mardi 19 juin 2018

Ainsi donc... Je m'interroge

Ainsi donc…  Je m’interroge !

Je lis dans une déclaration du cardinal Ladaria, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, en date du 30 mai 2018 :
« L’Eglise ne possède pas la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale… C’est une décision du Seigneur et des apôtres… Cette sentence doit être gardée de manière définitive par tous les fidèles de l’Eglise… Elle a été  proposée infailliblement  par le Magistère ordinaire et universel…. Elle fait partie de la substance du sacrement de l’ordre…. C’est irrévocable. »
Ainsi donc, seuls les hommes (mâles) peuvent « représenter » le Christ dans les actes sacramentels découlant de l’ordination presbytérale.
Ainsi donc, les femmes, uniquement parce qu’elles sont des êtres humains féminins, sont exclues définitivement d’un des biens les plus précieux du Royaume de Dieu.
Ainsi donc, dans la perspective de la réconciliation des Eglises, toutes les femmes exerçant un tel ministère dans les autres Eglises, devront y renoncer pour permettre la communion œcuménique souhaitée.
Ainsi donc, mettre en doute la qualité évangélique ou perpétuelle de cette exclusion mettrait en grave danger la sécurité de la foi et la validité du service concernant le sacrement de l’ordre.
Ainsi donc, les femmes, et surtout les femmes catholiques, ne devraient éprouver aucune gêne devant cette exclusion radicale puisqu’elle n’inclut aucune subordination de la femme à l’homme, et surtout pas dans l’Eglise.
Heureusement, je lis aussi :
« Quand Jésus, à travers villes et villages, prêchait et annonçait la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, les Douze l’accompagnaient, ainsi que quelques femmes… »  Lc 8,1-2
Je lis encore : « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a ni juif ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. » Gal 3,27-28.
Et je lis toujours: « Toute forme de discrimination…fondée sur le sexe… doit être éliminée comme contraire au dessein de Dieu. » (Vat II  Gaudium et spes no 29)
Et je lis enfin : « L’assemblée synodale suisse (1972) souhaite que la recherche concernant l’ordination sacerdotale des femmes soit poursuivie. »
Et je m’interroge beaucoup. Toujours plus !

Claude Ducarroz


A paru sur le site  cath.ch

samedi 12 mai 2018

Retour à l'essentiel

Retour à l’essentiel

Faut- il en rajouter une couche ? Qui n’a pas encore exprimé quelque pensée profonde à l’occasion des 50 ans de Mai 68 ? Chacun y est allé de son analyse, de son bilan, de sa  critique. Je ne vais donc pas prolonger le concerto discordant des grandes déclarations définitives. Qu’il me suffise de transcrire un état de la situation actuelle, que je trouve particulièrement pertinent de la part d’un professeur de médecine et de psychologie. Nous vivons dans une société addictive,  obsédée par le quantitatif, poussant à la distraction, c’est-à-dire à éviter l’essentiel. Il semble bien que nous sommes dans une crise de civilisation dont les symptômes sont l’addiction, l’agression et la dépression. Dr Jacques Besson
Rude diagnostic !
Il ne sert à rien de pousser des gémissements désolés, de pleurer dans son coin ou de se retirer sous sa tente passéiste. Ne faut-il pas revenir plutôt à cet essentiel qui constitue l’être humain, quel que soit le contexte de son aventure en ce monde ? On ne sera pas étonné d’y redécouvrir une valse à trois temps en guise de danse pour le bal de l’existence ici-bas.
* Exister, et apprécier de vivre, en sachant qu’il y a une croissance continue dans le voyage de la vie, à condition de donner du temps au temps, patiemment.
* Etre libre, user de cette liberté, mais aussi se savoir pleinement responsable, afin de produire des fruits positifs pour tous.
* Se respecter soi-même en toutes ses dimensions, et respecter les autres dans ces mêmes dimensions, pour jouir d’un certain bonheur, largement partagé.
* Apprécier la nature si généreuse, mais aussi créer de la culture en ses magiques expressions, jusqu’au culte d’une continuelle célébration de la beauté.
* S’éprouver soi-même comme un profond mystère, et le discerner chez les autres, en promouvant ensemble la spiritualité de la personne.
* Se savoir aimé, aimer à notre tour en toutes circonstances et répandre autour de nous le goût d’aimer.
Je crains que ces quelques réflexions de bon sens –sans prétendre être exhaustives- apparaissent comme des conseils issus d’une morale aujourd’hui dépassée. Peut-être. A moins que ce soit tout simplement un humanisme de base.
Car que serait une vie humaine sans croissance, sans compter avec le temps ? Que devient une liberté sans le sens de la responsabilité ? Serait-ce encore un vrai bonheur, celui qui s’édifierait sur le malheur des autres ? Pouvons-nous investir dans la culture sans commencer par respecter la nature ? Le mystère qu’est l’être humain n’est-il pas habité par un certain esprit, avec ou sans religion subséquente ? Et finalement, pour le dernier mot, donnons la parole à Jacques Brel, qui n’avait rien d’un bigot : « Quand on n’a que l’amour pour vivre nos promesses sans nulle autre richesse que d’y croire toujours… »
Vive Mai 2018 !

A paru sur le site cath.ch

Claude Ducarroz


2833 signes

dimanche 6 mai 2018

Homélie du 6ème dimanche de Pâques

Homélie
6ème dimanche de Pâques
6 mai 2018

Savez-vous compter jusqu’à 12 ? Si oui, vous pouvez relire sans problèmes les 8 versets de l’Evangile de ce dimanche : ils contiennent 12 fois les mots aimer ou amour. Sans vous choquer, j’ai pensé spontanément à la belle chanson de Jacques Brel, qui n’était pas spécialement pieux : « Quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage au jour du grand voyage qu’est notre grand amour. »

Précisément, il s’agit ici du discours de Jésus avant son grand départ vers le mystère pascal, la croix, la pâque. 12 fois. C’est une idée fixe, c’est une obsession. Essayons de mieux comprendre.
Ici, c’est un amour en cascade, avec une logique imparable pour passer d’un amour à un autre. Et finalement toujours le même.

Jésus commence tout en haut. « Comme le Père m’a aimé… »
On n’entend rien au mystère de l’amour si l’on ne part pas de cette affirmation centrale, essentielle, vitale : « Dieu est amour », dans la parfaite communion du partage affectueux entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L’Amour majuscule, l’amour source, c’est Dieu en Trinité. Le Père aime le Fils dans la fièvre ardente du Saint-Esprit.
Mystère insondable, ineffable, inexprimable. Et pourtant Jésus, le fils de Dieu fait homme, nous a conduits jusqu’à l’orée de cet abîme d’amour en nous aimant comme le Père l’aime, jusqu’au bout, infiniment.   

Sur la croix, mais déjà tout au long de sa vie parmi nous, il en a fait la démonstration : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Il l’a fait, jusqu’à la dernière goutte de son sang, crucifié et eucharistique.
Qui que nous soyons, Dieu nous aime, Jésus nous aime, et il continue de nous aimer, en le montrant et en le démontrant de multiples manières. Et il insiste : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. »

« Moi je vous ai choisis, ajoute Jésus, pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » Quel fruit ? « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » Encore et toujours l’amour !

Seulement voilà, face au tsunami de l’amour de Dieu envers nous, nous avons de redoutables pouvoirs en nous pour l’empêcher d’aller plus loin, de féconder l’Eglise, d’irriguer toute l’humanité. Il suffit d’être sensible à l’actualité de notre monde. Comment des humains peuvent-ils infliger à d’autres humains – leurs semblables- autant de souffrances, de violences, d’injustices ?

Je vous l’avoue : devant l’abîme du mal, en nous et autour de nous, je n’ai pas de réponse toute faite, je m’interroge encore, et il est bien permis d’interroger Dieu lui-même.
Finalement, les belles théories, mêmes religieuses, nous paraissent bien dérisoires devant le triste spectacle de certaines tragédies. Alors, n’y a-t-il plus rien à faire, sinon gémir ou pleurer dans son coin, ou alors crier sa révolte et maudire Dieu sait qui ?

Heureusement, il y a précisément cet évangile. Si nous sommes d’abord les fruits d’un amour aux dimensions même de Dieu, si nous avons éprouvé cet amour en contemplant Jésus Christ, si nous sommes ouverts aux signes de cet amour qu’il nous offre encore, notamment dans son Eglise, alors il est possible de nous relever, de tenir debout, de nous remettre à marcher dans ce monde. Avec cette feuille de route : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Le salut du monde, comme le bonheur de l’homme, comme la mission des chrétiens, ce sera toujours un sursaut d’amour. D’ailleurs, tant de frères et sœurs –nos aînés les saints, mais aussi les saints et saintes d’aujourd’hui- sont là pour nous faire cette démonstration, pour nous donner la main de leurs exemples, pour nous entraîner dans la danse de la charité sans barrière et sans frontières, "Quand on n’a que l’amour à offrir en prière pour les maux de la terre, en simple troubadour », chantait Jacques Brel.

Plus que jamais, dans le contexte d’aujourd’hui, les chrétiens doivent être de courageux combattants de l’amour universel, celui qui s’investit dans nos relations les plus banales et les plus quotidiennes, celui qui lutte aussi pour la justice et la paix, celui qui seul peut révéler au monde le vrai visage du vrai Dieu.

Il ne faut jamais regretter d’avoir aimé, au moins un peu, comme Dieu nous aime. Contre vents et tempêtes contraires, les chrétiens ne peuvent cesser de semer prophétiquement autour d’eux des semences d’amour, par des dons et même des pardons. « Quand on n’a que l’amour pour habiller matin, pauvres et malandrins  de manteaux de velours. », chantait Jacques Brel.

Il met en danger sa foi, le chrétien qui cesserait de croire à l’amour, de miser sur l’amour, de prendre le beau risque d’aimer, encore et toujours. Encore Jacques Brel : « Quand on n’a que l’amour pour vivre nos promesses sans nulle autre richesse que d’y croire toujours. »

Sans doute, il n’est pas toujours facile de savoir ce que veut dire vraiment aimer quand les circonstances sont complexes et embrouillées, quand les personnes ne sont pas nécessairement aimables, voire quand elles ne nous aiment pas en retour.
Alors l’Esprit-Saint, sollicité dans la prière, vient à notre secours pour nous permettre de mieux discerner et surtout pour avoir le courage d’aller au bout de la générosité, malgré tout.
Et puis le partage entre frères et sœurs de bon conseil peut être utile, voire nécessaire, pour aimer non pas aveuglément mais lucidement. Mais aimer quand même.

Reste qu’au terme de notre route humaine ici-bas, nous ne serons interrogés que sur l’amour, puisque, nous répète Jésus, « je vous dis cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » N’est-ce pas lui encore qui dit un jour : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ? »
Et Jacques Brel est encore d’accord : « Quand on n’a que l’amour pour qu’éclatent de joie chaque heure et chaque jour. »

Claude Ducarroz




mercredi 11 avril 2018

Poème de mon frère Bernard

Par dessus les frontières
Par-dessus les frontières
L’amitié nous répond
Si tu es la rivière
Je serai le pont
Par-dessus nos orages
Il y a tant de ciel bleu
Qu’on y voit sans nuages
Le soleil quand il pleut

Par-dessus les frontières
L’amitié nous répond
Donne-moi ta lumière
Je serai chanson
Par-dessus nos musiques
Il y a tant d’alizés
Que ces mots sont magiques
Nous revoir, nous aimer

On a la clef de vos problèmes
Vous êtes une île à nos bateaux
Pour le panache et la bohème
On est enfants de Cyrano

A sauts de notes, à saut d’arpèges
Nos cœurs ont pris le grand galop
Chevaux de bois, chevaux de neige
On se retrouve un ton plus haut

Le temps nous offre un verre à boire
On a gardé la channe au frais
Vous êtes un peu de notre histoire
De la montagne et des chalets

Notre pendule est en vacances
On a le temps de vous chanter
Tous les printemps de la romance
Rosiers d’amour et champs de blé

Le monde est là devant la porte
Qu’il est petit vu de là-haut
Dans la fusée qui nous emporte
On peut rêver des temps nouveaux
Bernard Ducarroz                                                                            Poème posthume




dimanche 8 avril 2018

Homélie 2ème dimanche de Pâques

HOMELIE
2ème dimanche de Pâques 2018

C’est la noce à Thomas… et nous y sommes aussi.
Car derrière les figures et les évènements décrits dans cet évangile, se cache le miroir de l’Eglise…que nous sommes.
Cette première Eglise a commencé par s’enfermer dans la peur, portes closes et même verrouillées. C’est le ghetto religieux, la forteresse assiégée « par peur des juifs ». Certains diraient plutôt aujourd’hui « par peur des musulmans ».

Heureusement, Jésus, sans enfoncer la porte, vient et il est là au milieu d’eux. Sa fidélité est plus forte que nos peurs. Abondamment, il redonne à ses disciples les cadeaux de sa Pâque : la paix, l’Esprit Saint, le pardon, les conditions de la vraie joie. Non sans leur rappeler qu’il les envoie comme le Père l’a envoyé, jusqu’au bout du monde –les périphéries, dirait le pape François-. Il leur faudra sortir, ce qu’ils feront bientôt sous la poussée de ce même Esprit Saint, le jour de Pentecôte.

Mais chez les Douze comme dans l’Eglise d’aujourd’hui, il y a souvent des absents. On peut même affirmer qu’ils sont largement majoritaires actuellement. Thomas n’est pas là. Il a bien gardé quelques contacts avec les autres apôtres, mais on ne lui fera pas croire n’importe quoi. Ils ont vu le Seigneur ressuscité ? Tant mieux pour eux, mais lui, il ne croira pas, à moins de voir la marque des clous et de toucher le côté blessé de Jésus. Un malcroyant moderne et un homme en plus, un vrai. Il lui faut plus qu’un témoignage, toujours suspect de naïveté religieuse. Il a besoin de preuves tangibles.

Jésus est bien patient et bien bon. Il répète pour Thomas la scène du soir de Pâques, tout en s’adaptant au dur à cuire qu’était cet apôtre. Car l’évangélisation peut comporter des étapes. Il invite Thomas à le toucher, tout en lui proposant de baisser sa garde : « Cesse d’être incrédule. Sois croyant. »
Il se produit alors ce qui arrive encore souvent aujourd’hui. Touchés par la grâce, les plus durs à croire deviennent parfois les plus croyants, une fois passée la crise de… foi. Mieux que d’autres, l’ex-incroyant devenu croyant exprime la foi de l’Eglise concernant le mystère du Christ : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Ce qui lui vaut une béatitude personnalisée : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Oui, il peut, il doit y avoir un bonheur à croire, même si l’on ne voit rien ou pas grand’chose. Car le Seigneur continue de nous faire signe, avec l’espoir que les chrétiens deviennent eux-mêmes des signes invitant les autres à croire, même avec quelque retard à l’allumage, comme ce fut le cas pour Thomas. Il y a tellement de Thomas en attente dans notre monde.
Quels signes Jésus continue-t-il de nous adresser aujourd’hui comme au temps des apôtres, à nous qui sommes son Eglise en notre temps ?
A la fin de l’épisode de Thomas, l’évangéliste rappelle que beaucoup de signes sont consignés dans un certain « livre », à savoir la Parole de Dieu mise par écrit, qu’il nous faut lire, méditer, mettre en pratique.
Et puis, dans ce même passage, il y a place pour deux sacrements. D’abord le pardon des péchés, sous diverses formes, pour nous rendre la paix du cœur et de la conscience. Et puis l’eucharistie, ce mystère par lequel, d’une certaine manière, nous touchons le corps du Christ, comme Thomas l’a fait, ou plutôt nous nous laissons toucher par Jésus en son corps et en son sang, la plus belle preuve de son amour.
Mais après cela, et bien d’autres grâces encore, comment devenir nous-mêmes des signes qui font signe ? Les deux autres lectures de cette messe répondent à cette question.
D’abord tenir bon dans la foi, courageusement. Pas de manière arrogante, mais sans en avoir honte non plus. Car, nous rappelle l’apôtre Jean, qui donc est le vainqueur du monde ?– le monde qui s’oppose à Dieu-, c’est celui qui croit que Jésus est le fils de Dieu. Oui, une foi forte mais humble, en dialogue avec les incroyants ou les croyants d’autres religions, comme nous y invite aussi le pape François.

Et puis, il y a la vie très concrète, pour que notre foi ne se réduise pas à de pieuses déclarations théoriques.
La qualité de l’ambiance que l’on trouve dans les communautés chrétiennes doit plaider pour la vérité de l’évangile.
« La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme », rapporte l’auteur des Actes des Apôtres. Et ça va loin, puisqu’il est précisé : « Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. » C’est ce qui conférait au témoignage des disciples une grande puissance, car cette solidarité leur permettait de distribuer en fonction des besoins de chacun.
Il n’y a pas de communauté chrétienne crédible sans l’esprit de partage et d’entraide, preuves d’une vraie fraternité, dans et hors du cercle des croyants.
Sans oublier la promesse pascale répétée à la fin de l’évangile de ce dimanche : «  … pour qu’en croyant, vous ayez la vie en vous. »


Claude Ducarroz

mercredi 4 avril 2018

Et après Pâques?

Et après ?

Et voilà ! C’est déjà fini. Pâque est passée. On a profité des vacances, malgré le temps maussade. Certains sont venus à l’église. Il y avait foule en quelques endroits privilégiés. C’était en « petit comité liturgique » dans la plupart des sanctuaires plus modestes. Ainsi va la vie !
Et après ? Et maintenant, après Pâques ?
« Fils de Dieu, vous êtes fils de la résurrection », dit Jésus (Cf. Luc 20,36). Surtout après avoir fêté Pâques. Et comment donc ?
J’entrevois trois terrains d’exercice prioritaires.
* Ne serait-ce pas le plus beau service que les chrétiens puissent rendre à toute l’humanité, y compris à celles et ceux qui se définissent incroyants ? A savoir continuer de croire et d’affirmer que le destin de toute personne humaine dépasse les étroites limites de sa naissance et de sa mort.
Nous sommes les veilleurs de l’éternité, les gardiens de la transcendance humaine. Nous estimons tellement la valeur de la personne, quelle qu’elle soit, que nous persistons, fût-ce contre vents et marées, d’annoncer sa mystérieuse dignité par sa vocation à la vie éternelle au-delà de la mort. Plus que jamais, quand semblent s’éteindre les lumières de la foi, il nous faut entretenir ardemment la petite bougie allumée à la flamme du cierge pascal. Elle nous rappelle cette merveille : l’être humain –tout humain- est à ce point accroché à Dieu qu’il n’échappera jamais au rayonnement de son amour puisque la vie a été plus forte que la mort dans l’évènement de la résurrection de Jésus de Nazareth. Dont acte.
* Tout cela peut paraître bien spirituel, et même surnaturel. Alors soignons aussi notre deuxième terrain d’exercice pascal. Je pense à l’Eglise. Des chrétiens, errants dans les tempêtes de l’individualisme religieux ou irréligieux, ne tiennent pas le coup très longtemps. Notre foi –pur don de Dieu- nous est aussi offerte par une communauté. C’est en communauté que nous pouvons continuer de croire au Dieu de Jésus Christ, et même de donner envie d’y croire. La vague pascale doit irriguer nos communautés chrétiennes comme une rivière peut féconder même les rivages les plus asséchés. Chrétiens re-nés à Pâques, nous ne pouvons que soutenir plus ardemment les projets de renouveaux de l’Eglise tels que le pape François et tant d’autres leaders religieux nous les proposent, en particulier du côté des périphéries humaines et par des réconciliations œcuméniques. Il serait étonnant, et même navrant, que l’Eglise ne soit pas davantage « réformée », autrement dit « fille de la résurrection ».
* Mais nous ne sommes pas chrétiens –par grâce - seulement pour nous.  Le dessein de Dieu en Jésus vise toute l’humanité. Rien ne nous empêche –bien au contraire- de semer dès ici-bas des graines pascales dans les strates complexes de notre humanité. Dans nos relations quotidiennes, chacun avec les charismes dont il dispose, nous pouvons transformer, voire transfigurer l’ambiance de notre société. Sans l’illusion de construire un impossible paradis sur la terre, il est important que les chrétiens, unis à tous leurs frères de bonne volonté, créent des ilots de justice, de paix et de fraternité partout où ils vivent et agissent. Que voilà de belles pâques anonymes, mais réelles, qui peuvent peut-être augmenter dans le cœur des personnes le bienheureux désir du royaume de Dieu promis.
Tout a été accompli sur la croix et dans la Pâque de Jésus.
Mais avec lui, d’une certaine manière, tout reste à faire.
Le Ressuscité embauche toujours. Allons-y !

Claude Ducarroz                                                                                       3487 signes




mercredi 28 mars 2018

Pâques 2018

Pâques 2018

Voilà ! C’est fait. Et bien fait. Le Christ est ressuscité. Jésus de Nazareth est entré dans la gloire de Dieu. Tant mieux pour lui.

Et après ? Et nous alors ?

Il nous faut d’abord mesurer, un peu au moins, la merveille qui vient d’arriver. Et nous laisser émerveiller.
Alors que tous les hommes sont mortels et retournent, d’une manière ou d’une autre, à la poussière d’où ils sont tirés, voici que l’un d’entre eux, de chair et de sang comme tous les autres, sort de son tombeau et revient à la vie.

Mais attention ! Pas pour jouer seulement quelques prolongations en attendant de re-mourir pour de bon. Il s’agit d’une résurrection et non pas d’une réanimation. A partir de cette relevée d’entre les morts, le Christ ne meurt plus, plus jamais.
 Il est entré dans un autre univers, le monde de Dieu, ce qu’on appelle son royaume, comme il est dit : « … là où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car la mort ne sera plus. ».
Il y est maintenant, avec son corps transfiguré. Car c’est toute son humanité qui participe désormais à la gloire de Dieu.

Devant cette merveille, qui demeure un profond mystère, on peut réagir de plusieurs façons. Beaucoup n’y croient pas, parce qu’ils estiment que c’est impossible, comme ils disent : « trop beau pour être vrai. »  Et ils continuent leur chemin vers la mort, sans l’espérance d’un au-delà.

D’autres y croient …un peu. En faisant confiance aux témoignages exprimés dans la Bible, ils croient que c’est bel et bien arrivé à ce Jésus de Nazareth, mais seulement à lui pas à d’autres, pas à nous. Etonnés, intéressés peut-être, ils restent au bord du chemin et regardent passer le ressuscité sans entrer dans son cortège en marche vers le ciel.

Si Jésus n’était ressuscité que pour lui, il serait un terrible égoïste. Son Dieu ne serait pas Amour. Comme le disait l’apôtre Paul, nous serions les plus malheureux d’entre les hommes. Mais il ajoute : « Si nous sommes passé par la mort avec le Christ, nous croyons que nous virons aussi avec lui. » Plus encore, il ose écrire aux Colossiens : Vous êtes ressuscités avec le Christ ». Et aux Ephésiens : «  Dieu nous fera assoir dans les cieux avec le Christ ressuscité ».
Et Jésus lui-même l’a dit : « En étant fils de Dieu, vous êtes fils de la résurrection. »

Qu’est-ce que ça change pour nous ? Car si ça ne change rien, à quoi bon croire ? à quoi bon fêter Pâques ?

Contre vents et marées –qui ne manquent pas de nos jours-, il nous faut continuer de témoigner que le destin de l’homme –de tout homme- dépasse les frontières de sa mort et que nous sommes des promis à la résurrection à cause de Jésus.  Oui, l’affirmer humblement mais courageusement, sans forfanterie mais sans honte non plus. C’est peut-être notre mission en ce monde, même si nous devenons un petit reste. Porter cette espérance pascale, c’est un beau service à rendre à toute l’humanité.

Mais le dire ne suffit pas. Il faut le vivre pour pouvoir le montrer et peut-être donner envie d’y croire. Dès ici-bas, dès maintenant, il y a une manière ressuscitée d’exister en ce monde, il y a une façon pascale d’être des humains. Tout l’évangile nous y invite, et nous recevons les grâces pour cela, par l’Esprit Saint.

Parce que notre vie comme notre mort est suspendue à l’évènement de Pâques, nous pouvons exister pleinement sur cette terre en fixant notre regard sur les réalités d’en haut, celles qui donnent sens à la vie, qui dessinent l’avenir de l’humanité, qui impactent le destin de l’univers lui-même.

Quand quelqu’un se laisse « pâquer » avec le Christ, il revoit son échelle des valeurs : l’être avant le paraître, la générosité plutôt que l’accumulation des avoirs, l’attention aux plus pauvres et aux plus souffrants plutôt que la jouissance égoïste de son petit bonheur dans son coin.

Et puis s’engager, autant que possible, chacun selon ses moyens et capacités, pour transformer notre société afin qu’elle ressemble, au moins un peu, au royaume qui nous attend, à savoir celui de la fraternité universelle dans la justice et dans la paix.

Sans oublier que l’Eglise est et doit être une famille pascale dans laquelle nous anticipons, par nos relations et par nos engagements, l’ambiance promise dans le royaume de Dieu. Oui, une Eglise de l’unité retrouvée, avec des communautés un peu plus chaleureuses, dans lesquelles hommes et femmes –comme au jour de la première Pâques – collaborent étroitement pour annoncer joyeusement la bonne nouvelle du salut.

Fêter Pâque, c’est beau, c’est joyeux. Vivre Pâques, c’est encore plus beau, c’est heureux, en faisant des heureux. Car finalement, si nous basculerons un jour dans le royaume par la grande attraction de l’amour divin, ce même amour peut déjà inspirer et dynamiser notre vie d’aujourd’hui. Toujours miser sur l’amour : c’est ça Pâques.

Semons des graines de Pâques tous les jours, et notre monde aura peu à peu l’allure d’un jardin du royaume.

                                                                       Claude Ducarroz