dimanche 14 janvier 2018

Homélie 2ème dim. ordinaire

Homélie
2ème dimanche du temps ordinaire

Une valse à trois temps ! Voulez-vous danser avec l’évangile de ce dimanche ?

Quand on examine de plus près le rythme des verbes qui donnent le ton des rencontres dans l’évangile de ce jour, on est frappé de repérer trois notes récurrentes : voir, entendre, suivre. Tel est le tempo de la musique biblique proposée à notre méditation.
Avec cependant une introduction et une conclusion, comme il se doit pour toute composition qui se respecte.
L’introduction, c’est la présence discrète de Jésus au milieu de la foule, parmi les gens. Il allait et venait, sans rien dire encore, mais il était là.
La présence au monde du Christ anonyme, c’est la base de tout, depuis sa venue à Noël parmi les plus pauvres, depuis sa promesse postpascale : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ». Certains reconnaissent cette présence à des signes laissés par lui pour éveiller et consolider notre foi. La plupart l’ignore, mais ça ne l’empêche pas d’être là, mystérieusement proche, compagnon de route de notre humanité.

Et maintenant entrons dans la danse à trois temps : voir, entendre, suivre.
Dans cet évangile, le premier pas est lancé par Jean-Baptiste. Il pose son regard sur Jésus, il dit une parole que ses disciples vont entendre - « Voici l’agneau de Dieu »- et ils suivent Jésus.

N’y a-t-il jamais eu sur nos sentiers humains des Jean-Baptiste qui nous ont montré le visage de Jésus, qui nous ont annoncé sa présence, qui nous ont invités à le suivre ? Soyons reconnaissants pour ces frères et sœurs, nos accoucheurs à la foi.
Et puis, pourquoi ne serions-nous, nous aussi, des petits Jean-Baptiste qui révèlent le Christ autour d’eux, par nos paroles et par nos actes ?

Pour le deuxième mouvement du concert évangélique, Jésus lui-même entre en action. Il regarde ceux qui le suivent et il leur adresse cette parole : « Que cherchez-vous ? » C’est la première parole de Jésus dans l’évangile de Jean. Le Verbe éternel fait chair au milieu de nous, pour sa première intervention orale, se contente d’une question, même pas une affirmation. Oui, une question qui nous concerne au ras de la vie : « Que cherchez-vous » ? Avec cette invitation pleine de douceur et de respect : « Venez et voyez ». L’invitation à faire l’expérience d’un partage fraternel.

Et voilà la suite, le « suivre » Jésus : « Ils allèrent, ils virent, ils restèrent auprès de lui ce jour-là ». Tout est dans ce « demeurer avec lui », même si c’est seulement pour un jour, une expérience qui va changer toute leur vie. On ne demeure pas en communion avec Jésus le Christ sans être transformé par une telle fréquentation, par exemple eucharistique.
Il fallait s’y attendre : cette valse d’évangile va en entraîner d’autres dans la danse, toujours avec les mêmes trois temps.

André, l’un des premiers suiveurs de Jésus, devient le Jean-Baptiste de son frère Simon. Il amène ce frère vers Jésus, et c’est la même séquence qui se reproduit exactement : Jésus pose son regard sur Simon, il l’appelle par son nom, tout en lui en donnant un nouveau qui définira sa mission, la nouvelle façon de le suivre dorénavant. Il sera Pierre, la pierre sur laquelle il bâtira son Eglise.

Trois mouvements dans cette valse des contacts avec Jésus. Un point commun : directement ou indirectement, la musique de la bonne nouvelle conduit toujours, finalement, à la rencontre personnelle avec Jésus, pour le voir lui, l’entendre lui, le suivre lui, et demeurer le plus longtemps possible avec lui.
Demeurer, c’est l’ultime conséquence de cette aventure, non pas une rencontre à éclipses, mais la fidélité d’une communion, certes à partir d’une recherche continuelle en ce monde, mais en vue d’une joie perpétuelle dans l’autre.

Sur le chemin de notre existence mouvementée, avec les bonheurs qui peuvent nous réjouir, mais aussi les malheurs qui peuvent nous faire saigner, il y a heureusement quelques haltes près de la source qui éclaire et qui nourrit. C’est la communion eucharistique. Quand Jésus en parlera plus tard, il emploiera les mêmes mots et confirmera la même promesse. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Et je le ressusciterai au dernier jour. »
A l’autre bout du pèlerinage, finalement, c’est toujours la même invitation : « Venez et vous verrez ».
Nous irons à sa rencontre et nous verrons sa gloire.
Mais en attendant, il nous invite à annoncer cette espérance autour de nous, comme des Jean Baptiste pour aujourd’hui, comme des témoins de l’évangile en acte. Oui, comme des danseurs qui entraînent les autres dans la valse de  cette bonne nouvelle, la musique de Pâques sur le monde.

Claude Ducarroz



vendredi 5 janvier 2018

Pour Germaine Pfister-Ménétrey

Pour Germaine Pépé Pfister-Ménétrey
6 janvier 2018


Dieu est vrai. C’est surtout pour les intelligents, parmi lesquels certains intellectuels.
Dieu est bon. C’est surtout pour les amoureux de toutes sortes, y compris en amitié.
Dieu est beau. C’est d’abord pour les artistes de toutes formes, couleurs et musiques.
Le                  1945, il a créé et mis au monde Germaine Pfister-Ménétrey, non sans l’aide précieuse de ses parents évidemment.

A entendre les enfants de Germaine, - à savoir Marie, Catherine et Vincent, intarissables quand ils parlent de leur mère -, je suis certain que Dieu a d’abord mélangé tout cela –intelligence, amour et beauté- pour rêver et réaliser notre chère Pépé.  

D’autres, mieux que moi, vous démontreront -s’il en était besoin, avec quelques détails et preuves à l’appui- la riche personnalité de celle qui vient de nous quitter. Une femme pschitt, qui a rayonné dans tous les sens, en laissant une trace profonde dans nos mémoires vives, en suscitant notre admiration, jusqu’à la reconnaissance sincère que nous sommes venus, nombreux, lui exprimer en ce moment.

Bien sûr, en pensant à Pépé, on songe d’abord à la diffusion de la beauté par la musique et le chant, en remarquable fidélité avec les charismes hérités de sa famille d’origine, au point que la passion pour cette forme d’art continue d’inspirer les engagements d’autres personnes autour d’elle. 

Chez Pépé, la compétence donna la main au désir de partager ces moments de bonheur magique avec d’autres, à commencer par les enfants. Car le chant nous enchante davantage et la musique est plus envoûtante quand les artistes qui les servent sont des êtres généreux pour les faire découvrir et aimer en les offrant en « pratique de beauté ». Pépé était de celles-là.

Mais pas que cela. Avec ses nombreuses qualités humaines -non sans quelques bons défauts liés à sa forte personnalité-, Germaine a surtout beaucoup donné d’amour. Oui, cet amour dont l’apôtre Jean nous a rappelé dans la première lecture qu’il vient de Dieu et qu’il nous permet de vraiment connaître Dieu.
Ne l’oublions jamais : c’est son amour qui nous a fait naître à la vie, puisqu’il a mis en nous cet admirable ADN : aimer et être aimé, la seule recette du bonheur, surtout si l’on donne priorité à l’amour donné plus qu’à l’amour reçu. Comme Jésus.

J’ai conscience qu’il faudrait en dire davantage à propos de Germaine. Evoquer ses épreuves : le veuvage, puis la maladie qui ne l’ont pas empêchée de continuer à donner.
Parler de son affection pour ses trois enfants et ses 7 petits-enfants, jusqu’au bout, par exemple dans les célébrations du dernier Noël en famille et en forêt, si émouvantes parce que soulevées par son ultime courage pour vous rassembler et vous faire rire et chanter selon nos meilleures traditions.

Et puis voici l’évangile de la mort du Christ en croix. Il a été choisi par la famille. Elle m’a dit pourquoi.  Une petite phrase relie le Seigneur et notre sainte – laïque et critique - Germaine : « Tout  est accompli ». En quel sens ?

Pour Pépé, ça signifie sans doute qu’elle est allée au bout de ses potentialités d’intelligence, d’amour et de beauté, notamment par la musique et le chant  chaleureusement partagés. On peut partir en paix quand on estime avoir tout donné, tout le possible, avec la conscience du devoir accompli.

Il y a une immense liberté dans le fait d’avoir pu accomplir tout le prévu, dans les limites de la faiblesse humaine évidemment.
Es ist vollbracht, chante l’alto dans la passion selon St-Jean de Bach. Ruht wohl, répond le grand chœur.

 Mais surtout ne concluons pas que tout est fini, qu’il n’y a plus rien à attendre ni à vivre. « Seigneur, éveille-moi de la mort en toute joie ». Ainsi s’achève, sur cette ouverture, la sublime méditation de Bach, sur un au-delà offert par le Jésus de Pâques.

 Comment imaginer que tant d’amour vécu par Pépé dans toutes ses relations, que tant de beauté  illustrée par la musique et le chant finissent dans les poubelles de l’histoire ?
 Ce sont des graines d’éternité semées sur son passage. Ce sont des étoiles allumées au firmament de Dieu. Ou des anges qui chantent sous sa direction énergique comme des marnousets du ciel.

Oui, tout est accompli, comme on le goûte dans le point d’orgue  de la Johannes-Passion : « Ich will dich preisen ewiglich. Je veux te louer éternellement. »
C’est un point d’orgue sans fin dans le concert des bienheureux. C’est la partition de la foi qui se marie avec l’écho infini de la beauté de Dieu.
Car la vie est belle : une des dernières paroles de Pépé. Quand cette vie s’endort sur notre terre, pourquoi ne s’épanouirait-elle pas en Dieu ?
Parce que la vie, c’est Lui.


Claude Ducarroz


jeudi 4 janvier 2018

Pour ma soeur + Suzanne

Pour + Suzanne
A partir de I Jn 3, 14,16 et 20  et Jn 14,1-6.

Ultreia !
Au loin ! Toujours plus loin !

Ce cri court, d’étape en étape, tout au long du chemin qui mène à Compostelle. Il invite à reprendre la route d’aujourd’hui après la fatigue d’hier. Il donne le courage d’aller jusqu’au bout du pèlerinage, celui de saint Jacques, et surtout celui de la vie.

Regardez cette photo. Malgré ses épreuves –et notamment un grave accident qui l’empêcha un jour de continuer-, Suzanne est là, plus loin que Compostelle, au bout de la terre, au bord de l’océan. Christian est tout proche. Suzanne nous sourit, un soulier à la main, comme si elle nous disait au revoir, avant d’embarquer pour le dernier voyage, celui qui mène au royaume de Dieu.

Et c’est sur ce rocher que nous sommes rassemblés maintenant. Baignés de larmes, remplis de si beaux souvenirs, habités par la reconnaissance, peu à peu gagnés par une difficile espérance, celle qui ne peut venir que d’ailleurs, de plus haut, de plus loin encore. Ultreia !

Suzanne ! Dans la famille, c’était d’abord l’unique. Unique fille parmi quatre garçons, notre unique sœur, d’autant plus précieuse, d’autant plus chérie. Une des dernières choses qu’elle a dite à l’infirmière : « mes frères, c’est très important pour moi. »  Que dire alors d’elle…pour nous, d’autant plus que deux d’entre nous, nous ont déjà quittés, trop tôt au regard de notre cœur… et du sien ?

Et puis elle est devenue l’unique pour Christian, qui nous l’a ravie très jeune. Nous avons vite compris que ce fut une bénédiction, car ils ont donné le témoignage d’un couple très uni, par l’amour qui partage tout - joies et peines-, qui construit sur des valeurs solides. Plus qu’une maison, oui, un foyer, là où il fait clair et chaud, pour les enfants d’abord, et les petits-enfants, sans compter les nombreux amis, toujours si bien accueillis…. Ou accueillants, comme les Sœurs du couvent des Dominicaines.

Autant de raisons de redire merci à celle que nous pleurons, y compris pour sa vie professionnelle, au service des malades et des solitaires.

La vie humaine est ainsi faite. Plus il y a d’amour vécu en profondeur, plus il y a de douleur lors de l’inéluctable séparation. Nous sommes aussi là aujourd’hui, avec le chagrin de nos familles, avec la peine des nombreux amis de Suzanne. Dans notre cœur et dans notre esprit, il y a ce combat : d’une part, il y a la joie de vivre et le désir de vivre encore –fleurs cueillies dans le sourire de Suzanne -, et d’autre part il y a ce couperet de la mort qui vient déchirer les bons moments du passé et semble fermer la porte d’un avenir qui puisse encore offrir quelque bonheur partagé. La mer de cette photo semble là pour tout noyer dans les flots de nos larmes.

Et puis quelqu’un s’est approché de nous, discrètement, simplement, comme à Bethléem, ou quand il marchait sur les eaux en répétant : N’ayez pas peur !  Il est venu de l’au-delà, mais pour être au milieu de nous, et tout partager, les joies et les croix. Et même la mort.

Pas pour l’éliminer en ce monde, mais pour la traverser d’un souffle de vie plus puissant que tout. L’océan qui noie devient alors la mer qui s’offre pour un nouveau voyage, parce qu’il y a un nouveau capitaine sur la frêle embarcation de notre pauvre histoire.
La mort, si douloureuse qu’elle soit, y compris pour celles et ceux qui restent, est transfigurée en invitation au pèlerinage avec le ressuscité. Car désormais, c’est lui qui mène la barque, et il la conduit vers une autre maison, la sienne, là où il y a de la place pour beaucoup de monde, là où Suzanne est désormais arrivée, dans la paix. Elle qui a tant servi les autres, pour nos petits et nos grands bonheurs de chaque jour, elle est maintenant servie par le roi-serviteur qu’est le Jésus de Pâques.

Je le sais. Tout cela ne supprime pas notre souffrance ni n’éteint toutes nos questions devant la douloureuse absence de l’être aimé.
Mais, suspendus à la lumière vacillante de notre foi, accrochés aux promesses de l’évangile, il nous reste cette petite espérance, ultreia par-dessus l’océan. Oui, l’espérance de nous retrouver un jour au port de la vie éternelle, dans la maison de l’amour enfin vainqueur.
Et en attendant, si nous avons le droit de beaucoup pleurer, nous avons aussi le devoir de nous soutenir les uns les autres dans cette épreuve. Comme nous le faisons maintenant, comme nous le ferons encore plus tard, en souvenir de Suzanne, en fidélité à l’exemple de son esprit de service et de partage, en amour de la vie qui continue.

Regardez-la. Sur la barque de son nouveau pèlerinage, elle semble s’éloigner pour toujours. Mais comme sur le rocher de « finis terrae », elle continue de nous regarder, de nous sourire, de nous dire, de loin quand nos yeux la cherchent ici-bas, mais de si près quand nous la retrouvons dans l’intimité de notre cœur : ça vaut toujours la peine de croire, d’espérer et surtout d’aimer.

C’était Suzanne. C’est encore Suzanne. Ce sera toujours notre Suzanne bien aimée.



Claude Ducarroz

mardi 2 janvier 2018

C'était Noël !

Homélie
NOEL 2017

« Alors, comment voulez-vous l’appeler, ce petit … ou cette petite ? »
Avant le règne de l’écographie, la sage-femme posait cette question à la naissance, au Noël de chaque enfant.

Et pour le petit de Marie et Joseph, l’enfant de la crèche à Bethléem, c’est quel nom ? L’évangile de cette nuit fait office de livret de famille. Mais attention ! Ce bébé n’étant pas tout à fait comme les autres, il a plusieurs noms. Pour mieux le connaître, ou plutôt pour mieux saisir sa mystérieuse identité, il faut explorer la liste de ses prénoms. Que de découvertes importantes, y compris pour notre vie à nous, et même pour notre mort.
Regardons-le d’abord très humainement, comme Marie et Joseph l’ont vu les premiers, comme les bergers l’ont aperçu en arrivant dans l’étable. « C’est votre premier enfant ? »
Et voici deux réponses. Une sur la terre : « C’est mon fils premier-né », dit Marie approuvée par Joseph évidemment.
Et une réponse dans le ciel, celle de Dieu lui-même qui déclare ainsi sa divine paternité : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le ».
L’emmailloté est le fils éternel de Dieu et en même temps le fils d’une petite servante de Nazareth, une sorte de requérante d’asile, qui n’a même pas trouvé place dans une petite auberge sans étoile pour mettre au monde son petit.
Et ça donne envie, n’est-ce pas ? de mieux connaître ce petit enfant, après son premier soupir à la vie, après son premier cri au monde. Il devait bien y avoir une grande curiosité dans l’air. C’est qui, celui-là ? L’ambiance de cette nuit ne manquait pas d’interroger.
Dans le ciel, dit l’évangile, la gloire du Seigneur avec une grande lumière. C’est déconcertant. Chez les bergers – on peut les comprendre - une grande crainte. Ils ne s’attendaient pas à trouver tout ça dans une étable. Et une promesse qui commence à se  manifester au ciel et sur la terre : une grande joie pour tout le peuple. Ca fait beaucoup à la fois. On ne sait pas trop à quelle émotion se vouer : gloire, crainte, joie ?
Selon l’évangile, le secret a été dévoilé aussitôt : « Il vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ». Mais il faudra beaucoup de méditation en silence pour explorer une telle révélation, y compris pour sa mère Marie « qui retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur. » Il faudra au moins trois années, et le secours du Saint-Esprit, pour que ses plus proches compagnons devinent qui était cet étrange  prophète itinérant en Israël. Et surtout, il faudra qu’il sauve le monde par amour sur la croix,  il faudra qu’il fasse la démonstration de sa seigneurie – devenir le Seigneur dans son mystère pascal -  pour que les annonces anticipées des anges s’imposent à leur foi émerveillée.
A la nôtre aussi. Car il faudra des siècles, y compris jusqu’à nous ce soir, pour que des croyants, tout au long de l’histoire et à travers le monde entier, confessent la vérité et la beauté de cette révélation : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. » Oui, que soit vraie et vérifiée l’annonce du prophète Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ».
Et mieux encore : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Et nous avons vu sa gloire, celle qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. »
Mais attention à bien tenir ensemble toute cette grâce et toute cette vérité. A savoir : on ne parlerait plus de Noël s’il n’y avait pas eu la mort et surtout la résurrection de Jésus, le Christ. Peut-être que d’autres bébés sont nés, cette nuit-là, à Bethléem, comme Jésus. Mais il faut ajouter aussitôt : il n’y aurait pas eu de mystère pascal si ce Jésus n’était pas né comme il né, cette nuit-là, de la femme Marie, près de Joseph, avec le chant des anges et la joie des bergers.
Nous sommes les enfants de la Pâque de Jésus, et notre baptême nous confère cette hérédité et nous la rappelle. Nous sommes aussi les enfants de Noël. Comment accueillir et manifester cette double filiation ? En endossant en profondeur tous les noms de l’enfant de Noël, tel que l’évangile nous en fait la mémoire.

* Aujourd’hui encore, aujourd’hui surtout, le reconnaître dans tous les petits de la terre, et je dirais même les plus petits, autrement dit les enfants.  Jésus n’a-t-il pas commencé tout simplement, tout humainement, comme l’un d’eux ?
* Le servir dans tous ceux et toutes celles qui, chez nous et jusqu’au bout du monde, sont réduits à la pauvreté de leur étable, à la déshérence vagabonde, à l’exclusion sociale, à la souffrance innocente, à l’injustice et à la violence.
* Mais aussi, avec tous les croyants qui se disent chrétiens - même s’ils sont encore trop souvent divisés -, porter courageusement ce nom « chrétien », avec humilité certes, mais aussi avec courage et clarté. Car nous ne sommes pas les propriétaires exclusifs de Jésus, mais ses bergers de ce jour, eux qui  n’ont pas craint, avec les anges, de « faire connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ». Sans tout comprendre tout de suite, sans tout connaître, par pur émerveillement.
Car il faut que sa venue puisse être perçue et accueillie comme « une grande joie pour tout le peuple », autrement dit toute l’humanité.
* Et finalement, maintenant, parce que, où que nous soyons, nous sommes toujours un peu à Noël, il nous faut le reconnaître, l’adorer et surtout le recevoir dans l’humble signe de l’eucharistie par laquelle, emmailloté de pain, il veut se blottir dans notre crèche, malgré la paille et les courants d’air, pour habiter non seulement au milieu de nous, mais en nous.
Lui Jésus, le nouveau-né, le fils, le Sauveur, le Christ, le Seigneur.

Claude Ducarroz



mercredi 20 décembre 2017

Parler de Noël ?

Et si nous parlions de Noël…

De Noël ? Non merci ! On en parle déjà depuis si longtemps, depuis deux mois au moins. C’est la saturation. L’overdose.
Jugez-en plutôt : les décorations de Noël, les biscuits de Noël, les vacances de Noël, le menu de Noël, le sapin de Noël…et le Père Noël, évidemment !
Où est Noël ? Le vrai !
Il ne sert à rien de tempêter contre la sécularisation commerciale de cette fête. Après tout, être victime d’un tel succès ne serait-ce pas un compliment ?  Et puis Noël est associé à de bonnes choses qui réjouissent le cœur…et même l’estomac. Il n’y a pas de mal à se faire du bien. Surtout si la fièvre mercantile, finalement, conduit à de sympathiques rencontres, souvent en famille. Avec quelques débordements généreux du côté de la solidarité. Tant mieux !
Reste que la question est posée : où est le vrai Noël ? que devient-il ?
Ne serait-ce pas d’abord aux chrétiens de répondre à cette question ? Si les partisans de Jésus de Nazareth se retirent dans les silences de la honte, qui va défendre et illustrer le mystère de Noël sous l’avalanche des sous-produits commerciaux qui se sont emparé de ce nom ?
Il me semble que Noël est en train de se réfugier peu à peu dans le cœur des croyants comme Marie et Joseph ont dû finalement trouver abri dans l’étable de Bethléem, faute de mieux.
Mais justement, c’est là, dans cette simplicité et cette pauvreté, que la plénitude du mystère s’est blottie et finalement révélée. Les textes bibliques racontant l’évènement disent l’essentiel. La bonne nouvelle, c’est qu’il nous est né là, cette nuit-là, un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur, pour la joie de tout le peuple. Ce Noël là, personne ne pourra jamais nous l’enlever, ni l’indifférence des foules sans religion, ni la folie des achats compulsifs.
Encore faut-il que les chrétiens -et aussi d’autres avec eux- prennent le temps de s’arrêter pour réfléchir, faire silence et peut-être prier. Oui, pousser délicatement la porte de la soupente où repose l’enfant-Dieu dans sa mangeoire, fermer les yeux pour mieux entendre nos anges intérieurs, tendre la main aux bergers rencontrés par hasard –peut-être des réfugiés en déshérence-  et sourire à Marie et Joseph, les humbles parents du petit.
Plus que jamais, Noël -le vrai- est remis entre nos mains, déposé dans notre cœur, confié à notre foi, livré à notre amour.
Déjà : joyeux Noël !
Claude Ducarroz

A paru sur le site  cath.ch

samedi 9 décembre 2017

2ème dim. Avent 2017

Fête de Saint Nicolas
2017

Qu’est-ce qu’il faut pour faire un beau St Nicolas à Fribourg ? Vous l’avez vu une fois de plus samedi soir dernier. Il  faut d’abord un faux évêque avec une crosse et une mitre, et surtout une longue barbe blanche. Il faut ensuite un âne plutôt docile pour y transporter le céleste prélat. Il faut aussi quelques pères fouettards pour faire semblant d’épouvanter les enfants pas sages. Il faut enfin une bonne réserve de biscômes pour récompenser les sages, de loin les plus nombreux à Fribourg.
A chacun, parmi nous, de jouer le rôle qu’il préfère.

Qu’est-ce qu’il a fallu pour faire un vrai saint Nicolas, en son temps, à Myre, autour de l’an 300 ?
* D’abord être un saint, autrement dit un chrétien, re-né des sources du baptême. Quelqu’un qui a entendu le Christ frapper à la porte de son cœur, comme l’a rappelé le texte de l’Apocalypse. Quelqu’un qui a ouvert  la porte et a invité ce Christ à entrer chez lui pour l’accueillir comme une bonne nouvelle en personne. Et Jésus a pris la cène avec lui, dans l’intimité de la plus profonde des communions. Quel bonheur !
Un saint ordinaire en somme, le chrétien Nicolas. Un peu comme nous, mais en mieux.

* Et puis il était évêque. Pas comme on le représente souvent chez nous en Occident, à la manière de nos épiscopes un peu baroques. Mais certainement assez proche de ce beau patriarche œcuménique que les chanoines de notre chapitre ont rencontré il y a trois semaines à Constantinople. Je l’imagine à la fois simple dans la rencontre et hiératique de prestance, un père, un pasteur. Pour tout dire : un évêque. Oui, l’humble serviteur appelé par son peuple, choisi par ses confrères, consacré par l’Esprit, avec l’imposition des mains de ses frères de ministère et sous la houle de la prière de toute l’Eglise. Nicolas, évêque de Myre.

* Quel évêque ? Tant de légendes tressent trop de couronnes pour que toutes soient vraies. Mais peu importe. Ces rumeurs vont toutes dans le même sens, et c’est bien suffisant pour accorder un solide crédit au portrait global du saint évêque Nicolas.
Il s’est investi à fond pour les plus petits et les plus pauvres, les plus malheureux et les plus menacés. Des enfants sacrifiés, mais aussi des jeunes filles en perdition. Des marins à la dérive et des frères et sœurs affamés. Il fut le chrétien de l’évangile de tout à l’heure, en Marc 10 (« Laissez venir à moi les enfants »), mais aussi celui de Matthieu 25 (« Tout ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites »).
Il fut l’évêque de toutes les nobles causes, pour la justice et pour la paix, car la bonne nouvelle qui mène au Royaume de Dieu ne saurait éteindre –mais plutôt raviver- les incendies d’amour que Jésus est venu allumer sur la terre pour la rendre plus fraternelle.

* Les spécialistes nous le disent : il y a au moins un évènement certain dans la vie foisonnante de Nicolas de Myre : il a participé au concile de Nicée en 325. Le Chapitre cathédral était à quelques kilomètres de ce lieu historique il y a moins d’un mois.
Tiens ! Déjà un concile œcuménique, le premier. Et pour quoi faire ?

Pour préciser et approfondir la foi trinitaire et pascale, pour soutenir une courageuse fidélité à l’évangile, pour consolider la communion des Eglises dans la koinonia de l’Eglise « catholique et apostolique », selon les propres termes du concile.

Et si nous étions tous un peu des saints Nicolas ? On peut se permettre cette bienheureuse audace à Fribourg puisque certains estiment que les Fribourgeois, qu’ils soient du dedans ou du dehors, sont d’une certaine manière les « chers enfants » de leur saint patron. Il y a donc un ADN de saint Nicolas dans les gènes de notre christianisme.
Sans faire la leçon à personne, m’est-il permis d’en dessiner quelques traits, d’en dresser un modeste portrait, à mes risques et périls ?

* Comme Nicolas, être des chrétiens des profondeurs baptismales, à égalité de grâce, de vocation et de mission, bien avant les différences confessionnelles ou institutionnelles, dans la vérité de la foi, dans l’élan de l’espérance, dans une chaleureuse charité.

* Comme Nicolas, être en service d’Eglise –même sans être évêque- par tous les engagements correspondant aux innombrables charismes, ministères et activités qui fleurissent dans la vie des chrétiens -hommes et femmes-, eux qui animent nos communautés en s’y investissant si généreusement, si évangéliquement.

* Comme Nicolas, sans mépriser personne, mais faire le choix des pauvres, des souffrants et des exclus afin que les chrétiens –et par conséquent aussi nos Eglises- donnent le témoignage de leur liberté et de leur courage d’aimer, y compris à la face des grands et des puissants de ce monde.

* Comme Nicolas, travailler avec passion, patience et impatience pour la communion des Eglises, que ce soit dans l’œcuménisme spirituel, théologique, liturgique ou tout simplement fraternel.

En chacun de nous, il y a un petit Nicolas qui sommeille peut-être. Le temps de l’Avent peut le réveiller et bientôt Noël le conduira à la crèche. L’évangile va le guider sur les chemins de sa Galilée et finalement il nous rassemblera tous au pied de la croix. Et nous serons entraînés vers la vraie vie au matin de Pâques et l’Esprit de Pentecôte va nous dynamiser pour nous envoyer comme témoins du Christ dans notre vaste monde.

Voyez comme elle est belle, l’Eglise, quand on est tous ensemble, dans le cœur du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, et dans la communion des saints.

Claude Ducarroz


mercredi 6 décembre 2017

Homélie de la Saint Nicolas

Fête de Saint Nicolas
2017

Qu’est-ce qu’il faut pour faire un beau St Nicolas à Fribourg ? Vous l’avez vu une fois de plus samedi soir dernier. Il  faut d’abord un faux évêque avec une crosse et une mitre, et surtout une longue barbe blanche. Il faut ensuite un âne plutôt docile pour y transporter le céleste prélat. Il faut aussi quelques pères fouettards pour faire semblant d’épouvanter les enfants pas sages. Il faut enfin une bonne réserve de biscômes pour récompenser les sages, de loin les plus nombreux à Fribourg.
A chacun, parmi nous, de jouer le rôle qu’il préfère.

Qu’est-ce qu’il a fallu pour faire un vrai saint Nicolas, en son temps, à Myre, autour de l’an 300 ?
* D’abord être un saint, autrement dit un chrétien, re-né des sources du baptême. Quelqu’un qui a entendu le Christ frapper à la porte de son cœur, comme l’a rappelé le texte de l’Apocalypse. Quelqu’un qui a ouvert  la porte et a invité ce Christ à entrer chez lui pour l’accueillir comme une bonne nouvelle en personne. Et Jésus a pris la cène avec lui, dans l’intimité de la plus profonde des communions. Quel bonheur !
Un saint ordinaire en somme, le chrétien Nicolas. Un peu comme nous, mais en mieux.

* Et puis il était évêque. Pas comme on le représente souvent chez nous en Occident, à la manière de nos épiscopes un peu baroques. Mais certainement assez proche de ce beau patriarche œcuménique que les chanoines de notre chapitre ont rencontré il y a trois semaines à Constantinople. Je l’imagine à la fois simple dans la rencontre et hiératique de prestance, un père, un pasteur. Pour tout dire : un évêque. Oui, l’humble serviteur appelé par son peuple, choisi par ses confrères, consacré par l’Esprit, avec l’imposition des mains de ses frères de ministère et sous la houle de la prière de toute l’Eglise. Nicolas, évêque de Myre.

* Quel évêque ? Tant de légendes tressent trop de couronnes pour que toutes soient vraies. Mais peu importe. Ces rumeurs vont toutes dans le même sens, et c’est bien suffisant pour accorder un solide crédit au portrait global du saint évêque Nicolas.
Il s’est investi à fond pour les plus petits et les plus pauvres, les plus malheureux et les plus menacés. Des enfants sacrifiés, mais aussi des jeunes filles en perdition. Des marins à la dérive et des frères et sœurs affamés. Il fut le chrétien de l’évangile de tout à l’heure, en Marc 10 (« Laissez venir à moi les enfants »), mais aussi celui de Matthieu 25 (« Tout ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites »).
Il fut l’évêque de toutes les nobles causes, pour la justice et pour la paix, car la bonne nouvelle qui mène au Royaume de Dieu ne saurait éteindre –mais plutôt raviver- les incendies d’amour que Jésus est venu allumer sur la terre pour la rendre plus fraternelle.

* Les spécialistes nous le disent : il y a au moins un évènement certain dans la vie foisonnante de Nicolas de Myre : il a participé au concile de Nicée en 325. Le Chapitre cathédral était à quelques kilomètres de ce lieu historique il y a moins d’un mois.
Tiens ! Déjà un concile œcuménique, le premier. Et pour quoi faire ?

Pour préciser et approfondir la foi trinitaire et pascale, pour soutenir une courageuse fidélité à l’évangile, pour consolider la communion des Eglises dans la koinonia de l’Eglise « catholique et apostolique », selon les propres termes du concile.

Et si nous étions tous un peu des saints Nicolas ? On peut se permettre cette bienheureuse audace à Fribourg puisque certains estiment que les Fribourgeois, qu’ils soient du dedans ou du dehors, sont d’une certaine manière les « chers enfants » de leur saint patron. Il y a donc un ADN de saint Nicolas dans les gènes de notre christianisme.
Sans faire la leçon à personne, m’est-il permis d’en dessiner quelques traits, d’en dresser un modeste portrait, à mes risques et périls ?

* Comme Nicolas, être des chrétiens des profondeurs baptismales, à égalité de grâce, de vocation et de mission, bien avant les différences confessionnelles ou institutionnelles, dans la vérité de la foi, dans l’élan de l’espérance, dans une chaleureuse charité.

* Comme Nicolas, être en service d’Eglise –même sans être évêque- par tous les engagements correspondant aux innombrables charismes, ministères et activités qui fleurissent dans la vie des chrétiens -hommes et femmes-, eux qui animent nos communautés en s’y investissant si généreusement, si évangéliquement.

* Comme Nicolas, sans mépriser personne, mais faire le choix des pauvres, des souffrants et des exclus afin que les chrétiens –et par conséquent aussi nos Eglises- donnent le témoignage de leur liberté et de leur courage d’aimer, y compris à la face des grands et des puissants de ce monde.

* Comme Nicolas, travailler avec persévérance -et même avec une certaine passion- pour la communion des Eglises, que ce soit dans l’œcuménisme spirituel, théologique, liturgique ou tout simplement fraternel.

En chacun de nous, il y a un petit Nicolas qui sommeille peut-être. Le temps de l’Avent peut le réveiller et bientôt Noël le conduira à la crèche. L’évangile va le guider sur les chemins de sa Galilée et finalement il nous rassemblera tous au pied de la croix. Et nous serons entraînés vers la vraie vie au matin de Pâques et l’Esprit de Pentecôte va nous dynamiser pour nous envoyer comme témoins du Christ dans notre vaste monde.

Voyez comme elle est belle, l’Eglise, quand on est tous ensemble, dans le cœur du Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, et dans la communion des saints.

Claude Ducarroz