mercredi 11 avril 2018

Poème de mon frère Bernard

Par dessus les frontières
Par-dessus les frontières
L’amitié nous répond
Si tu es la rivière
Je serai le pont
Par-dessus nos orages
Il y a tant de ciel bleu
Qu’on y voit sans nuages
Le soleil quand il pleut

Par-dessus les frontières
L’amitié nous répond
Donne-moi ta lumière
Je serai chanson
Par-dessus nos musiques
Il y a tant d’alizés
Que ces mots sont magiques
Nous revoir, nous aimer

On a la clef de vos problèmes
Vous êtes une île à nos bateaux
Pour le panache et la bohème
On est enfants de Cyrano

A sauts de notes, à saut d’arpèges
Nos cœurs ont pris le grand galop
Chevaux de bois, chevaux de neige
On se retrouve un ton plus haut

Le temps nous offre un verre à boire
On a gardé la channe au frais
Vous êtes un peu de notre histoire
De la montagne et des chalets

Notre pendule est en vacances
On a le temps de vous chanter
Tous les printemps de la romance
Rosiers d’amour et champs de blé

Le monde est là devant la porte
Qu’il est petit vu de là-haut
Dans la fusée qui nous emporte
On peut rêver des temps nouveaux
Bernard Ducarroz                                                                            Poème posthume




dimanche 8 avril 2018

Homélie 2ème dimanche de Pâques

HOMELIE
2ème dimanche de Pâques 2018

C’est la noce à Thomas… et nous y sommes aussi.
Car derrière les figures et les évènements décrits dans cet évangile, se cache le miroir de l’Eglise…que nous sommes.
Cette première Eglise a commencé par s’enfermer dans la peur, portes closes et même verrouillées. C’est le ghetto religieux, la forteresse assiégée « par peur des juifs ». Certains diraient plutôt aujourd’hui « par peur des musulmans ».

Heureusement, Jésus, sans enfoncer la porte, vient et il est là au milieu d’eux. Sa fidélité est plus forte que nos peurs. Abondamment, il redonne à ses disciples les cadeaux de sa Pâque : la paix, l’Esprit Saint, le pardon, les conditions de la vraie joie. Non sans leur rappeler qu’il les envoie comme le Père l’a envoyé, jusqu’au bout du monde –les périphéries, dirait le pape François-. Il leur faudra sortir, ce qu’ils feront bientôt sous la poussée de ce même Esprit Saint, le jour de Pentecôte.

Mais chez les Douze comme dans l’Eglise d’aujourd’hui, il y a souvent des absents. On peut même affirmer qu’ils sont largement majoritaires actuellement. Thomas n’est pas là. Il a bien gardé quelques contacts avec les autres apôtres, mais on ne lui fera pas croire n’importe quoi. Ils ont vu le Seigneur ressuscité ? Tant mieux pour eux, mais lui, il ne croira pas, à moins de voir la marque des clous et de toucher le côté blessé de Jésus. Un malcroyant moderne et un homme en plus, un vrai. Il lui faut plus qu’un témoignage, toujours suspect de naïveté religieuse. Il a besoin de preuves tangibles.

Jésus est bien patient et bien bon. Il répète pour Thomas la scène du soir de Pâques, tout en s’adaptant au dur à cuire qu’était cet apôtre. Car l’évangélisation peut comporter des étapes. Il invite Thomas à le toucher, tout en lui proposant de baisser sa garde : « Cesse d’être incrédule. Sois croyant. »
Il se produit alors ce qui arrive encore souvent aujourd’hui. Touchés par la grâce, les plus durs à croire deviennent parfois les plus croyants, une fois passée la crise de… foi. Mieux que d’autres, l’ex-incroyant devenu croyant exprime la foi de l’Eglise concernant le mystère du Christ : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Ce qui lui vaut une béatitude personnalisée : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Oui, il peut, il doit y avoir un bonheur à croire, même si l’on ne voit rien ou pas grand’chose. Car le Seigneur continue de nous faire signe, avec l’espoir que les chrétiens deviennent eux-mêmes des signes invitant les autres à croire, même avec quelque retard à l’allumage, comme ce fut le cas pour Thomas. Il y a tellement de Thomas en attente dans notre monde.
Quels signes Jésus continue-t-il de nous adresser aujourd’hui comme au temps des apôtres, à nous qui sommes son Eglise en notre temps ?
A la fin de l’épisode de Thomas, l’évangéliste rappelle que beaucoup de signes sont consignés dans un certain « livre », à savoir la Parole de Dieu mise par écrit, qu’il nous faut lire, méditer, mettre en pratique.
Et puis, dans ce même passage, il y a place pour deux sacrements. D’abord le pardon des péchés, sous diverses formes, pour nous rendre la paix du cœur et de la conscience. Et puis l’eucharistie, ce mystère par lequel, d’une certaine manière, nous touchons le corps du Christ, comme Thomas l’a fait, ou plutôt nous nous laissons toucher par Jésus en son corps et en son sang, la plus belle preuve de son amour.
Mais après cela, et bien d’autres grâces encore, comment devenir nous-mêmes des signes qui font signe ? Les deux autres lectures de cette messe répondent à cette question.
D’abord tenir bon dans la foi, courageusement. Pas de manière arrogante, mais sans en avoir honte non plus. Car, nous rappelle l’apôtre Jean, qui donc est le vainqueur du monde ?– le monde qui s’oppose à Dieu-, c’est celui qui croit que Jésus est le fils de Dieu. Oui, une foi forte mais humble, en dialogue avec les incroyants ou les croyants d’autres religions, comme nous y invite aussi le pape François.

Et puis, il y a la vie très concrète, pour que notre foi ne se réduise pas à de pieuses déclarations théoriques.
La qualité de l’ambiance que l’on trouve dans les communautés chrétiennes doit plaider pour la vérité de l’évangile.
« La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme », rapporte l’auteur des Actes des Apôtres. Et ça va loin, puisqu’il est précisé : « Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. » C’est ce qui conférait au témoignage des disciples une grande puissance, car cette solidarité leur permettait de distribuer en fonction des besoins de chacun.
Il n’y a pas de communauté chrétienne crédible sans l’esprit de partage et d’entraide, preuves d’une vraie fraternité, dans et hors du cercle des croyants.
Sans oublier la promesse pascale répétée à la fin de l’évangile de ce dimanche : «  … pour qu’en croyant, vous ayez la vie en vous. »


Claude Ducarroz

mercredi 4 avril 2018

Et après Pâques?

Et après ?

Et voilà ! C’est déjà fini. Pâque est passée. On a profité des vacances, malgré le temps maussade. Certains sont venus à l’église. Il y avait foule en quelques endroits privilégiés. C’était en « petit comité liturgique » dans la plupart des sanctuaires plus modestes. Ainsi va la vie !
Et après ? Et maintenant, après Pâques ?
« Fils de Dieu, vous êtes fils de la résurrection », dit Jésus (Cf. Luc 20,36). Surtout après avoir fêté Pâques. Et comment donc ?
J’entrevois trois terrains d’exercice prioritaires.
* Ne serait-ce pas le plus beau service que les chrétiens puissent rendre à toute l’humanité, y compris à celles et ceux qui se définissent incroyants ? A savoir continuer de croire et d’affirmer que le destin de toute personne humaine dépasse les étroites limites de sa naissance et de sa mort.
Nous sommes les veilleurs de l’éternité, les gardiens de la transcendance humaine. Nous estimons tellement la valeur de la personne, quelle qu’elle soit, que nous persistons, fût-ce contre vents et marées, d’annoncer sa mystérieuse dignité par sa vocation à la vie éternelle au-delà de la mort. Plus que jamais, quand semblent s’éteindre les lumières de la foi, il nous faut entretenir ardemment la petite bougie allumée à la flamme du cierge pascal. Elle nous rappelle cette merveille : l’être humain –tout humain- est à ce point accroché à Dieu qu’il n’échappera jamais au rayonnement de son amour puisque la vie a été plus forte que la mort dans l’évènement de la résurrection de Jésus de Nazareth. Dont acte.
* Tout cela peut paraître bien spirituel, et même surnaturel. Alors soignons aussi notre deuxième terrain d’exercice pascal. Je pense à l’Eglise. Des chrétiens, errants dans les tempêtes de l’individualisme religieux ou irréligieux, ne tiennent pas le coup très longtemps. Notre foi –pur don de Dieu- nous est aussi offerte par une communauté. C’est en communauté que nous pouvons continuer de croire au Dieu de Jésus Christ, et même de donner envie d’y croire. La vague pascale doit irriguer nos communautés chrétiennes comme une rivière peut féconder même les rivages les plus asséchés. Chrétiens re-nés à Pâques, nous ne pouvons que soutenir plus ardemment les projets de renouveaux de l’Eglise tels que le pape François et tant d’autres leaders religieux nous les proposent, en particulier du côté des périphéries humaines et par des réconciliations œcuméniques. Il serait étonnant, et même navrant, que l’Eglise ne soit pas davantage « réformée », autrement dit « fille de la résurrection ».
* Mais nous ne sommes pas chrétiens –par grâce - seulement pour nous.  Le dessein de Dieu en Jésus vise toute l’humanité. Rien ne nous empêche –bien au contraire- de semer dès ici-bas des graines pascales dans les strates complexes de notre humanité. Dans nos relations quotidiennes, chacun avec les charismes dont il dispose, nous pouvons transformer, voire transfigurer l’ambiance de notre société. Sans l’illusion de construire un impossible paradis sur la terre, il est important que les chrétiens, unis à tous leurs frères de bonne volonté, créent des ilots de justice, de paix et de fraternité partout où ils vivent et agissent. Que voilà de belles pâques anonymes, mais réelles, qui peuvent peut-être augmenter dans le cœur des personnes le bienheureux désir du royaume de Dieu promis.
Tout a été accompli sur la croix et dans la Pâque de Jésus.
Mais avec lui, d’une certaine manière, tout reste à faire.
Le Ressuscité embauche toujours. Allons-y !

Claude Ducarroz                                                                                       3487 signes




mercredi 28 mars 2018

Pâques 2018

Pâques 2018

Voilà ! C’est fait. Et bien fait. Le Christ est ressuscité. Jésus de Nazareth est entré dans la gloire de Dieu. Tant mieux pour lui.

Et après ? Et nous alors ?

Il nous faut d’abord mesurer, un peu au moins, la merveille qui vient d’arriver. Et nous laisser émerveiller.
Alors que tous les hommes sont mortels et retournent, d’une manière ou d’une autre, à la poussière d’où ils sont tirés, voici que l’un d’entre eux, de chair et de sang comme tous les autres, sort de son tombeau et revient à la vie.

Mais attention ! Pas pour jouer seulement quelques prolongations en attendant de re-mourir pour de bon. Il s’agit d’une résurrection et non pas d’une réanimation. A partir de cette relevée d’entre les morts, le Christ ne meurt plus, plus jamais.
 Il est entré dans un autre univers, le monde de Dieu, ce qu’on appelle son royaume, comme il est dit : « … là où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car la mort ne sera plus. ».
Il y est maintenant, avec son corps transfiguré. Car c’est toute son humanité qui participe désormais à la gloire de Dieu.

Devant cette merveille, qui demeure un profond mystère, on peut réagir de plusieurs façons. Beaucoup n’y croient pas, parce qu’ils estiment que c’est impossible, comme ils disent : « trop beau pour être vrai. »  Et ils continuent leur chemin vers la mort, sans l’espérance d’un au-delà.

D’autres y croient …un peu. En faisant confiance aux témoignages exprimés dans la Bible, ils croient que c’est bel et bien arrivé à ce Jésus de Nazareth, mais seulement à lui pas à d’autres, pas à nous. Etonnés, intéressés peut-être, ils restent au bord du chemin et regardent passer le ressuscité sans entrer dans son cortège en marche vers le ciel.

Si Jésus n’était ressuscité que pour lui, il serait un terrible égoïste. Son Dieu ne serait pas Amour. Comme le disait l’apôtre Paul, nous serions les plus malheureux d’entre les hommes. Mais il ajoute : « Si nous sommes passé par la mort avec le Christ, nous croyons que nous virons aussi avec lui. » Plus encore, il ose écrire aux Colossiens : Vous êtes ressuscités avec le Christ ». Et aux Ephésiens : «  Dieu nous fera assoir dans les cieux avec le Christ ressuscité ».
Et Jésus lui-même l’a dit : « En étant fils de Dieu, vous êtes fils de la résurrection. »

Qu’est-ce que ça change pour nous ? Car si ça ne change rien, à quoi bon croire ? à quoi bon fêter Pâques ?

Contre vents et marées –qui ne manquent pas de nos jours-, il nous faut continuer de témoigner que le destin de l’homme –de tout homme- dépasse les frontières de sa mort et que nous sommes des promis à la résurrection à cause de Jésus.  Oui, l’affirmer humblement mais courageusement, sans forfanterie mais sans honte non plus. C’est peut-être notre mission en ce monde, même si nous devenons un petit reste. Porter cette espérance pascale, c’est un beau service à rendre à toute l’humanité.

Mais le dire ne suffit pas. Il faut le vivre pour pouvoir le montrer et peut-être donner envie d’y croire. Dès ici-bas, dès maintenant, il y a une manière ressuscitée d’exister en ce monde, il y a une façon pascale d’être des humains. Tout l’évangile nous y invite, et nous recevons les grâces pour cela, par l’Esprit Saint.

Parce que notre vie comme notre mort est suspendue à l’évènement de Pâques, nous pouvons exister pleinement sur cette terre en fixant notre regard sur les réalités d’en haut, celles qui donnent sens à la vie, qui dessinent l’avenir de l’humanité, qui impactent le destin de l’univers lui-même.

Quand quelqu’un se laisse « pâquer » avec le Christ, il revoit son échelle des valeurs : l’être avant le paraître, la générosité plutôt que l’accumulation des avoirs, l’attention aux plus pauvres et aux plus souffrants plutôt que la jouissance égoïste de son petit bonheur dans son coin.

Et puis s’engager, autant que possible, chacun selon ses moyens et capacités, pour transformer notre société afin qu’elle ressemble, au moins un peu, au royaume qui nous attend, à savoir celui de la fraternité universelle dans la justice et dans la paix.

Sans oublier que l’Eglise est et doit être une famille pascale dans laquelle nous anticipons, par nos relations et par nos engagements, l’ambiance promise dans le royaume de Dieu. Oui, une Eglise de l’unité retrouvée, avec des communautés un peu plus chaleureuses, dans lesquelles hommes et femmes –comme au jour de la première Pâques – collaborent étroitement pour annoncer joyeusement la bonne nouvelle du salut.

Fêter Pâque, c’est beau, c’est joyeux. Vivre Pâques, c’est encore plus beau, c’est heureux, en faisant des heureux. Car finalement, si nous basculerons un jour dans le royaume par la grande attraction de l’amour divin, ce même amour peut déjà inspirer et dynamiser notre vie d’aujourd’hui. Toujours miser sur l’amour : c’est ça Pâques.

Semons des graines de Pâques tous les jours, et notre monde aura peu à peu l’allure d’un jardin du royaume.

                                                                       Claude Ducarroz


Veillée pascale 2018

Nuit de Pâques 2018

« Je t’aime ! »
Il nous arrive à tous de dire – et peut-être même de répéter- cette petite phrase gorgée de sentiments et d’émotions. Je t’aime : c’est écrit, chanté, dessiné, soupiré un peu partout, avec le risque que ces mots deviennent banals, jusqu’à être un peu usés.

Et pourtant ces trois petits mots contiennent un brûlant mystère. Je t’aime, ça veut dire : « Je ne veux pas ou je ne voudrais pas que tu meures ».
Dans toutes les déclarations d’amour, surtout quand elles s’habillent de poésie, amour rime avec toujours. Il y a entre l’amour et la mort une contradiction qui fait peur, qui blesse et qui révolte. Les amoureux vrais estiment qu’ils ne devraient jamais cesser d’aimer et d’être aimés. Et c’est bien ce qu’ils souhaitent.
En vain, car voici que nous sommes mortels, tous, y compris les grands amoureux et les ardents amants.

Faut-il alors se résigner à la victoire de la mort sur l’amour ? Faut-il, dans la colère peut-être, accepter que nos amours viennent échouer près des tombeaux comme l’eau de la mer sur les rochers indifférents des falaises impavides ?
A ces questions, qui taraudent tôt ou tard tous ceux et toutes celles qui aiment de tout leur être, la réponse a surgi un certain matin près de Jérusalem.

Parce que Dieu est Amour, il se devait absolument de vaincre la mort définitivement. Il aurait pu le manifester théoriquement, dans l’abstrait, comme un grand philosophe de génie qui se contenterait de sublimes déclarations, d’en haut.
Non. Il l’a fait en un homme mortel, au surlendemain de sa mort, parce qu’elle était justement une mort par amour. Par amour de Dieu et par amour de nous.
C’est au fond de la mort que la mort a été terrassée par l’amour du Dieu vivant.
Telle est la révolution qui change tout dans nos vies personnelles, dans la finalité de l’histoire humaine et dans le destin de tout l’univers.
Un mortel est sorti vivant du tombeau. Un mort est devenu un vivant qui ne meurt plus. Un humain est entré dans le royaume de Dieu pour partager le bonheur éternel de son créateur et père.

Le porteur de cette bonne nouvelle  -en vérité cette bonne nouvelle en personne-, n’a pas voulu échapper à notre condition mortelle pour nous assurer du triomphe de Dieu sur la mort et sur le mal. Il n’a pas cherché à contourner la mort, à faire semblant d’être comme nous. Pour être avec nous pleinement, en divine solidarité, il s’est fait l’un de nous, né d’une femme, et donc vulnérable, fragile et finalement mortel. En tout semblable à nous, il est venu nous chercher là où nous sommes, et parfois très bas, tout en bas, pour nous  entraîner après lui, avec lui, dans une vie immortelle.

Son humanité transfigurée sera la nôtre aussi.  Dans la grande attraction de son amour, en nous disant et redisant sans cesse « Dieu est amour, donc il t’aime », il fait en sorte que, même si nous demeurons mortels ici-bas, nous ne mourrions plus jamais, une fois parvenus dans son royaume. Car nous serons tenus solidement dans le baiser de son amour, comme un enfant dans les bras de sa maman. Dans la tendresse et dans la gloire.

La résurrection du Christ est le sommet de notre histoire. Pas seulement parce que le Christ est ressuscité, vraiment ressuscité, mais parce que, depuis ce matin-là, nous sommes des promis à la résurrection, nous aussi. L’ADN de Pâques coule dans nos veines humaines. Nous sommes programmés pour la vie éternelle. « Car là où je suis, promet Jésus, vous serez aussi avec moi »,  
ce qui change radicalement et notre vie et notre mort.

Autrement dit, chaque fois qu’en ce monde, un humain dit à un autre humain, avec la sincérité du cœur et la démonstration des actes « Je t’aime », c’est un soupir vers Pâques, c’est une prière vers le Vivant, c’est un pas vers le Royaume de Dieu.
Pas par nos propres forces, mais parce que le Christ pascal a fait rimer amour avec toujours en sortant vivant du tombeau, justement pour nous faire passer de nos amours minuscules à l’Amour majuscule qu’est Dieu.

L’apôtre Jean a commenté ainsi : « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères et sœurs. »
Tout est dit. Pâques, c’est l’amour. Et l’amour, c’est Pâques.


                                                           Claude Ducarroz

Vendredi Saint 2018

Vendredi Saint 2018

Vendredi Saint. Lecture de la passion selon saint Jean. La passion dans laquelle Jésus s’exprime le moins quand il est sur la croix. Et tout ce qu’il dit est propre à cet évangile-là.
Quelques paroles arrachées à la douleur et au silence.

Approchons. Glissons nous près du petit groupe des rescapés de la tragédie. Ils sont cinq en tout, tout près de la croix, note l’évangéliste. Quatre femmes et seulement un homme. Comme on ne connaît pas son nom et qu’il est désigné comme « le disciple que Jésus aimait », nous pouvons tenir sa main dans la nôtre. Et écouter. Et entendre. Regarder, puis fermer les yeux. Et pleurer. Et prier. Et nous laisser aimer.

Femme, voici ton fils. Voici ta mère.

Il avait tout remis, y compris son esprit dans les mains de son Père. Il allait bientôt tout donner, y compris sa propre vie, jusqu’à la dernière goutte de sang coulant de son cœur transpercé. Il lui restait sa mère, la femme debout, la maman qui ne peut abandonner son enfant, quoi qu’il arrive, quoi qu’il lui arrive.
Il la donne aussi ou plutôt il l’invite à se donner elle-même, dans le même élan du même amour, dans l’ardeur du même sacrifice.
Et comment donc ? En acceptant, en accueillant le disciple, tous les disciples, au titre de nouveaux fils.
Oui, en devenant leur mère comme elle était la sienne. Au moment de mourir, ultime parole, ultime cadeau, Jésus fait don de sa mère à l’Eglise. Il fait don de l’Eglise à sa mère.

Encore faut-il que le disciple la prenne chez lui. Dans le mystère de la croix de Jésus, il y a une dimension mariale. Les chrétiens - tous les chrétiens- devraient pouvoir se retrouver pour accueillir la femme qui les accueille, la mère qui les aime dans l’immense augmentation de sa maternité. Et la prendre chez eux.

J’ai soif.

Comment n’aurait-il pas soif, après tout ce qu’on lui a fait ? Il a soif, mais dans la bouche du sauveur du monde, ce n’est pas une anecdote, qu’un peu de vinaigre pourrait calmer.
Il a soif parce que son corps brûle. Il communie alors à tous les persécutés du monde, depuis les victimes de la soif physique au milieu de tous les déserts inhumains, jusqu’aux broyés des guerres et des violences de toutes sortes.

Il a soif par le cœur en abritant dans le sien tous les affamés d’amour, les assoiffés de dignité, les avides de justice et de paix.
Et il a surtout soif d’accomplir jusqu’au bout la volonté de salut du Père en attirant du haut de sa croix les foules humaines en mal de bonheur. L’amant divin devient un aimant capable de tout récapituler en lui par son sang versé.
 Oui, il a soif de nous. Avons-nous, tant soit peu, soif de lui, de son amour, de sa vie offerte, donc de son corps et de son sang eucharistiques ?

 Avons-nous soif de son Esprit, celui qui convertit les cœurs par la miséricorde  -le cœur de Dieu ouvert sur toutes les misères-, celui qui guide l’Eglise sur les chemins arides de l’histoire humaine, celui qui veille et travaille au secret de chaque personne de bonne volonté pour l’humaniser à l’image de Jésus ?
Il a soif de nous. Si nous avons soif de lui, il est temps de boire ensemble aux sources  de ce cœur d’où ne cessent de couler sur le monde le sang et l’eau de la vraie vie.
Nous allons bientôt communier.

Tout est accompli.

C’est fini. Puisqu’il meurt, il a fini de souffrir. Il peut maintenant reposer dans la paix. D’ailleurs, on va le descendre de la croix et le déposer bientôt dans son tombeau. On ferme. C’est terminé. Passons à autre chose.

Jésus est allé jusqu’au bout parce qu’il nous a aimés jusqu’au bout, dans cette tendresse divine qui ne connaît aucune mesure, aucune trêve.
Tout est achevé puisqu’il a révélé le visage du Père, livré la plénitude de sa vie, remit son Esprit sans rien retenir. Le sacrifice trinitaire est vraiment accompli.

Et pourtant il reste tant à faire, à commencer par la résurrection qui ne saurait tarder afin que le fleuve d’amour inauguré sur la croix imprègne le monde et finisse par se perdre, et nous avec lui, dans la vie éternelle.
Bien sûr, il n’y a rien à ajouter puisque tout est accompli dès lors que tout est donné, pardonné, abandonné. Mais il nous reste à continuer de semer avec Jésus vivant,  d’âge en âge, les semences pascales dont son cœur déborde désormais pour féconder l’Eglise, pour transformer l’univers, pour transfigurer le royaume qui vient.

Nous n’avons pas à réinventer la croix. Nous avons seulement à la laisser rayonner en nous, dans l’Eglise, sur toute l’humanité.

Oui, accomplir aujourd’hui ce qui est tout accompli depuis le premier vendredi saint, parce qu’il y eut Pâque.
 Sans déserter la croix où le baptême nous a engendrés, ne sommes-nous pas les enfants de la résurrection ?

                                   Claude Ducarroz


Jeudi Saint 2018

Jeudi Saint 2018

Un match d’évangile en trois temps. Voulez-vous jouer avec Jésus ?

Le premier temps pourrait s’appeler la mémoire. Nous sommes invités à nous souvenir.
Et d’abord les Hébreux. C’est le sens du livre de l’Exode. Il ne faut pas qu’ils oublient ce qui s’est passé jadis, lors de la libération de l’esclavage d’Egypte. Oui, le Seigneur Dieu les a arrachés à la servitude pour en faire un peuple maître de son destin, lancé sur les chemins d’une histoire sainte.
 Tu es devenu le peuple de Dieu. Souviens-toi, Israël !

Et pour cela, tout au long des années qui passent, il faut que ce peuple célèbre un mémorial. Pas une simple commémoration qui ranime de vieux souvenirs, mais une liturgie qui re-présente ce qui s’est passé. Oui, que toutes les générations puissent comme revivre l’évènement fondateur et libérateur, à travers des paroles et des rites qui effacent la distance et réactualisent la merveille. Tel est le cérémonial de l’agneau pascal, « d’âge en âge, vous le fêterez », dit le Seigneur.

Mais cela ne suffit pas. La tradition,  ce n’est pas remuer les cendres d’un passé, c’est transmettre la flamme qui éclaire et fait resplendir un présent. A chaque étape de sa longue aventure avec Dieu, des prophètes ont rappelé à Israël comment réaliser concrètement sa vocation de peuple de Dieu appelé à la liberté et à la fidélité.
Et tout le reste n’est que vaine nostalgie religieuse.

Le même scénario se reproduit dans la vie de l’Eglise, pour nous ce soir.

D’une part avec la sainte cène.  Nous savons ce qui s’est passé avec Jésus la veille de sa mort, comment il a partagé le pain et le vin en signe concret du don total de lui-même –à la vie et à la mort- pour notre salut. En ajoutant justement : « Faites cela en mémoire de moi. » Quelle mémoire ? Un rite qui ranime un émouvant souvenir en mimant les gestes de Jésus, comme dans un théâtre de dévotion ?

Beaucoup plus que ça. Car « ceci est mon corps, ceci est mon sang.  Et proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne », recommande l’apôtre Paul.
A la messe, nous ne sommes pas les témoins d’une pieuse mise en scène plus ou moins mystique. Nous sommes les invités à une cène réaliste dans laquelle Jésus continue de s’offrir à Dieu et de se donner à nous afin que, ainsi qu’il l’a promis, nous vivions en lui et lui en nous, comme des promis à la résurrection.

Mais cela ne suffit pas non plus. Qu’est-ce qu’être un chrétien pratiquant ? Certes, celui qui vient se nourrir de l’eucharistie, corps et sang du Seigneur, mais surtout celui qui met en pratique ce mystère, dans l’actualité de sa vie, en Eglise, mais aussi dans sa manière de vivre dans le monde.

Faire cela en mémoire de Jésus, c’est mener une vie eucharistique, en présentant notre existence à Dieu comme une liturgie de louange, en travaillant dans l’Eglise pour qu’elle devienne la maison de la fraternité en actes, autour de la table, mais aussi dans les multiples occasions de partages communautaires.
Et enfin en irriguant notre société par l’eau vive de nos efforts pour la rendre plus humaine, selon le dessein de son créateur.

Comment tout cela ?

C’est la deuxième mémoire et le deuxième mémorial de cette célébration. Vous aurez remarqué. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, Jésus leur a dit, comme après l’institution de l’eucharistie : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Encore une invitation à reproduire ses gestes, pas seulement dans un rite religieux, mais dans une application concrète au cœur de l’existence.

Que les pratiquants de l’eucharistie deviennent les pratiquants du lavement des pieds, autrement dit de l’esprit de service. C’est clair : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. »

Quand avons-nous lavé les pieds de quelqu’un pour la dernière fois ? Quand allons-nous le faire une prochaine fois, dans l’esprit du maître devenu serviteur ?
A la maison par exemple, dans les relations conjugales et familiales. Entre voisins et dans nos milieux de travail et de loisirs. Sans oublier les engagements plus larges, dans la politique, l’économie, la culture, l’écologie.
Oui, partout, on peut être un chrétien bien dans sa peau, mais avec un linge noué à la ceinture ou un tablier de cuisine, dans l’humble majesté du service fraternel.


Et surtout dans la joie. Ne l’oublions jamais. A la messe, l’invitation à la table eucharistique est ainsi formulée : « Heureux les invités au repas du Seigneur. » Et après avoir rangé le linge et le tablier du lavement des pieds, Jésus a dit à ses disciples : « Heureux êtes vous si vous le faites. » Oui, « heureux » !

Que du bonheur !

                                               Claude Ducarroz