vendredi 31 août 2018

Foin du cléricalisme

Entre diagnostic et thérapie

Non ! Je ne veux pas rajouter une couche à l’interminable litanie des lamentations. Même si, à propos des abus sexuels commis par des membres du clergé catholique, il faut continuer d’exiger compassion et compensation à l’égard des victimes, et une juste punition à l’égard des coupables.
A la suite du pape François, il est maintenant urgent de dresser un diagnostic précis pour promouvoir une thérapie efficace.
Le 4 mai 1877, l’homme d’Etat français Léon Gambetta proclamait devant l’assemblée nationale : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » Curieusement, le pape François a repris cette formule presque mot à mot pour fustiger la détestable culture ecclésiastique qui a gangréné certains milieux d’Eglise. Un diagnostic qu’il convient d’expliciter, pas pour tenter d’excuser mais pour essayer de comprendre… et surtout corriger !
Le cléricalisme, c’est s’estimer au dessus des autres chrétiens -  a fortiori au dessus des autres humains-, parce qu’une consécration mystérieuse nous a imprégnés d’un sceau sacré.
Le cléricalisme, c’est manifester un pouvoir pesant en vertu d’une mission reçue, avec d’autant plus d’arrogance que la responsabilité semble confiée d’en haut.
Le cléricalisme, c’est dominer sans partage sur une communauté en revendiquant l’obéissance aveugle des brebis à l’égard du « bon pasteur » qui les guide « au nom du Seigneur ».
Le cléricalisme, c’est abuser de la faiblesse des autres, en oubliant la sienne, sous prétexte que la grâce divine nous investit d’une force surnaturelle.
Le cléricalisme, c’est se croire dispensé des règles humaines de la justice et du respect parce que nous sommes au service d’une Eglise qui a ses propres traditions immémoriales.
Le cléricalisme, c’est se distinguer de toutes les manières pour accréditer une position de surplomb sur le commun des mortels, du moment que nous sommes « mis à part » en vue d’une mission supérieure.
Le cléricalisme, pour certains, c’est estimer que les frustrations dues à la pratique d’un célibat vécu comme une obligation insupportable, autorise des compensations secrètes que l’Eglise saura bien camoufler pour préserver sa réputation dans le grand public.
Le cocktail de plusieurs de ces pratiques peut conduire au pire, comme on doit hélas ! le déplorer, dans les larmes de notre pénitence collective.
Il est temps de passer à des thérapies de choc…évangéliques.
Il y a certainement, du côté des formateurs des futurs prêtres, des prises de conscience qui les ont rendus plus lucides et plus prudents dans le discernement et l’accompagnement des candidats.
On ne fera pas l’économie d’une nouvelle mentalité parmi les serviteurs de l’évangile et de l’Eglise, que sont les prêtres. La fragilité des autres n’autorise aucun abus dans le ministère. Le caractère sacré de la mission reçue requiert la plus douce humilité. En régime chrétien, l’autorité n’est-elle pas le contraire du pouvoir qui impose, autrement dit un service qui aide l’autre à grandir dans la vraie liberté ? Faut-il se distinguer par des apparences clinquantes ou par le rayonnement des charismes les plus humbles ?
Le dialogue et le partage entre les prêtres et les autres membres du peuple de Dieu n’est-il pas une meilleure garantie de communion dans l’animation de la communauté, plutôt que l’imposition hiérarchique et sacrale de décisions purement cléricales ?
Ne faut-il pas revoir les conditions humaines et spirituelles dans lesquelles les prêtres vivent leur célibat, surtout quand ce célibat semble, du moins à certains, un lourd fardeau à porter plutôt qu’une grâce qui les porte ?
Il nous faut re-méditer ces textes du concile Vatican II. « Même si certains, par la volonté du Christ, sont institués docteurs, dispensateurs des mystères et pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité communes à tous les fidèles dans l’édification du corps du Christ, il règne entre tous une véritable égalité. » Lumen gentium
no 32.
Foin du cléricalisme !

Claude Ducarroz
3960 signes


vendredi 17 août 2018

Homélie eucharistique

Homélie
19 août 2018

Encore !
Ceux qui, parmi vous, participent à la messe chaque dimanche l’auront peut-être remarqué : durant 5 dimanches de suite, l’évangile de la liturgie ne nous parle que de l’eucharistie. En réalité, c’est la lecture continue, par tranche, du 6ème chapitre de l’évangile de Jean qui compte, à lui tout seul, 72 versets.

Bien sûr, je pourrais rajouter une couche de commentaire sur le mystère eucharistique, ne serait-ce qu’à partir du premier verset de l’évangile d’aujourd’hui : « Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. »

Permettez que je m’attache plutôt à une autre phrase : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui. » Et la question se pose alors :   Comment les chrétiens qui communient si intimement à Jésus peuvent-ils devenir eux-mêmes « eucharistiques », et si possible dès-ici bas ? Car finalement, si la communion au corps et au sang du Christ -réellement présent dans l’eucharistie- nous fait « demeurer en lui », ça devrait se manifester dans notre vie, au point que même les autres devraient pouvoir le remarquer.

Quand on relit tout ce chapitre 6 de saint Jean, on pourrait baliser ainsi le cheminement du chrétien eucharistique : partir de la nature respectée, œuvrer dans la culture sous toutes ses formes et participer pleinement au culte qui culmine justement dans l’eucharistie.
Vous vous en souvenez ! La promesse de l’eucharistie a commencé par ce qu’on appelle la multiplication des pains.
Le pain -et le vin évidemment-  y compris à la messe, c’est d’abord le fruit de la nature. On le sait bien, à l’heure de la moisson, de la vendange …ou de la sécheresse. D’ailleurs Jésus avait rassemblé les foules au bord du lac et il fit asseoir les gens, dit l’évangile, « là où il y avait beaucoup d’herbe ». L’état d’esprit eucharistique commence par un certain regard contemplatif sur la nature, une certaine mentalité écologique, un respect des biens de la terre. Le pape François nous le rappelle dans son encyclique Laudato si : « L’eucharistie est source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement. Elle nous invite à être gardien de toute la création. » (no 236).

Et puis il y a évidemment la culture, au sens premier du terme : cultiver la terre et gérer ses richesses pour les mettre au service des hommes, de tous les hommes.  Pour nourrir les foules comme pour célébrer l’eucharistie, il faut le pain « fruit du travail des hommes et des femmes. » D’ailleurs Jésus a aussi dit à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Et pour accomplir son miracle, il a eu besoin des cinq pains d’orge et des deux poissons qu’un enfant à bien voulu offrir pour les partager.
Vous aurez aussi remarqué que les disciples sont mis à contribution pour la suite de l’évènement, y compris pour ramasser les morceaux qui restaient afin que rien ne soit perdu.

Il faut donc étendre le principe de culture à tout ce que les hommes font à partir de la nature, par le travail sous toutes ses formes, y compris par les arts, les sciences, les techniques les engagements socio-politiques, etc…
Mais à condition que tout cela respecte la nature, favorise la solidarité et organise le partage, avec priorité pour celles et ceux qui sont encore victimes des injustices et des inégalités.

Rien n’est plus contraire à l’eucharistie qu’une société où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Le consumérisme à outrance, le pillage et le gaspillage des biens de la terre, le matérialisme arrogant : voilà l’ennemi. Une fois de plus, le pape nous le rappelle. Il nous presse de passer de la culture des déchets à la culture du partage. En somme : à la table eucharistique.

Je n’oublie pas le culte, à savoir la vie spirituelle, qui culmine dans la liturgie, à commencer par l’eucharistie. Là tout se rassemble, se noue et s’offre dans le divin et humain sacrifice. Quand nous nous rassemblons pour la messe, nous prenons avec nous la nature cosmique, nous portons en nous et avec nous toute l’humanité en quête de justice et de paix, nous constituons l’Eglise universelle autour de Jésus mort et ressuscité.

L’eucharistie épouse toutes ces dimensions. La nature est au rendez-vous, car, dit le pape, « l’eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique ». La culture brille aussi sous toutes ses facettes, y compris dans les scintillements de la beauté esthétique, et le vrai culte pascal est re-présenté « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».
Avons-nous conscience de tout cela ? Sommes-nous disposés à nous investir, dans la société et dans l’Eglise, pour que cette riche alliance de tant de beaux mystères soit plus visible, plus crédible, plus fraternelle, plus désirable ?
Sommes-nous prêts à devenir davantage eucharistiques ?
Claude Ducarroz


mardi 14 août 2018

Assomption de marie 2018

Assomption 2018
« Actuellement, on ne parle que d’elles ! », me disait un homme sans doute un brin jaloux.  Et c’est un peu vrai : depuis certaines révélations particulièrement sordides, on parle beaucoup de la femme et des femmes. A juste titre, elles ne manquent  aucune occasion de faire parler d’elles quand il s’agit de rappeler leur égalité foncière en humanité, de revendiquer le respect de toute leur dignité ou d’exiger leur juste promotion partout où le sexisme continue de sévir.

On pourrait dire que, aujourd’hui, à la faveur de cette fête, l’Eglise catholique s’y met aussi. Elle place en évidence, jusque dans sa liturgie, une Femme -avec f majuscule- « ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. » Qui dit mieux ? serait-on tenté de répéter aux féministes de toutes couleurs.

C’est la fête de l’assomption de la vierge Marie, la mère de Jésus. Dans la théologie et la piété catholiques, portées par d’antiques traditions, tant en Orient qu’en Occident, ceci est devenu très tôt évident : la mère du Christ ressuscité, la femme toute sainte, que toutes les générations doivent proclamer bienheureuse, a été enlevée et élevée au ciel pour partager, dès sa mort, la gloire de Jésus, le premier né d’entre les morts.
Cette merveille réjouit le peuple de l’Eglise, heureuse d’acclamer dans la lumière pascale, celle que Jésus nous a donnée pour mère du haut de sa croix.

Aujourd’hui, et spécialement dans cette église qui est consacrée à Notre-Dame, c’est un peu la fête de famille autour de la maman bienheureuse, entièrement absorbée en Dieu, avec tout ce qu’elle fut et tout ce qu’elle est, à savoir aussi son corps en qui l’Esprit saint a fait germer et grandir le corps de Jésus, le Verbe fait chair au milieu de nous.
Rien en Marie ne s’opposait à cette transfiguration immédiate. Et c’est ce qui lui est arrivé, par pure grâce évidemment.
Encore faut-il en tirer quelques conséquences pour nous aussi aujourd’hui.

La première, c’est que l’assomption de Marie est un privilège, mais pas une exception. Elle nous précède dans cette grâce toute pascale, mais nous n’en sommes pas exclus. Au contraire, ce qui est arrivé à Marie d’abord nous est promis aussi à nous, selon l’engagement formel du sauveur : « Je vais vous préparer une place… Là où je suis, vous serez aussi avec moi. »
Et saint Paul le rappelait aux Corinthiens qui avaient de la peine à le croire : « De même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous revivront pour la vie éternelle par la résurrection …quand ce Christ aura anéanti la mort. »
L’assomption de Marie, c’est donc l’assurance que nous serons un jour et pour toujours avec Jésus vivant, comme elle et avec elle, et tous les autres aussi. En un mot : quelle que soit notre vie actuelle, le meilleur est encore devant nous. Marie la bienheureuse, Marie la glorieuse, nous aide à y croire et, en priant pour nous,  à le vivre, même imparfaitement.

Et comment, me direz-vous ?
Entre autres en respectant la beauté et la dignité du corps, et singulièrement du corps de la femme, de toutes les femmes. Car ce qu’il y a d’extraordinaire –sans être unique-, c’est justement que l’assomption de Marie, comme nous le rappellent tant de peintures et d’images, implique pleinement son corps sexué lors de son entrée en gloire. Ne serait-ce pas justement ce qu’on pourrait nommer une magnifique originalité mariale du christianisme :  le destin éternel du corps ?
Comme le sauveur a passé par le corps d’une femme, Marie de Nazareth, pour venir jusqu’à nous en pleine humanité, de même le salut impactera aussi notre corps.
Car il est vrai que Dieu dans le Christ, et avec la collaboration physique et croyante de Marie, veut emmener dans sa gloire tous les hommes et tout l’homme, y compris notre corporéité un jour récupérée.
La manière dont nous regardons et à fortiori traitons le corps de la femme mesure notre degré de foi en notre vocation à la résurrection bienheureuse. Il y a aussi un juste féminisme chrétien et, si j’ose le dire, un féminisme marial.

J’ajoute enfin que le culte marial, comme on le nomme parfois, si développé dans cette basilique, ne doit pas servir de prétexte à justifier sournoisement un certain sexisme qui sévit parfois ou peut toujours revenir. On pourrait en effet croire que les chrétiens –et surtout les catholiques- ont déjà beaucoup donné à la femme à travers la figure de Marie glorieuse ou par la piété mariale. Dès lors ça pourrait autoriser, à l’égard des autres femmes - certes moins saintes qu’elle, mais tout aussi sainte que les hommes sinon plus-, des attitudes  de discrimination rampante.

Respecter le génie féminin, apprécier ses charismes et qualités spécifiques, ce n’est pas soumettre la femme et les femmes à des exclusions ou des barrières. Il faut leur permettre partout de déployer, pour l’enrichissement de notre humanité, les valeurs et les beautés qu’elles recèlent, pour les mettre au service de tous, tant dans la société que dans l’Eglise.

Il me semble que Marie, élevée toute entière au ciel, aujourd’hui, nous dit aussi cela…sur la terre !
Ainsi soit-il !
Claude Ducarroz





mercredi 25 juillet 2018

Philip ou Nicolas ?

Philip ou Nicolas ?

Le grand écrivain américain Philip Roth est décédé le 22 mai dernier à l’âge de 85 ans. Certains exégètes de sa vie et de son œuvre n’ont pas manqué de souligner son athéisme clairement assumé. Il a écrit par exemple : « Quand plus personne ne croira en Dieu, il y aura enfin la paix dans ce monde. » J’avoue que cette petite phrase, plantée dans mon esprit comme une flèche, continue de me faire réfléchir.
 A relire l’histoire des civilisations, et plus spécialement celle des religions, on doit bien reconnaître que Philip Roth n’a pas tout tord, comme on dit.
 Pour demeurer proche de chez nous, nous commémorons cette année la cruelle Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui ravagea une grande partie de l’Europe en mettant aux prises catholiques et protestants. Rien qu’en Suisse, ces mêmes chrétiens se sont vaillamment combattus au cours des deux batailles de Willmergen (1656 et 1712), sans parler de notre dernière guerre civile – le Sonderbund de 1848- dans laquelle le paramètre confessionnel a encore joué un grand rôle.
On peut évidemment esquiver la question en rappelant ce qui s’est passé en Europe au XXème siècle. Quand des soit disant « sauveurs «  de l’humanité sans dieu ont voulu s’imposer au monde, ils n’ont pas fait mieux, ou plutôt ce fut bien pire. Il suffit d’évoquer les millions de morts qui pèsent sur la conscience de Hitler, Staline, Mao et autres Pol Pot, tous vénérés en leur temps comme de nouveaux messies.
Mais l’interrogation demeure. Le défi est là. Il nous reste sans cesse à prouver que la réunion des croyants –à fortiori la communion des chrétiens- est un facteur de paix et de réconciliation au service d’une société enfin fraternelle.
Et j’entre dans la cathédrale de Fribourg. Aussitôt à droite brille le vitrail consacré à Nicolas de Flüe. Il honore son intervention pacificatrice du 21 décembre 1481, qui réconcilia les Suisses à la veille d’une guerre civile déjà programmée. Au bas du vitrail, il est rappelé cette petite phrase tirée de sa lettre aux Bernois (1482) : « La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix. » Cet ancien soldat, devenu un ermite tout adonné au silence et à la prière, nous indique la voie. Et surtout notre devoir, plus que jamais impérieux : être, à l’image de notre saint national, des apôtres inconditionnels des béatitudes évangéliques (Cf. Matthieu 5,1-12), chacun personnellement et dans notre société.
Devant la montée des périls à l’horizon de notre actualité, comment vont réagir celles et ceux qui se réfèrent à Dieu, quelle que soit leur religion ? Les croyants vont-ils faire front commun pacificateur – y compris avec tant d’agnostiques et d’incroyants  pleinement humanistes - pour exorciser les violences endémiques en promouvant la justice et finalement l’amour ?
Quand nous sommes invités à nous engager dans le dialogue interreligieux, quand nous sommes pressés de progresser dans la réconciliation œcuménique, il ne s’agit pas seulement de débats théologiques « entre nous ». Il y va de l’avenir de notre convivance sur cette planète. En sauvant notre avenir humain, avec la grâce de Dieu, nous sauvons aussi l’image de notre Dieu. Est-il le dieu des armées en batailles ou le Père de tout amour ? Un certain Jésus de Nazareth nous l’a rappelé, en devenant lui-même notre paix, en tuant toute haine, en brisant tous les murs de séparation, en réconciliant tous les hommes dans une fraternité vraiment universelle.
Une grâce, mais aussi tout un programme de vie, une feuille de route pour chaque jour.

Claude Ducarroz


3528 signes

mardi 19 juin 2018

Ainsi donc... Je m'interroge

Ainsi donc…  Je m’interroge !

Je lis dans une déclaration du cardinal Ladaria, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, en date du 30 mai 2018 :
« L’Eglise ne possède pas la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale… C’est une décision du Seigneur et des apôtres… Cette sentence doit être gardée de manière définitive par tous les fidèles de l’Eglise… Elle a été  proposée infailliblement  par le Magistère ordinaire et universel…. Elle fait partie de la substance du sacrement de l’ordre…. C’est irrévocable. »
Ainsi donc, seuls les hommes (mâles) peuvent « représenter » le Christ dans les actes sacramentels découlant de l’ordination presbytérale.
Ainsi donc, les femmes, uniquement parce qu’elles sont des êtres humains féminins, sont exclues définitivement d’un des biens les plus précieux du Royaume de Dieu.
Ainsi donc, dans la perspective de la réconciliation des Eglises, toutes les femmes exerçant un tel ministère dans les autres Eglises, devront y renoncer pour permettre la communion œcuménique souhaitée.
Ainsi donc, mettre en doute la qualité évangélique ou perpétuelle de cette exclusion mettrait en grave danger la sécurité de la foi et la validité du service concernant le sacrement de l’ordre.
Ainsi donc, les femmes, et surtout les femmes catholiques, ne devraient éprouver aucune gêne devant cette exclusion radicale puisqu’elle n’inclut aucune subordination de la femme à l’homme, et surtout pas dans l’Eglise.
Heureusement, je lis aussi :
« Quand Jésus, à travers villes et villages, prêchait et annonçait la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, les Douze l’accompagnaient, ainsi que quelques femmes… »  Lc 8,1-2
Je lis encore : « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a ni juif ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. » Gal 3,27-28.
Et je lis toujours: « Toute forme de discrimination…fondée sur le sexe… doit être éliminée comme contraire au dessein de Dieu. » (Vat II  Gaudium et spes no 29)
Et je lis enfin : « L’assemblée synodale suisse (1972) souhaite que la recherche concernant l’ordination sacerdotale des femmes soit poursuivie. »
Et je m’interroge beaucoup. Toujours plus !

Claude Ducarroz


A paru sur le site  cath.ch

samedi 12 mai 2018

Retour à l'essentiel

Retour à l’essentiel

Faut- il en rajouter une couche ? Qui n’a pas encore exprimé quelque pensée profonde à l’occasion des 50 ans de Mai 68 ? Chacun y est allé de son analyse, de son bilan, de sa  critique. Je ne vais donc pas prolonger le concerto discordant des grandes déclarations définitives. Qu’il me suffise de transcrire un état de la situation actuelle, que je trouve particulièrement pertinent de la part d’un professeur de médecine et de psychologie. Nous vivons dans une société addictive,  obsédée par le quantitatif, poussant à la distraction, c’est-à-dire à éviter l’essentiel. Il semble bien que nous sommes dans une crise de civilisation dont les symptômes sont l’addiction, l’agression et la dépression. Dr Jacques Besson
Rude diagnostic !
Il ne sert à rien de pousser des gémissements désolés, de pleurer dans son coin ou de se retirer sous sa tente passéiste. Ne faut-il pas revenir plutôt à cet essentiel qui constitue l’être humain, quel que soit le contexte de son aventure en ce monde ? On ne sera pas étonné d’y redécouvrir une valse à trois temps en guise de danse pour le bal de l’existence ici-bas.
* Exister, et apprécier de vivre, en sachant qu’il y a une croissance continue dans le voyage de la vie, à condition de donner du temps au temps, patiemment.
* Etre libre, user de cette liberté, mais aussi se savoir pleinement responsable, afin de produire des fruits positifs pour tous.
* Se respecter soi-même en toutes ses dimensions, et respecter les autres dans ces mêmes dimensions, pour jouir d’un certain bonheur, largement partagé.
* Apprécier la nature si généreuse, mais aussi créer de la culture en ses magiques expressions, jusqu’au culte d’une continuelle célébration de la beauté.
* S’éprouver soi-même comme un profond mystère, et le discerner chez les autres, en promouvant ensemble la spiritualité de la personne.
* Se savoir aimé, aimer à notre tour en toutes circonstances et répandre autour de nous le goût d’aimer.
Je crains que ces quelques réflexions de bon sens –sans prétendre être exhaustives- apparaissent comme des conseils issus d’une morale aujourd’hui dépassée. Peut-être. A moins que ce soit tout simplement un humanisme de base.
Car que serait une vie humaine sans croissance, sans compter avec le temps ? Que devient une liberté sans le sens de la responsabilité ? Serait-ce encore un vrai bonheur, celui qui s’édifierait sur le malheur des autres ? Pouvons-nous investir dans la culture sans commencer par respecter la nature ? Le mystère qu’est l’être humain n’est-il pas habité par un certain esprit, avec ou sans religion subséquente ? Et finalement, pour le dernier mot, donnons la parole à Jacques Brel, qui n’avait rien d’un bigot : « Quand on n’a que l’amour pour vivre nos promesses sans nulle autre richesse que d’y croire toujours… »
Vive Mai 2018 !

A paru sur le site cath.ch

Claude Ducarroz


2833 signes

dimanche 6 mai 2018

Homélie du 6ème dimanche de Pâques

Homélie
6ème dimanche de Pâques
6 mai 2018

Savez-vous compter jusqu’à 12 ? Si oui, vous pouvez relire sans problèmes les 8 versets de l’Evangile de ce dimanche : ils contiennent 12 fois les mots aimer ou amour. Sans vous choquer, j’ai pensé spontanément à la belle chanson de Jacques Brel, qui n’était pas spécialement pieux : « Quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage au jour du grand voyage qu’est notre grand amour. »

Précisément, il s’agit ici du discours de Jésus avant son grand départ vers le mystère pascal, la croix, la pâque. 12 fois. C’est une idée fixe, c’est une obsession. Essayons de mieux comprendre.
Ici, c’est un amour en cascade, avec une logique imparable pour passer d’un amour à un autre. Et finalement toujours le même.

Jésus commence tout en haut. « Comme le Père m’a aimé… »
On n’entend rien au mystère de l’amour si l’on ne part pas de cette affirmation centrale, essentielle, vitale : « Dieu est amour », dans la parfaite communion du partage affectueux entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L’Amour majuscule, l’amour source, c’est Dieu en Trinité. Le Père aime le Fils dans la fièvre ardente du Saint-Esprit.
Mystère insondable, ineffable, inexprimable. Et pourtant Jésus, le fils de Dieu fait homme, nous a conduits jusqu’à l’orée de cet abîme d’amour en nous aimant comme le Père l’aime, jusqu’au bout, infiniment.   

Sur la croix, mais déjà tout au long de sa vie parmi nous, il en a fait la démonstration : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Il l’a fait, jusqu’à la dernière goutte de son sang, crucifié et eucharistique.
Qui que nous soyons, Dieu nous aime, Jésus nous aime, et il continue de nous aimer, en le montrant et en le démontrant de multiples manières. Et il insiste : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. »

« Moi je vous ai choisis, ajoute Jésus, pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Quel fruit ? « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » Encore et toujours l’amour !

Seulement voilà, face au tsunami de l’amour de Dieu envers nous, nous avons de redoutables pouvoirs en nous pour l’empêcher d’aller plus loin, de féconder l’Eglise, d’irriguer toute l’humanité. Il suffit d’être sensible à l’actualité de notre monde. Comment des humains peuvent-ils infliger à d’autres humains – leurs semblables- autant de souffrances, de violences, d’injustices ?

Je vous l’avoue : devant l’abîme du mal, en nous et autour de nous, je n’ai pas de réponse toute faite, je m’interroge encore, et il est bien permis d’interroger Dieu lui-même.
Finalement, les belles théories, mêmes religieuses, nous paraissent bien dérisoires devant le triste spectacle de certaines tragédies. Alors, n’y a-t-il plus rien à faire, sinon gémir ou pleurer dans son coin, ou alors crier sa révolte et maudire Dieu sait qui ?

Heureusement, il y a précisément cet évangile. Si nous sommes d’abord les fruits d’un amour aux dimensions même de Dieu, si nous avons éprouvé cet amour en contemplant Jésus Christ, si nous sommes ouverts aux signes de cet amour qu’il nous offre encore, notamment dans son Eglise, alors il est possible de nous relever, de tenir debout, de nous remettre à marcher dans ce monde. Avec cette feuille de route : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Le salut du monde, comme le bonheur de l’homme, comme la mission des chrétiens, ce sera toujours un sursaut d’amour. D’ailleurs, tant de frères et sœurs –nos aînés les saints, mais aussi les saints et saintes d’aujourd’hui- sont là pour nous faire cette démonstration, pour nous donner la main de leurs exemples, pour nous entraîner dans la danse de la charité sans barrière et sans frontières, "Quand on n’a que l’amour à offrir en prière pour les maux de la terre, en simple troubadour », chantait Jacques Brel.

Plus que jamais, dans le contexte d’aujourd’hui, les chrétiens doivent être de courageux combattants de l’amour universel, celui qui s’investit dans nos relations les plus banales et les plus quotidiennes, celui qui lutte aussi pour la justice et la paix, celui qui seul peut révéler au monde le vrai visage du vrai Dieu.

Il ne faut jamais regretter d’avoir aimé, au moins un peu, comme Dieu nous aime. Contre vents et tempêtes contraires, les chrétiens ne peuvent cesser de semer prophétiquement autour d’eux des semences d’amour, par des dons et même des pardons. « Quand on n’a que l’amour pour habiller matin, pauvres et malandrins  de manteaux de velours. », chantait Jacques Brel.

Il met en danger sa foi, le chrétien qui cesserait de croire à l’amour, de miser sur l’amour, de prendre le beau risque d’aimer, encore et toujours. Encore Jacques Brel : « Quand on n’a que l’amour pour vivre nos promesses sans nulle autre richesse que d’y croire toujours. »

Sans doute, il n’est pas toujours facile de savoir ce que veut dire vraiment aimer quand les circonstances sont complexes et embrouillées, quand les personnes ne sont pas nécessairement aimables, voire quand elles ne nous aiment pas en retour.
Alors l’Esprit-Saint, sollicité dans la prière, vient à notre secours pour nous permettre de mieux discerner et surtout pour avoir le courage d’aller au bout de la générosité, malgré tout.
Et puis le partage entre frères et sœurs de bon conseil peut être utile, voire nécessaire, pour aimer non pas aveuglément mais lucidement. Mais aimer quand même.

Reste qu’au terme de notre route humaine ici-bas, nous ne serons interrogés que sur l’amour, puisque, nous répète Jésus, « je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » N’est-ce pas lui encore qui dit un jour : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ? »
Et Jacques Brel est encore d’accord : « Quand on n’a que l’amour pour qu’éclatent de joie chaque heure et chaque jour. »

Claude Ducarroz