il réchauffe toujours. Et maintenant encore.
Comme il est avec nous, les croyants présents dans cette basilique ; comme il est avec vous, qui prenez part à cette messe de là où vous êtes, peut-être dans un contexte de solitude ou de souffrance ; comme il est avec vous, j’ose vous le dire, avec vous qui cherchez sans trouver encore, qui rayonnez d’amour sans avoir la foi, qui êtes simplement des humains en route, comme nous le sommes tous.
Puisque nous sommes si bien accompagnés, je vous, je nous souhaite fraternellement : bon voyage !

Claude Ducarroz


TSR  Messe du 30 avril 2017 Notre-Dame Lausanne

vendredi 21 avril 2017

Une brassée de cadeaux

Deuxième dimanche de Pâques
Jean 20,19-31

Une brassée de cadeaux

-          Vous dites que Jésus est ressuscité. Tant mieux pour lui. Mais qu’est-ce que ça change pour nous ?
-          Venez avec moi ! Il vient d’entrer, malgré les portes closes. Ecoutez et voyez. Il a le cœur et les bras pleins de cadeaux. Pour vous aussi.

Le premier cadeau, pour ses disciples ébahis comme pour nous aujourd’hui, c’est évidemment sa présence en personne, si sobrement signalée : « Jésus vint et il se tenait là au milieu d’eux ».
Et maintenant, c’est la collection de l’amour pascal.
D’abord la paix, que Jésus exprime à trois reprises. La paix, ce don typique d’un Dieu qui nous fait du bien parce qu’il nous aime.
Puis la joie, celle qui jaillit lorsque les témoins de la crucifixion constatent que le mort est désormais vivant. Et c’est bien lui puisqu’il leur montre les cicatrices de ses mains blessées et de son côté transpercé.
Ensuite, voici le Souffle, celui de Dieu, l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. Une première Pentecôte.
Avec tous ses effets, à commencer par le pardon des péchés. Car pour laisser la résurrection rayonner de tous ses feux, notre coeur doit être libéré des vieilleries et des obscurités qui l’encombrent. C’est fait.

-          Je veux bien. Mais ça ne fait pas encore un croyant.
-          Patience. Même parmi les apôtres, il y eut des résistants. Vous êtes simplement comme Thomas. Ce n’est pas une mauvaise compagnie.

Jésus est très patient. Il revient à la charge, aussi souvent qu’il le faut, de toute sa présence, de toute sa parole, de tout son corps et son sang. Comme à l’eucharistie en somme.
Enfin voici le cadeau de la foi, celle qui s’exprime à retardement, mais qui est encore plus profonde que celle des autres : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Avec une béatitude en prime : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Que du bonheur !
Finalement, qu’est-ce que ça change ? Il y a une ultime surprise, c’est la vie éternelle, exprimée ainsi : « …pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. »

Voilà la brassée des cadeaux du Ressuscité, le multipack de Pâques.
De quoi en vivre très longtemps, non sans donner peut-être à d’autres l’envie de partager un si riche menu. Car les cadeaux de Jésus ne sont pas réservés à une pieuse élite d’enfants gâtés, mais ils sont destinés à tous. Pour vous aussi.
Dans la liberté et la joie.

Claude Ducarroz


A paru sur  www. cath.ch

lundi 17 avril 2017

Un avenir pascal


Claude Ducarroz


L’avenir du christianisme



Sur le vif…

Le christianisme dans son acception la plus large, je l’ai rencontré hier soir lors d’une préparation au baptême.
Il y avait là d’abord des couples engagés comme témoins. Plusieurs font partie d’Eglises différentes, ceux qu’on appelle des « couples mixtes », en l’occurence composés d’un catholique et d’un protestant.
L’une des mamans était franchement catholique et même pratiquante avouée. Il y avait un parrain de confession protestante dont la foi était fort vague et le Dieu décrit avec des majuscules : une Force, une Energie, un Amour, une Vie. Il y avait aussi des catholiques qui s’affirmaient tels, mais qui aussitôt ajoutaient prudemment « Nous sommes non-pratiquants ». Il y avait encore un monsieur très éclectique qui broute à tous les râteliers de la spiritualité, très au fait d’ailleurs des diverses religions. Il y avait aussi une maman venue du tiers-monde, qui avait été baptisée à l’âge de 28 ans. Elle a dit regretter de n’avoir pu l’être plus tôt et elle ajouta la raison : « Notre famille était trop pauvre pour organiser une fête de baptême ». Et enfin, il y avait deux parents divorcés qui présentaient leur enfant, des divorcés non encore remariés.
Voilà la palette des chrétiens plus ou moins chrétiens, de différentes confessions, la palette de christianisme que j’ai rencontrée hier soir.

Le christianisme des Eglises
Le christianisme ! Quel est ce christianisme dont nous parlons ? Est-ce l’Eglise sous la forme des Eglises et des communautés ecclésiales ? Un christianisme bien étiqueté et bien affirmé. Certes, il existe.
Je pense à ces communautés de croyants qui professent la foi apostolique et la redisent chaque dimanche avec plus ou moins de conviction. Je songe à ces communautés avides des sacrements célébrés dans les différentes liturgies. Je pense à ces rassemblements de prière, plus ou moins bien fréquentés mais tous placés sous le label chrétien de telle ou telle Eglise. Ils sont des croyants qui mènent des actions bien brevetées comme chrétiennes.
Voilà un type de christianisme qui, chez nous, avait jadis beaucoup de visibilité et d’influence. Il faut le reconnaître : maintenant ce christianisme-là est en forte diminution. La « pratique religieuse », appelée traditionnellement ainsi, est en baisse très inquiétante. Nous retournons peu à peu à la dimension du levain, minuscule dans une grande pâte humaine. C’est le « petit troupeau » dont parlait Jésus dans l’Evangile (Cf. Lc 12,32), un christianisme qui se rapetisse quant à la quantité, quant au nombre recensé.
Mais dans ce christianisme-là, il faut reconnaître qu’il y a des apports libres très impressionnants. Je pense encore à ces couples animateurs dans la préparation aux divers sacrements. Un peu partout se lèvent des chrétiens qui, sur appel ou spontanément, s’engagent dans les communautés, prennent en charge leur avenir en toute responsabilité baptismale. On le voit en particulier lorsqu’il y a des crises dans telle ou telle communauté. Ces communautés continuent de vivre et parfois encore plus intensément qu’avant.
Les gens de ces communautés chrétiennes ont des exigences très élevées en spiritualité, en prières, en nourriture évangélique, que ce soit par la Parole ou par les sacrements. Ce sont des chrétiens qui s’affichent et travaillent, mais aussi demandent autant qu’ils donnent. Chez les catholiques, il faut le reconnaître, ce sont surtout des laïcs depuis le Concile Vatican II. Les services assumés par les laïcs dans nos communautés sont vraiment impressionnants. Il me semble que cette montée en force des laïcs chez nous est une chance dans la mesure où elle intègre la dimension œcuménique parce que l’apostolat des baptisés, c’est l’apostolat de tous les chrétiens.
 Un phénomène nouveau est apparu, qui cherche encore sa voie et, par conséquent, doit être encore vérifié. C’est l’émergence des « nouvelles communautés », ainsi nommées parce qu’elles proviennent de milieux charismatiques très étiquetés, avec des fondateurs - d’ailleurs souvent laïcs- qui exercent un ministère de direction et de discernement. Il faut le reconnaître : ces nouvelles communautés sont particulièrement vivantes, qu’elles soient tournées vers la spiritualité, vers la formation ou vers l’engagement dans le monde au nom de l’Evangile. Mais je dois dire qu’elles ont encore besoin de mûrir, de se confronter au réel, de manifester leur persévérance dans la durée. Il ne faut pas éteindre l’esprit de prophétie mais, comme dit l’apôtre, discerner ce qui est bon et le retenir (Cf. I Th 5,19-21). Nous sommes à l’heure des bourgeonnements, des premières fleurs, peut-être même des premiers fruits. Mais pour savoir quel avenir ont ces communautés et quel futur elles offrent à l’Eglise, je crois qu’il faut encore attendre un peu.

La christianité
Le christianisme, c’est aussi autre chose de plus large. J’appellerai cela d’un vocable nouveau : la christianité.
 La christianité, pour moi, ce sont d’abord les « ex » des communautés, à savoir des gens qui ont grandi dans des communautés chrétiennes, qui ont souvent reçu en elles une formation, une catéchèse, parfois ont même exercé des responsabilités en leur sein. Mais, aujourd’hui, ils s’en sont détachés, ils s’en sont éloignés. La christianité, je la trouve parmi ces chrétiens critiques, déçus, que j’ai appelés ailleurs « cabossés ». Ils se sentent en malaise d’Eglise parce qu’ils ont été plus ou moins exclus ou se sont sentis exclus à un moment donné. Cela fait quand même un gros tas de croyants qui se disent non-pratiquants, mais qui ont beaucoup reçu des Eglises jadis, qui s’y réfèrent encore par tradition. Ils en vivent les valeurs de base. Ils ont peut-être gardé de leur pratique religieuse une religiosité, des réflexes de piété. Beaucoup prient encore. Oui, on les entend nous dire « Je ne vais pas à l’église, mais je prie chez moi » ou alors « Je vais à l’église justement quand il n’y a personne ». Il y a là tout un peuple très nombreux qui est encore dans le rayonnement des Eglises, mais qui se trouve marginal par rapport à leurs structures et à l’écart de leurs rassemblements.
Ces hommes et ces femmes ont une certaine morale puisée dans les vertus reçues en Eglise, une certaine manière de se comporter avec honnêteté, avec justice, en mettant l’accent sur l’amour. Ce sont des chrétiens issus des communautés, mais sans communauté actuelle.
Certains sont des occasionnels ; ils nous confient leurs enfants pour la catéchèse et les sacrements. Ils veulent bien transmettre encore quelque chose de l’héritage chrétien, de la tradition qui les a marqués, mais ils ne veulent pas être inféodés à un système obsolète à leurs yeux. Ils sont nombreux, même si évidemment leur nombre baisse aussi dans la mesure où la première catégorie diminue.
Ce qu’ils attendent de l’Eglise de leurs souvenirs et de leur enfance, c’est un certain accueil, car ils en ont encore besoin. Une sympathie au moins sporadique et surtout une absence de jugement. Ils sont des chrétiens du seuil, du parvis. Ils sont comme sortis de la nef de l’église mais ils regardent encore de temps en temps à l’intérieur ou viennent subrepticement participer à telle ou telle célébration occasionnelle. Ils sont les chrétiens de la première zone périphérique.

Le christianisme dans la cité
Troisièmement, j’appellerai encore « christianisme » la fécondité de l’Evangile et du témoignage des chrétiens dans le monde, ce qu’il reste de cette contagion évangélique dans la société au-delà même de ceux qui se rattachent au christianisme ou se souviennent des Eglises. Le christianisme comme vitalité existe au-delà même des Eglises et des chrétiens eux-mêmes. C’est un certain rayonnement qui éclaire la route d’une société, qui indique des valeurs à une civilisation, qui transfigure les réalités humaines les plus quotidiennes en leur donnant un sens, en les illuminant discrètement du dedans, en les corrigeant parfois. Ce christianisme sécrète un certain type de critères et de comportements.
 Bien sûr, il y a dans ce christianisme diffus, qui a peu à peu investi la société, beaucoup d’ambiguïtés.
Les droits de l’homme, par exemple. Il est prouvé, n’est-ce pas ? que ces droits ont pu émerger et s’imposer dans un terreau imprégné de christianisme à partir d’une certaine définition de la personne comme être « sacré » et pôle incontournable de la société. Mais nous savons aussi que, d’une part ces droits se sont parfois imposés contre l’avis de l’Eglise et contre une certaine militance des chrétiens antidémocratiques et, d’autre part, nous constatons que dans l’Eglise elle-même ces droits ne sont pas toujours reconnus et vivants. Et surtout nous voyons qu’il y a toujours de nouveaux esclavages à l’horizon, de nouvelles dictatures, de nouvelles guerres. Il reste que les droits de l’homme sont un des enfants naturels du christianisme même si les Eglises ont eu de la peine à les reconnaître.
Il y a aussi dans les domaines de l’écologie et de la médecine toutes sortes de progrès qui, je le crois, sont dus en partie au rayonnement de l’Evangile. Finalement l’homme debout, l’homme qui se tient bien dans son environnement, cette relation de l’homme avec l’univers ressort de la Bible où la création est comme un jardin pour ce grand jardinier libre et responsable qu’est l’être humain. Tout cela se traduit maintenant par cette montée des valeurs écologiques.
On peut parler aussi de la médecine. La thérapeutique audacieuse ne vient-elle pas de l'Evangile, quand le Christ Verbe incarné assume lui-même un corps, guérit des corps ainsi que des esprits et promeut finalement la dimension physique de l’homme à l’intérieur même de  la Résurrection ? Le regard positif sur le monde et sur l’homme créés bons  guide, je crois, même inconsciemment, les progrès des sciences et des techniques pour le bien-être de l’homme. Même si – et là il faut toujours émettre quelques bémols – on peut accuser l’Eglise ou les Eglises d’avoir injustement traité par exemple la sexualité et d’avoir peut-être freiné certains progrès dans le domaine des recherches psychologiques et psychiatriques. Restons humbles !
Mais aujourd’hui, à l’heure où, dans ces secteurs d’activité, il y a aussi beaucoup d’apprentis sorciers, est-ce qu’il n’est pas nécessaire de retrouver des repères, de mettre en évidence des priorités ? Dans cette recherche d’une bio- éthique, d’une éthique de la vie, les valeurs de l’Evangile n’ont-elles pas encore toute leur chance ?
Parlons encore de la sexualité et de la liberté.
Nous voyons aujourd’hui dans notre monde une revendication extraordinaire de liberté, privée et publique, par rapport à la sexualité dans toutes ses manifestations possibles. En même temps, nous sentons monter des exigences fortes. Voyez par exemple la pédophilie, le viol, le harcèlement sexuel. Ils sont aujourd’hui mis au pilori davantage que jadis. Il y a donc d’un côté des dérives graves dans le domaine de l’usage de la sexualité, mais aussi des progrès.
 La famille reprend de la vigueur comme lieu d’épanouissement des personnes, comme condition de leur l’enracinement dans une société et une tradition, comme espace du partage et de l’éducation à la liberté. Là aussi, je crois qu’il y a tout un rayonnement du christianisme qui s’investit sans étiquettes dans ces tâtonnements autour de la sexualité et de la famille.
Enfin parlons de la justice.
Les exigences de la justice pour tous sont une des caractéristiques de notre société.  Nous sommes encore très loin du compte. Justice par rapport au tiers-monde, justice par rapport à la pauvreté dans nos sociétés d’abondance. C’est vrai, là aussi, que l’Eglise ne s’est pas toujours située aux côtés de celles et ceux qui luttaient pour la justice, tant elle eut peur elle-même de la lutte des classes. C’est vrai qu’elle est restée trop longtemps sourde et aveugle devant les injustices dans la société industrielle et le monde ouvrier. N’empêche que les valeurs de justice de l’Evangile, ce « communautarisme » qui nous vient du Christ et de la première Eglise, ont aussi motivé beaucoup d’engagements parmi les chrétiens et parmi d’autres. Ils ont peu à peu changé notre humanité. Ils continuent de faire réfléchir sur une société qui soit enfin juste et équitable. Aujourd’hui, il y a un grand défi pour l’économie. Est-ce que la nouvelle économie globalisée, mondialisée est un chemin de justice, ou est-elle une glissade vers une nouvelle exploitation, un nouveau partage du monde entre des tout riches et des tout pauvres ? Là aussi le prophétisme de l’Evangile peut et doit encore s’exercer.

L’espérance qui ne peut décevoir
Pour terminer, je voudrais dire combien l’espérance du christianisme doit être placée d’abord en Dieu. Finalement, c’est Dieu qui tient le monde et l’histoire dans ses mains. Sans doute, il nous confie l’un et l’autre, mais nous restons tous suspendus à sa volonté créatrice et rédemptrice. En tout homme veille l’Esprit. En lui habite la nostalgie de l’homme nouveau qui fut au début, peut-être, et qui sera certainement à la fin. Il y a dans l’homme comme une connivence avec le Christ, l’homme réussi anticipé dans l’histoire, qui nous attend au terme de cette immense aventure.
Alors les Eglises sont là pour se laisser d’abord interpeller elles-mêmes à partir de cet Evangile qui nous remet en question, nous les premiers les chrétiens. Ces Eglises sont aussi là pour proclamer dans la société les voies de la véritable humanisation. Clairement et humblement.
Qu’est-ce que le progrès ? qu’est-ce qu’une humanité réussie ? qu’est-ce qu’un homme humain, vraiment humain ? En dénonçant les dangers, en signalant les fausses pistes, l’Eglise et les Eglises rendent service à l’humanité. Encore faut-il que, positivement et d’abord à l’intérieur même des communautés chrétiennes, nous donnions le témoignage d’une humanité animée par le partage, la justice, le respect et la liberté. Que les Eglises soient comme des mini-sociétés, des microcosmes évangéliques dans lesquels les hommes pourront reconnaître, au-delà même des paroles, le début du monde nouveau qui nous est promis à tous.
Oui, comme nous avons besoin de prophètes dans nos communautés, dans les Eglises ! De prophètes incarnés dans les cultures, dans les civilisations, dans la politique, dans l’économie, dans la science avec tous les nouveaux défis qu’elle doit affronter, dans la vie sociale, dans l’éducation. Partout, nous pouvons, je crois, allumer des signes d’espérance, indiquer des chemins et peut-être entraîner avec nous tant d’hommes et de femmes sincères qui, sans se référer à l’Eglise et parfois même un peu en colère contre elle, cherchent tout comme nous un nouveau style d’humanité dans un nouveau type de société. En ce sens-là, si nous plaçons notre espoir en Dieu, si nous reconnaissons aussi le travail de l’Esprit en tout homme de bonne volonté, si nous commençons par nous laisser nous-mêmes transfigurer, transformer par l’Evangile, je crois que nous pouvons être optimistes pour l’avenir du christianisme dans cette société.
Il y a encore de nombreux chrétiens, il y a aussi des recommançants, il y a des « chrétiens » qui s’ignorent. Dans la solidarité humaine la plus large, tous peuvent donner à notre monde l’exemple d’un Evangile qualitativement significatif. Chacun à sa manière renvoie comme en un miroir quelque chose du visage du Christ, quelque chose du visage de Dieu.

Claude Ducarroz