Homélie
Fête de la Sainte Trinité
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Dis : Dieu est un. C’est le Dieu éternel. Il n’a point enfanté et n’a point été enfanté. Il n’a point d’égal. »
Peut-être avez-vous reconnu les 4 versets de la sourate 112 du Coran, le livre saint de l’islam. Vous aurez perçu dans cette citation l’attestation que Dieu est unique, mais aussi une pointe polémique contre le Dieu des chrétiens, la Sainte Trinité.
Le respect que nous devons à l’islam –qui est une grande religion- et aux musulmans – qui sont nos frères et sœurs en humanité- ne doit pas nous empêcher d’affirmer notre différence, à savoir notre foi en Dieu-Amour, un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Parce que Dieu –l’unique, le parfait, l’infini- est Amour, rien qu’Amour, nous croyons qu’il est un mystère de communion dans lequel le Père-Source, le Fils-Verbe et l’Esprit-Saint sont en relation de partage éternel de leur commune divinité. Dieu est donc rencontre et échange. Dieu est une merveilleuse famille, de tout son triple cœur formant un seul amour, dans la joie d’une gloire totalement offerte et reçue entre les ineffables pôles de leurs personnalités.
Bien sûr, il faut l’ajouter aussitôt : nous serons toujours des balbutiants devant le mystère de la Sainte Trinité, tel que Jésus nous l’a révélé. Plus encore : démontré. Même les plus fervents mystiques et les plus audacieux théologiens nous disent combien ce mystère, au fur et à mesure qu’ils y pénètrent, les dépasse de plus en plus, tellement nous ne pouvons que le deviner de loin et l’adorer très humblement, comme des bébés émerveillés par le visage de leurs parents.
A la façon de Moïse devant le buisson ardent, nous ne serons toujours que de pauvres explorateurs qui marchent en tremblant à l’orée de Dieu, en attendant le face à face promis par notre frère aîné Jésus-Christ.
Ceci étant dit, et en gardant toujours à notre esprit l’image indicible de la majesté divine, il ne faudrait surtout pas réduire le mystère de la Trinité à un rébus théologique, une mathématique subliminale, une énigme réservé à des supercroyants. Le mystère de la Trinité, puisque nous sommes créés à l’image de Dieu, de ce Dieu-là, imprègne concrètement toute notre vie, notre être et notre faire.
Oui, nous pouvons, dans la foi, en reconnaître les traces vives dans notre existence la plus concrète, et même la plus banale. Pour le dire brièvement : là où il y a de l’amour vrai, il y a un indice trinitaire. A nous de le repérer, de l’identifier, de nous en réjouir, jusqu’à la louange à la divine majesté.
Pour exister déjà -ou pour faire exister-, il faut l’amour de deux êtres qui en produisent un troisième, différent, même s’il est aussi à leur image reflétée. Quand la bible nous dit, dès les origines, que nous sommes créés à la ressemblance de Dieu par la communion de l’homme et de la femme ouverts sur l’enfant, nous nageons sans le savoir dans le mystère trinitaire appliqué à l’humanité. On comprend dès lors que l’amour et la sexualité, quand ils s’unissent dans un merveilleux projet procréateur, deviennent des instruments de la Trinité au cœur de l’histoire humaine en marche. C’est l’origine du mariage comme sacrement.
Ce qui vaut pour la plus petite cellule humaine vaut aussi pour un projet plus vaste, à hauteur de la société. La qualité des relations entre les personnes, entre les peuples, entre les nations chante – ou trahit- le rêve trinitaire sur nous comme unique peuple aimé de son créateur.
Tout ce qui rassemble, ce qui réconcilie, ce qui met de la fraternité dans les rouages complexes de la société, exhale un parfum de Trinité. Chaque fois que nous luttons pour harmoniser l’exigence d’unité avec le respect de la diversité en vue d’une meilleure fécondité, que ce soit par l’économie, la politique, la culture ou l’écologie, c’est du trinitaire qui grandit en ce monde, pour la joie de Dieu et notre bonheur.
Que dire alors de l’Eglise, qui doit être l’échantillon réussi de l’humanité rêvée par le Dieu-Amour ? En disant à ses disciples qu’ils devaient aller par le monde entier baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, tout en mettant en pratique le commandement d’amour, Jésus a établi pour les chrétiens une feuille de route trinitaire.
Le programme commence dans nos communautés locales, et il est bon de s’interroger au moment où des changements pastoraux sont en vue dans nos paroisses.
Et ce dessein trinitaire doit gagner l’Eglise universelle. C’est pourquoi l’aventure œcuménique est un devoir sacré parce qu’elle met en jeu, entre les Eglises, l’avenir de la Trinité dans notre monde. « Qu’ils soient un comme nous, priait Jésus, afin que le monde croie ».
Décidemment, la Trinité n’est pas une spéculation pour esprits particulièrement doués en élucubrations. Elle est le divin terreau de notre existence comme êtres humains, comme artisans d’une société fraternelle et comme chrétiens fidèles à l’évangile dans une Eglise une et diverse, toute ruisselante de la richesse trinitaire.
La Trinité : non pas l’illusion d’un mirage, mais le visage d’un sublime et disponible Amour.
Claude Ducarroz
samedi 2 juin 2012
samedi 26 mai 2012
Homélie de Pentecôte
Homélie de la Pentecôte 2012
Il est retourné chez son père, il échappe à nos regards, on ne l’entend plus : que reste-t-il de Jésus de Nazareth ?
La question n’est pas seulement posée par des esprits non religieux, par des philosophes agnostiques ou par des militants de l’athéisme.
Jésus lui-même a suscité ce questionnement. D’une part il nous dit qu’il vaut mieux pour nous qu’il s’en aille (Jn 16,7) et d’autre part qu’il ne nous laisse pas orphelins. (Jn 14,18).
La réponse n’est pas théorique, mais personnelle. C’est quelqu’un : le Saint Esprit. Avec un énorme travail : « Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, il rendra témoignage en ma faveur…, il vous guidera vers la vérité tout entière…, il vous fera connaître ce qui va venir…, il me glorifiera. » Vaste programme !
Il faut donc le dire et le redire : sans l’envoi et sans l’accueil du Saint Esprit, Jésus serait devenu certes un grand personnage de l’histoire humaine, comme il y en a bien d’autres, mais pas le créateur d’une religion qui rassemble encore aujourd’hui des milliards d’êtres humains dans la foi, l’espérance et l’amour. Le Saint Esprit, si c’est permis d’être un peu trivial, c’est le service après-vente du mystère pascal, c’est l’actualité toujours neuve du Christ ressuscité, c’est le souffle qui donne vie à l’évangile, c’est le vent qui gonfle encore les voiles de la barque-Eglise.
Peut-être allez-vous me dire : mais il y a la parole biblique, il y a les sacrements, il y a surtout l’eucharistie.
Eh ! bien justement.
Jésus n’a rien écrit. Il n’a pas laissé une œuvre de bibliothèque comme, par exemple, les grands philosophes grecs. Si nous pouvons cependant retrouver son message, en paroles et en actes, grâce à ses premiers témoins, c’est que l’Esprit Saint vibre dans ces pages apostoliques. C’est lui qui a inspiré les écrivains sacrés, comme c’est encore lui qui ré-écrit ces Ecritures saintes dans nos cœurs par la foi. Jésus lui-même a dit : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6,63). Au point que l’apôtre Paul pouvait écrire aux Corinthiens : « Vous êtes vraiment une lettre du Christ confiée à notre ministère, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur vos cœurs. » (II Co 3,3).
Quant aux sacrements, parlons-en ! Aucun d’entre eux n’est célébré sans qu’il y ait une invocation de l’Esprit. Chacun sait que nous sommes baptisés « dans l’eau et l’Esprit Saint. » En donnant aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés au soir de Pâques, Jésus a d’abord soufflé sur eux en disant : « Recevez le Saint Esprit. » (Jn 20,22).
Si vous écoutez bien la prière eucharistique au cœur de chaque messe, vous remarquerez que le Saint Esprit est chaque fois invoqué sur le pain et le vin et sur toute l’assemblée afin que se réalise pour nous la présence de Jésus ressuscité. D’ailleurs tous les ministères dans l’Eglise, qu’ils soient ordonnés ou non, sont des œuvres de l’Esprit, ce que l’apôtre Paul rappelait aux chrétiens de Corinthe : Il y a diversité de ministères, mais c’est le seul et même Esprit qui les produit, distribuant ses dons à chacun en particulier en vue du bien commun.
L’Eglise, avec les pauvres pécheurs que nous sommes, ne tiendrait pas un instant dans le monde sans cette Pentecôte permanente qui la suscite, l’anime, la purifie, la relance en mission, comme ce fut particulièrement visible il y a 50 ans avec le bon pape Jean XXIII et le concile Vatican II.
Enfin le Saint Esprit déborde heureusement les frontières de l’Eglise et du christianisme. Jésus nous avait avertis : « Le vent souffle où il veut… Tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jn 3,8).
Quand nous prions, c’est lui qui prie en nous. Quand nous faisons le bien, c’est lui qui agit en nous, car voici ce que produit l’Esprit –et cela en tout homme de bonne volonté- : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi », comme vient de le rappeler l’apôtre Paul, qui ajoute : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit. » (Gal 5,25).
Frères et sœurs, si nous sommes les enfants de la Pâque de Jésus, nous sommes aussi les héritiers de la Pentecôte de l’Esprit. Jésus et l’Esprit, ce sont les deux mains du Père par lesquelles il nous tient, nous guide, nous rassure, nous ramène, nous indique sans cesse l’issue de notre pèlerinage. Que serions-nous, que ferions-nous sans l’Esprit du Père et du Fils ? C’est pourquoi notre vie est appelée à devenir de plus en plus spirituelle.
La vie spirituelle, ce n’est pas tourner le blanc des yeux en regardant le ciel dans une extase. C’est prendre conscience que nous sommes habités par l’Esprit, notre hôte intérieur. C’est le rejoindre dans la prière silencieuse ou liturgique, c’est l’écouter dans la méditation de la parole de Dieu, c’est se laisser conduire par ses inspirations discrètes, c’est capter avec gratitude le courage que nous donnent ses énergies dans un monde où il s’agit de témoigner vaillamment pour la beauté et la vérité de l’Evangile.
Il y a des grands spirituels –je veux dire des « possédés » par le Saint Esprit- partout, dans tous les milieux, dans toutes les vocations, dans toutes les activités. Personne n’a le monopole de l’Esprit, personne ne peut le revendiquer pour lui tout seul –même pas l’Eglise-, personne ne peut le confisquer. Le prophète Joël le disait déjà, et saint Pierre le rappela le jour même de Pentecôte : « Je répandrai mon Esprit sur toute créature… vos fils et vos filles deviendront prophètes… vos jeunes gens auront des visions…Même sur les serviteurs et les servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là. » (Ac 2,17-18).
Attention ! La Pentecôte est une fête redoutable. Vous pouvez repartir prophètes, visionnaires, apôtres. En un mot : chrétiens !
Claude Ducarroz
Il est retourné chez son père, il échappe à nos regards, on ne l’entend plus : que reste-t-il de Jésus de Nazareth ?
La question n’est pas seulement posée par des esprits non religieux, par des philosophes agnostiques ou par des militants de l’athéisme.
Jésus lui-même a suscité ce questionnement. D’une part il nous dit qu’il vaut mieux pour nous qu’il s’en aille (Jn 16,7) et d’autre part qu’il ne nous laisse pas orphelins. (Jn 14,18).
La réponse n’est pas théorique, mais personnelle. C’est quelqu’un : le Saint Esprit. Avec un énorme travail : « Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, il rendra témoignage en ma faveur…, il vous guidera vers la vérité tout entière…, il vous fera connaître ce qui va venir…, il me glorifiera. » Vaste programme !
Il faut donc le dire et le redire : sans l’envoi et sans l’accueil du Saint Esprit, Jésus serait devenu certes un grand personnage de l’histoire humaine, comme il y en a bien d’autres, mais pas le créateur d’une religion qui rassemble encore aujourd’hui des milliards d’êtres humains dans la foi, l’espérance et l’amour. Le Saint Esprit, si c’est permis d’être un peu trivial, c’est le service après-vente du mystère pascal, c’est l’actualité toujours neuve du Christ ressuscité, c’est le souffle qui donne vie à l’évangile, c’est le vent qui gonfle encore les voiles de la barque-Eglise.
Peut-être allez-vous me dire : mais il y a la parole biblique, il y a les sacrements, il y a surtout l’eucharistie.
Eh ! bien justement.
Jésus n’a rien écrit. Il n’a pas laissé une œuvre de bibliothèque comme, par exemple, les grands philosophes grecs. Si nous pouvons cependant retrouver son message, en paroles et en actes, grâce à ses premiers témoins, c’est que l’Esprit Saint vibre dans ces pages apostoliques. C’est lui qui a inspiré les écrivains sacrés, comme c’est encore lui qui ré-écrit ces Ecritures saintes dans nos cœurs par la foi. Jésus lui-même a dit : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6,63). Au point que l’apôtre Paul pouvait écrire aux Corinthiens : « Vous êtes vraiment une lettre du Christ confiée à notre ministère, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur vos cœurs. » (II Co 3,3).
Quant aux sacrements, parlons-en ! Aucun d’entre eux n’est célébré sans qu’il y ait une invocation de l’Esprit. Chacun sait que nous sommes baptisés « dans l’eau et l’Esprit Saint. » En donnant aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés au soir de Pâques, Jésus a d’abord soufflé sur eux en disant : « Recevez le Saint Esprit. » (Jn 20,22).
Si vous écoutez bien la prière eucharistique au cœur de chaque messe, vous remarquerez que le Saint Esprit est chaque fois invoqué sur le pain et le vin et sur toute l’assemblée afin que se réalise pour nous la présence de Jésus ressuscité. D’ailleurs tous les ministères dans l’Eglise, qu’ils soient ordonnés ou non, sont des œuvres de l’Esprit, ce que l’apôtre Paul rappelait aux chrétiens de Corinthe : Il y a diversité de ministères, mais c’est le seul et même Esprit qui les produit, distribuant ses dons à chacun en particulier en vue du bien commun.
L’Eglise, avec les pauvres pécheurs que nous sommes, ne tiendrait pas un instant dans le monde sans cette Pentecôte permanente qui la suscite, l’anime, la purifie, la relance en mission, comme ce fut particulièrement visible il y a 50 ans avec le bon pape Jean XXIII et le concile Vatican II.
Enfin le Saint Esprit déborde heureusement les frontières de l’Eglise et du christianisme. Jésus nous avait avertis : « Le vent souffle où il veut… Tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jn 3,8).
Quand nous prions, c’est lui qui prie en nous. Quand nous faisons le bien, c’est lui qui agit en nous, car voici ce que produit l’Esprit –et cela en tout homme de bonne volonté- : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi », comme vient de le rappeler l’apôtre Paul, qui ajoute : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit. » (Gal 5,25).
Frères et sœurs, si nous sommes les enfants de la Pâque de Jésus, nous sommes aussi les héritiers de la Pentecôte de l’Esprit. Jésus et l’Esprit, ce sont les deux mains du Père par lesquelles il nous tient, nous guide, nous rassure, nous ramène, nous indique sans cesse l’issue de notre pèlerinage. Que serions-nous, que ferions-nous sans l’Esprit du Père et du Fils ? C’est pourquoi notre vie est appelée à devenir de plus en plus spirituelle.
La vie spirituelle, ce n’est pas tourner le blanc des yeux en regardant le ciel dans une extase. C’est prendre conscience que nous sommes habités par l’Esprit, notre hôte intérieur. C’est le rejoindre dans la prière silencieuse ou liturgique, c’est l’écouter dans la méditation de la parole de Dieu, c’est se laisser conduire par ses inspirations discrètes, c’est capter avec gratitude le courage que nous donnent ses énergies dans un monde où il s’agit de témoigner vaillamment pour la beauté et la vérité de l’Evangile.
Il y a des grands spirituels –je veux dire des « possédés » par le Saint Esprit- partout, dans tous les milieux, dans toutes les vocations, dans toutes les activités. Personne n’a le monopole de l’Esprit, personne ne peut le revendiquer pour lui tout seul –même pas l’Eglise-, personne ne peut le confisquer. Le prophète Joël le disait déjà, et saint Pierre le rappela le jour même de Pentecôte : « Je répandrai mon Esprit sur toute créature… vos fils et vos filles deviendront prophètes… vos jeunes gens auront des visions…Même sur les serviteurs et les servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là. » (Ac 2,17-18).
Attention ! La Pentecôte est une fête redoutable. Vous pouvez repartir prophètes, visionnaires, apôtres. En un mot : chrétiens !
Claude Ducarroz
jeudi 17 mai 2012
Homélie de l'Ascension
Homélie de l’Ascension 2012
Une maison … un chemin. Pas de maison sans chemin qui y conduit. Pas de chemin qui ne conduise à une maison, ou alors au sommet d’une montagne. A moins que la maison se trouve précisément au sommet de la montagne.
L’Ascension du Christ nous montre la maison. Elle est située très haut, « dans le ciel », car c’est la maison du Père céleste. Et nous connaissons le chemin qui y mène : c’est le Christ, « chemin, vérité et vie ». Un chemin d’autant plus sûr qu’il est lui-même arrivé à la maison, là-haut, comme un chef de cordée parvenu le premier au sommet, qui nous attend et nous attire à la fois.
Nous vivons dans une civilisation qui ne sait plus où se trouve sa maison, le but ultime de la vie. C’est pourquoi si souvent, nous nous trompons de chemin, nous errons dans le brouillard plutôt que de marcher dans la lumière. Nous courrons dans tous les sens sans connaître notre vraie destinée. Comment ne pas risquer alors, à coup de n’importe quoi dans l’existence, de finir droit dans le mur de l’absurde, du désespoir, de l’autodestruction ?
La fête de l’Ascension du Seigneur peut apparaître comme une célébration fumeuse, une errance dans les nuages. N’est-il pas dit que Jésus disparut à leurs yeux « dans une nuée » ?
En réalité, ce que le Seigneur ressuscité veut nous dire et nous démontrer, c’est le port où nous sommes attendus au terme de notre pèlerinage, le terminus de notre voyage en ce monde.
Réjouissons-nous : ce n’est pas le néant, ce n’est pas un vide sans fin, ce n’est pas une solitude interminable.
C’est justement une maison, celle où Dieu, notre créateur, veut rassembler tous ses enfants, celle où le Christ notre frère a préparé une place pour toute sa nombreuse famille, celle où d’innombrables frères et sœurs aînés s’apprêtent à nous accueillir pour la fête éternelle. Savoir cela, ou plutôt y croire : voilà qui change le sens de notre vie, voilà qui transfigure l’épreuve de la mort, voilà qui situe toute notre existence sous le signe de la meilleure espérance. Nous allons vers notre maison, nous rentrerons à la maison.
Encore faut-il suivre un chemin qui y conduise vraiment. C’est pourquoi, après avoir indiqué le ciel comme notre séjour ultime avec lui, parvenu dans la gloire en chair et en os, Jésus envoie des messagers qui nous ramènent en ce monde, le terrain de notre marche vers le Royaume. « Galiléens, pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? » Se savoir destiné au ciel -ou plutôt au Royaume de Dieu- ne nous dispense pas d’avoir les pieds sur terre. Réciproquement, vivre sur cette terre ne nous dispense pas de nous comporter en citoyens des cieux, notre patrie définitive. Telle est la condition paradoxale du chrétien, à la fois pleinement terrestre et heureusement céleste.
Jusqu’à nouvel avis, n’est-ce pas ?, vous et moi, nous sommes encore ici-bas, comme on dit vulgairement. Nous devons nous tenir prêts pour le grand voyage, mais il n’y a rien qui presse. Etre prêts mais pas pressés : il y a de la sagesse dans cette attitude.
D’autant plus que nous sommes bien accompagnés durant cette attente en forme d’espérance. En nous quittant pour le ciel, Jésus nous a laissé un compagnon de route: l’Esprit Saint. C’est lui qui, du fond de notre être où il habite, nous fait signe par des inspirations et des consolations, par des lumières intérieures et de valeureux courages. Il s’exprime dans la méditation de la Parole de Dieu, il remplit nos prières, il murmure dans nos silences. Et, de là il nous charge d’une belle mission, celle que Jésus nous a confiée avant de partir : « Vous serez mes témoins…jusqu’aux extrémités de la terre. » De quoi ne pas s’ennuyer en attendant notre ascension. Pas question de tricoter en bâillant dans la salle d’attente de ce monde jusqu’à ce qu’arrive le train de l’éternité.
Et puis nous ne sommes pas lâchés tout seuls dans la jungle de notre histoire et de nos histoires. Il y a l’Eglise, la communauté des croyants. Car l’évangile de Jésus, uni au souffle de l’Esprit, provoque la construction d’un corps, comme le rappelait l’apôtre Paul aux Ephésiens. Oui, nous formons un corps social, consacré par le baptême, nourri par l’eucharistie, irrigué par les dons de l’Esprit.
Et là encore, ce n’est pas la sieste qu’il nous faut inscrire à notre programme de voyageurs pour l’éternité. Bien au contraire. Les chrétiens – tous les chrétiens- sont des mobilisés et pas des retraités. Quel que soit notre âge, personne ne peut se considérer à l’AVS de l’évangile, comme si nous pouvions nous endormir sur les lauriers de notre sainteté. L’Eglise n’organise pas des croisières aux Caraïbes pour amateurs de farniente spirituel. C’est toujours le moment de la mission, pas de la démission, de l’embauche, pas du chômage.
Il y a certes des ministères ordonnés : les évêques, les prêtres, les diacres, et vous savez combien les prêtres manquent gravement aujourd’hui. Mais il y a aussi des ministères reconnus et institués, parmi les laïcs hommes et femmes, dans la catéchèse, la liturgie, le rayonnement missionnaire et les engagements de charité. Et puis il y a surtout le témoignage des chrétiens en pleine pâte humaine, ces hommes et ces femmes qui vivent tout simplement de l’évangile là où ils travaillent, prennent des responsabilités, en famille ou dans les réseaux sociaux aux innombrables facettes. La politique, l’économie, l’écologie, les solidarités, la culture sont aussi ces terrains humains où, comme dit Jésus, il y a de quoi chasser les esprits mauvais, parler un langage nouveau, imposer les mains aux malades, faire en sorte que tous, et d’abord les pauvres et les souffrants de notre société, s’en trouvent mieux.
Sur la route du ciel, durant la traversée de notre vie ici-bas, une merveilleuse promesse nous est faite, qui doit nous dynamiser : « Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »
Forts de cette assurance, nous ne pouvons que nous souhaiter mutuellement : bon voyage !
Claude Ducarroz
Une maison … un chemin. Pas de maison sans chemin qui y conduit. Pas de chemin qui ne conduise à une maison, ou alors au sommet d’une montagne. A moins que la maison se trouve précisément au sommet de la montagne.
L’Ascension du Christ nous montre la maison. Elle est située très haut, « dans le ciel », car c’est la maison du Père céleste. Et nous connaissons le chemin qui y mène : c’est le Christ, « chemin, vérité et vie ». Un chemin d’autant plus sûr qu’il est lui-même arrivé à la maison, là-haut, comme un chef de cordée parvenu le premier au sommet, qui nous attend et nous attire à la fois.
Nous vivons dans une civilisation qui ne sait plus où se trouve sa maison, le but ultime de la vie. C’est pourquoi si souvent, nous nous trompons de chemin, nous errons dans le brouillard plutôt que de marcher dans la lumière. Nous courrons dans tous les sens sans connaître notre vraie destinée. Comment ne pas risquer alors, à coup de n’importe quoi dans l’existence, de finir droit dans le mur de l’absurde, du désespoir, de l’autodestruction ?
La fête de l’Ascension du Seigneur peut apparaître comme une célébration fumeuse, une errance dans les nuages. N’est-il pas dit que Jésus disparut à leurs yeux « dans une nuée » ?
En réalité, ce que le Seigneur ressuscité veut nous dire et nous démontrer, c’est le port où nous sommes attendus au terme de notre pèlerinage, le terminus de notre voyage en ce monde.
Réjouissons-nous : ce n’est pas le néant, ce n’est pas un vide sans fin, ce n’est pas une solitude interminable.
C’est justement une maison, celle où Dieu, notre créateur, veut rassembler tous ses enfants, celle où le Christ notre frère a préparé une place pour toute sa nombreuse famille, celle où d’innombrables frères et sœurs aînés s’apprêtent à nous accueillir pour la fête éternelle. Savoir cela, ou plutôt y croire : voilà qui change le sens de notre vie, voilà qui transfigure l’épreuve de la mort, voilà qui situe toute notre existence sous le signe de la meilleure espérance. Nous allons vers notre maison, nous rentrerons à la maison.
Encore faut-il suivre un chemin qui y conduise vraiment. C’est pourquoi, après avoir indiqué le ciel comme notre séjour ultime avec lui, parvenu dans la gloire en chair et en os, Jésus envoie des messagers qui nous ramènent en ce monde, le terrain de notre marche vers le Royaume. « Galiléens, pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? » Se savoir destiné au ciel -ou plutôt au Royaume de Dieu- ne nous dispense pas d’avoir les pieds sur terre. Réciproquement, vivre sur cette terre ne nous dispense pas de nous comporter en citoyens des cieux, notre patrie définitive. Telle est la condition paradoxale du chrétien, à la fois pleinement terrestre et heureusement céleste.
Jusqu’à nouvel avis, n’est-ce pas ?, vous et moi, nous sommes encore ici-bas, comme on dit vulgairement. Nous devons nous tenir prêts pour le grand voyage, mais il n’y a rien qui presse. Etre prêts mais pas pressés : il y a de la sagesse dans cette attitude.
D’autant plus que nous sommes bien accompagnés durant cette attente en forme d’espérance. En nous quittant pour le ciel, Jésus nous a laissé un compagnon de route: l’Esprit Saint. C’est lui qui, du fond de notre être où il habite, nous fait signe par des inspirations et des consolations, par des lumières intérieures et de valeureux courages. Il s’exprime dans la méditation de la Parole de Dieu, il remplit nos prières, il murmure dans nos silences. Et, de là il nous charge d’une belle mission, celle que Jésus nous a confiée avant de partir : « Vous serez mes témoins…jusqu’aux extrémités de la terre. » De quoi ne pas s’ennuyer en attendant notre ascension. Pas question de tricoter en bâillant dans la salle d’attente de ce monde jusqu’à ce qu’arrive le train de l’éternité.
Et puis nous ne sommes pas lâchés tout seuls dans la jungle de notre histoire et de nos histoires. Il y a l’Eglise, la communauté des croyants. Car l’évangile de Jésus, uni au souffle de l’Esprit, provoque la construction d’un corps, comme le rappelait l’apôtre Paul aux Ephésiens. Oui, nous formons un corps social, consacré par le baptême, nourri par l’eucharistie, irrigué par les dons de l’Esprit.
Et là encore, ce n’est pas la sieste qu’il nous faut inscrire à notre programme de voyageurs pour l’éternité. Bien au contraire. Les chrétiens – tous les chrétiens- sont des mobilisés et pas des retraités. Quel que soit notre âge, personne ne peut se considérer à l’AVS de l’évangile, comme si nous pouvions nous endormir sur les lauriers de notre sainteté. L’Eglise n’organise pas des croisières aux Caraïbes pour amateurs de farniente spirituel. C’est toujours le moment de la mission, pas de la démission, de l’embauche, pas du chômage.
Il y a certes des ministères ordonnés : les évêques, les prêtres, les diacres, et vous savez combien les prêtres manquent gravement aujourd’hui. Mais il y a aussi des ministères reconnus et institués, parmi les laïcs hommes et femmes, dans la catéchèse, la liturgie, le rayonnement missionnaire et les engagements de charité. Et puis il y a surtout le témoignage des chrétiens en pleine pâte humaine, ces hommes et ces femmes qui vivent tout simplement de l’évangile là où ils travaillent, prennent des responsabilités, en famille ou dans les réseaux sociaux aux innombrables facettes. La politique, l’économie, l’écologie, les solidarités, la culture sont aussi ces terrains humains où, comme dit Jésus, il y a de quoi chasser les esprits mauvais, parler un langage nouveau, imposer les mains aux malades, faire en sorte que tous, et d’abord les pauvres et les souffrants de notre société, s’en trouvent mieux.
Sur la route du ciel, durant la traversée de notre vie ici-bas, une merveilleuse promesse nous est faite, qui doit nous dynamiser : « Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »
Forts de cette assurance, nous ne pouvons que nous souhaiter mutuellement : bon voyage !
Claude Ducarroz
mercredi 9 mai 2012
Homélie "rose d'argent" pour Mgr Mennini
Homélie
Rose d’argent pour Mgr Antonio Mennini
Avant d’entrer dans notre cathédrale, sous le porche sculpté, vous avez peut-être levé les yeux vers le Christ en majesté, assis sur son trône surmonté d’un baldaquin. Sa tête est auréolée de rayons dorés, mais il a conservé la couronne d’épines. Pour faire mémoire de sa passion tandis qu’il jouit de sa gloire. Mais aussi pour nous redire que la vie de l’Eglise, représentée à ses pieds par Marie et Jean-Baptiste en prière, est rythmée par le mystère pascal, avec les deux faces inséparables de sa destinée en ce monde, dans l’espérance de prendre place un jour, « près de moi sur mon trône », dit précisément le Jésus de l’Apocalypse.
Cher Monseigneur Mennini, par l’octroi de la Rose d’argent, vous recevez en quelque sorte quelques rayons de gloire à ajouter sur votre mitre épiscopale, et surtout à inscrire dans votre cœur de pasteur. Ils sont comme les pétales de rose de notre reconnaissance pour l’œuvre remarquable que vous avez déployée au service de la cause œcuménique, que ce soit jadis en Turquie, en Bulgarie et surtout en Russie, ou aujourd’hui encore dans le Royaume Uni. Mais vous le savez comme nous : les roses, même en argent, ont aussi des épines, à l’instar de la couronne du Christ qui nous accueille à l’entrée de cette cathédrale.
Travailler pour la pleine réconciliation des chrétiens et des Eglises -la recomposition de l’unité, comme le disait le concile Vatican II- commence par la souffrance de nous savoir encore trop désunis, malgré les heureux progrès des divers rapprochements auxquels vous avez contribué. Le pèlerinage vers « l’unité parfaite », pour reprendre les mots même de Jésus dans sa prière sacerdotale, doit passer par la douleur de constater que l’autre –les autres- nous manquent encore.
Oui, il y a encore trop de fausses notes dans le concert symphonique de la communion voulue par le Christ à l’image de l’harmonie trinitaire qui réconcilie sans cesse, dans l’abîme adorable de ses profondeurs, la diversité des personnes et l’unité de leur nature.
Mais heureusement, le chemin du dialogue œcuménique tous azimuts, est aussi parsemé de roses épanouies, quand des évêques dialoguent fraternellement, quand des théologiens -que ce soit dans nos universités et instituts ou au Groupe des Dombes- balisent les humbles sentiers des rapprochements doctrinaux, au point d’aboutir finalement, par exemple, à l’accord sur la justification par la foi entre l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale.
Mais nous ressentons le piquant des épines quand des dialogues ralentissent ou s’enlisent, voire s’interrompent, sur la route qui devrait nous rassembler dans l’unique maison de famille, là où il fait bon vivre ensemble, tous au chaud dans le cœur de Dieu.
Alors notre prière redouble, faite d’espérance et de peines, de roses et d’épines, quand avec le psaume 122 nous chantons, 50 ans après le début du concile Vatican II qui voulut tellement réconcilier les chrétiens dans l’unité : « Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur… oui, vers la Jérusalem de l’Eglise une et unie…, ville vers laquelle montent les tribus du Seigneur… ville où tout ensemble ne fait qu’un. »
Nous avons appris, y compris à cause de nos infidélités, mais aussi par la joie de nous retrouver frères et sœurs toujours plus unis, qu’il nous faut être davantage à l’écoute de celui qui frappe toujours plus fort à nos portes encore trop fermées, qu’il nous faut enfin entendre ce que l’Esprit dit aux Eglises, à nos Eglises. Dans sa patience et dans son impatience, le Sauveur nous montre aussi la table où il veut nous voir partager tous ensemble son repas avec lui.
Voilà ce qu’il vient de nous redire. C’est ce que le Seigneur veut, c’est pour cela qu’il a prié à la veille de sa mort (« Que tous soient un en nous afin que le monde croie ! » Jn 17,21). C’est pour cette cause sacrée et bénie qu’il a donné sa vie sur la croix, oui, « pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » Jn 11,52. C’est toujours pour réaliser ce rêve divin que le Seigneur ressuscité a envoyé son Esprit sur son Eglise à la fois apostolique, fraternelle et mariale, lorsque les apôtres se trouvaient réunis au Cénacle, « tous d’un même cœur, assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. » Ac 1,14.
Et là, nous nous retrouvons devant le portail de notre cathédrale. Quand Jésus nous montre sa gloire, mais aussi sa couronne d’épines et les marques de ses plaies, il y a à ses pieds, à genoux en prière, Marie, figure et mère de l’Eglise, et aussi Jean-Baptiste le précurseur. Dans notre laborieux voyage vers l’unité, par de multiples conversions et dans une communion ecclésiale en voie de développement, il y a tant de priants avec Marie et tant de précurseurs comme Jean-Baptiste. Des priants de toutes les Eglises et des précurseurs dans toutes les confessions, des priants de persévérance obstinée et des précurseurs aux audaces prophétiques.
Ce soir, en disant merci à l’un d’entre eux, nous voulons rendre grâces pour tous les autres, dans le passé et aujourd’hui encore, afin que se réalise enfin, par la Parole méditée, dans l’amour contagieux et jusqu’à l’eucharistie partagée, cette brûlante prière de Jésus lui-même : « Qu’ils soient parfaitement un… pour que le monde sache que je les ai aimés comme tu m’as aimé. » Jn 17,23. Claude Ducarroz
Rose d’argent pour Mgr Antonio Mennini
Avant d’entrer dans notre cathédrale, sous le porche sculpté, vous avez peut-être levé les yeux vers le Christ en majesté, assis sur son trône surmonté d’un baldaquin. Sa tête est auréolée de rayons dorés, mais il a conservé la couronne d’épines. Pour faire mémoire de sa passion tandis qu’il jouit de sa gloire. Mais aussi pour nous redire que la vie de l’Eglise, représentée à ses pieds par Marie et Jean-Baptiste en prière, est rythmée par le mystère pascal, avec les deux faces inséparables de sa destinée en ce monde, dans l’espérance de prendre place un jour, « près de moi sur mon trône », dit précisément le Jésus de l’Apocalypse.
Cher Monseigneur Mennini, par l’octroi de la Rose d’argent, vous recevez en quelque sorte quelques rayons de gloire à ajouter sur votre mitre épiscopale, et surtout à inscrire dans votre cœur de pasteur. Ils sont comme les pétales de rose de notre reconnaissance pour l’œuvre remarquable que vous avez déployée au service de la cause œcuménique, que ce soit jadis en Turquie, en Bulgarie et surtout en Russie, ou aujourd’hui encore dans le Royaume Uni. Mais vous le savez comme nous : les roses, même en argent, ont aussi des épines, à l’instar de la couronne du Christ qui nous accueille à l’entrée de cette cathédrale.
Travailler pour la pleine réconciliation des chrétiens et des Eglises -la recomposition de l’unité, comme le disait le concile Vatican II- commence par la souffrance de nous savoir encore trop désunis, malgré les heureux progrès des divers rapprochements auxquels vous avez contribué. Le pèlerinage vers « l’unité parfaite », pour reprendre les mots même de Jésus dans sa prière sacerdotale, doit passer par la douleur de constater que l’autre –les autres- nous manquent encore.
Oui, il y a encore trop de fausses notes dans le concert symphonique de la communion voulue par le Christ à l’image de l’harmonie trinitaire qui réconcilie sans cesse, dans l’abîme adorable de ses profondeurs, la diversité des personnes et l’unité de leur nature.
Mais heureusement, le chemin du dialogue œcuménique tous azimuts, est aussi parsemé de roses épanouies, quand des évêques dialoguent fraternellement, quand des théologiens -que ce soit dans nos universités et instituts ou au Groupe des Dombes- balisent les humbles sentiers des rapprochements doctrinaux, au point d’aboutir finalement, par exemple, à l’accord sur la justification par la foi entre l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale.
Mais nous ressentons le piquant des épines quand des dialogues ralentissent ou s’enlisent, voire s’interrompent, sur la route qui devrait nous rassembler dans l’unique maison de famille, là où il fait bon vivre ensemble, tous au chaud dans le cœur de Dieu.
Alors notre prière redouble, faite d’espérance et de peines, de roses et d’épines, quand avec le psaume 122 nous chantons, 50 ans après le début du concile Vatican II qui voulut tellement réconcilier les chrétiens dans l’unité : « Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur… oui, vers la Jérusalem de l’Eglise une et unie…, ville vers laquelle montent les tribus du Seigneur… ville où tout ensemble ne fait qu’un. »
Nous avons appris, y compris à cause de nos infidélités, mais aussi par la joie de nous retrouver frères et sœurs toujours plus unis, qu’il nous faut être davantage à l’écoute de celui qui frappe toujours plus fort à nos portes encore trop fermées, qu’il nous faut enfin entendre ce que l’Esprit dit aux Eglises, à nos Eglises. Dans sa patience et dans son impatience, le Sauveur nous montre aussi la table où il veut nous voir partager tous ensemble son repas avec lui.
Voilà ce qu’il vient de nous redire. C’est ce que le Seigneur veut, c’est pour cela qu’il a prié à la veille de sa mort (« Que tous soient un en nous afin que le monde croie ! » Jn 17,21). C’est pour cette cause sacrée et bénie qu’il a donné sa vie sur la croix, oui, « pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » Jn 11,52. C’est toujours pour réaliser ce rêve divin que le Seigneur ressuscité a envoyé son Esprit sur son Eglise à la fois apostolique, fraternelle et mariale, lorsque les apôtres se trouvaient réunis au Cénacle, « tous d’un même cœur, assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. » Ac 1,14.
Et là, nous nous retrouvons devant le portail de notre cathédrale. Quand Jésus nous montre sa gloire, mais aussi sa couronne d’épines et les marques de ses plaies, il y a à ses pieds, à genoux en prière, Marie, figure et mère de l’Eglise, et aussi Jean-Baptiste le précurseur. Dans notre laborieux voyage vers l’unité, par de multiples conversions et dans une communion ecclésiale en voie de développement, il y a tant de priants avec Marie et tant de précurseurs comme Jean-Baptiste. Des priants de toutes les Eglises et des précurseurs dans toutes les confessions, des priants de persévérance obstinée et des précurseurs aux audaces prophétiques.
Ce soir, en disant merci à l’un d’entre eux, nous voulons rendre grâces pour tous les autres, dans le passé et aujourd’hui encore, afin que se réalise enfin, par la Parole méditée, dans l’amour contagieux et jusqu’à l’eucharistie partagée, cette brûlante prière de Jésus lui-même : « Qu’ils soient parfaitement un… pour que le monde sache que je les ai aimés comme tu m’as aimé. » Jn 17,23. Claude Ducarroz
samedi 5 mai 2012
Homélie du 5ème dimanche de Pâques
Homélie du 5ème dimanche de Pâques
Les pasteurs et les cueilleurs. C’est ainsi que les historiens des civilisations décrivent les deux catégories de travailleurs aux origines de l’humanité. On retrouve d’ailleurs ces deux groupes humains dans les figures ancestrales de Caïn et Abel au livre de la Genèse. Abel était berger, Caïn cultivateur.
Dimanche dernier, Jésus s’est présenté à nous comme le bon pasteur, le vrai berger. Aujourd’hui, il fait dans la culture, et plus précisément celle de la vigne. Et c’est toujours, dans un cas comme dans l’autre, pour souligner la nécessité, mais aussi la beauté de la communion intime avec lui, car « en dehors de moi », dit-il, « vous ne pouvez rien faire. »
Dans la comparaison de la vigne, il y a pour nous à la fois de l’humilité et de la grandeur.
De l’humilité d’abord, car nous ne sommes pas la vigne, mais seulement les sarments. La vigne, c’est lui, le Christ, enraciné depuis toujours dans le terreau trinitaire par l’amour du Père qui le fait exister éternellement, en pleine communion avec le Saint Esprit.
Ce Christ, ensuite, a pris racine dans le terreau humain, le nôtre, en passant par le sein d’une femme, la vierge Marie, premier terroir de chair et de sang pour l’incarnation du fils de Dieu. De l’Annonciation à Pâques, il a grandi d’abord en elle, puis au milieu de nous, comme une vigne généreuse de vie et d’amour. Après avoir passé en faisant le bien, en priorité aux pauvres, aux malades, aux exclus et aux pécheurs, il a livré totalement le vin de sa tendresse en répandant son sang sur la croix. Telle est la vendange que le Père a récoltée pour nous en donner les fruits de salut et de vie éternelle.
Mais le divin vigneron a aussi imaginé une greffe sur la vigne de son fils et notre frère Jésus. A partir de Pâques et de Pentecôte, nous sommes bel et bien greffés sur lui ou plutôt en lui : « Je suis la vigne, et vous les sarments ». Etre les sarments de cette vigne-là, c’est notre plus grande dignité, notre plus belle destinée. Mais aussi notre plus formidable responsabilité.
La dignité, c’est celle d’être appelés comme Jésus « fils et filles de Dieu », et de l’être vraiment, ainsi que nous le rappelait saint Jean dimanche dernier.
La destinée, c’est de porter des fruits de gloire éternelle si nous sommes en communion vitale avec la vigne qu’est Jésus.
La responsabilité, c’est d’engager pleinement notre liberté dans ce « demeurer avec » qui dépend de nos choix, car, nous répète Jésus, « celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruits. »
Dans cette aventure vinicole avec le Christ, il y a quelque chose de magnifique, mais aussi un certain défi. Il a un accent pathétique, cet appel réitéré : « Demeurez en moi comme moi en vous », dit le Seigneur. Parce qu’il s’agit d’amour et non pas de violence, de liberté et non pas de contrainte, le risque existe toujours : « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors et qui se dessèche. »
La vie humaine ne relève pas de l’automatisme ou de la fatalité. Elle est un cadeau offert à notre liberté, avec une promesse certes, celle de donner beaucoup de fruits, mais aussi avec l’envers de la liberté, si l’on préfère sécher tout seul sur le chemin plutôt que d’expérimenter la dépendance existentielle avec Dieu. La gloire du Père, c’est bel et bien que nous donnions beaucoup de fruits. Encore faut-il accepter d’être ses disciples, ce qui est une affaire de foi et d’amour.
Comment les pauvres sarments que nous sommes peuvent-ils rester en communion avec la vigne de Dieu ? La réponse est toujours dans cet évangile : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous… ». La parole de Dieu, méditée, priée, savourée est le cordon ombilical de notre communion avec Jésus, et par lui avec son Père et notre Père.
Et puis il y a évidemment l’eucharistie, quand le fruit de la vigne devient communion au sang du Seigneur et le vin de la fête ecclésiale. Quelle plus merveilleuse intimité que ce mystère qui provoque une sorte de transfusion de sang entre le Christ et nous ? Alors plus que jamais, lui demeure en nous et nous en lui, pour un échange d’amour dont personne ne peut nous enlever la joie.
Enfin, il y a tout simplement les gestes de l’amour humain, au jour le jour, au ras des évènements de nos vies ordinaires. L’apôtre Jean ne cessait de le rappeler aux premiers chrétiens : « Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité ». N’allons pas chercher loin pour expérimenter la saveur de la vigne de Jésus en nous : il suffit d’aimer, de nous aimer les uns les autres. Car celui qui met en pratique le commandement d’amour « demeure en Dieu et Dieu en lui ».
Toujours la logique de la vigne et des sarments, inséparables. C’est tout simplement une question de vie ou de mort. Choisis la vie, nous murmure l’Esprit au fond de notre cœur.
Nous avons écouté la Parole de Dieu, nous allons bientôt communier, nous sommes rassemblés en communauté de frères et sœurs chrétiens. La vigne de Jésus, la vigne qu’est Jésus continue donc de nous féconder de sa sève divine pour que nous donnions ensuite des fruits de tendresse dans notre existence de chaque jour. A la santé du Dieu d’amour.
Claude Ducarroz
Les pasteurs et les cueilleurs. C’est ainsi que les historiens des civilisations décrivent les deux catégories de travailleurs aux origines de l’humanité. On retrouve d’ailleurs ces deux groupes humains dans les figures ancestrales de Caïn et Abel au livre de la Genèse. Abel était berger, Caïn cultivateur.
Dimanche dernier, Jésus s’est présenté à nous comme le bon pasteur, le vrai berger. Aujourd’hui, il fait dans la culture, et plus précisément celle de la vigne. Et c’est toujours, dans un cas comme dans l’autre, pour souligner la nécessité, mais aussi la beauté de la communion intime avec lui, car « en dehors de moi », dit-il, « vous ne pouvez rien faire. »
Dans la comparaison de la vigne, il y a pour nous à la fois de l’humilité et de la grandeur.
De l’humilité d’abord, car nous ne sommes pas la vigne, mais seulement les sarments. La vigne, c’est lui, le Christ, enraciné depuis toujours dans le terreau trinitaire par l’amour du Père qui le fait exister éternellement, en pleine communion avec le Saint Esprit.
Ce Christ, ensuite, a pris racine dans le terreau humain, le nôtre, en passant par le sein d’une femme, la vierge Marie, premier terroir de chair et de sang pour l’incarnation du fils de Dieu. De l’Annonciation à Pâques, il a grandi d’abord en elle, puis au milieu de nous, comme une vigne généreuse de vie et d’amour. Après avoir passé en faisant le bien, en priorité aux pauvres, aux malades, aux exclus et aux pécheurs, il a livré totalement le vin de sa tendresse en répandant son sang sur la croix. Telle est la vendange que le Père a récoltée pour nous en donner les fruits de salut et de vie éternelle.
Mais le divin vigneron a aussi imaginé une greffe sur la vigne de son fils et notre frère Jésus. A partir de Pâques et de Pentecôte, nous sommes bel et bien greffés sur lui ou plutôt en lui : « Je suis la vigne, et vous les sarments ». Etre les sarments de cette vigne-là, c’est notre plus grande dignité, notre plus belle destinée. Mais aussi notre plus formidable responsabilité.
La dignité, c’est celle d’être appelés comme Jésus « fils et filles de Dieu », et de l’être vraiment, ainsi que nous le rappelait saint Jean dimanche dernier.
La destinée, c’est de porter des fruits de gloire éternelle si nous sommes en communion vitale avec la vigne qu’est Jésus.
La responsabilité, c’est d’engager pleinement notre liberté dans ce « demeurer avec » qui dépend de nos choix, car, nous répète Jésus, « celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruits. »
Dans cette aventure vinicole avec le Christ, il y a quelque chose de magnifique, mais aussi un certain défi. Il a un accent pathétique, cet appel réitéré : « Demeurez en moi comme moi en vous », dit le Seigneur. Parce qu’il s’agit d’amour et non pas de violence, de liberté et non pas de contrainte, le risque existe toujours : « Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors et qui se dessèche. »
La vie humaine ne relève pas de l’automatisme ou de la fatalité. Elle est un cadeau offert à notre liberté, avec une promesse certes, celle de donner beaucoup de fruits, mais aussi avec l’envers de la liberté, si l’on préfère sécher tout seul sur le chemin plutôt que d’expérimenter la dépendance existentielle avec Dieu. La gloire du Père, c’est bel et bien que nous donnions beaucoup de fruits. Encore faut-il accepter d’être ses disciples, ce qui est une affaire de foi et d’amour.
Comment les pauvres sarments que nous sommes peuvent-ils rester en communion avec la vigne de Dieu ? La réponse est toujours dans cet évangile : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous… ». La parole de Dieu, méditée, priée, savourée est le cordon ombilical de notre communion avec Jésus, et par lui avec son Père et notre Père.
Et puis il y a évidemment l’eucharistie, quand le fruit de la vigne devient communion au sang du Seigneur et le vin de la fête ecclésiale. Quelle plus merveilleuse intimité que ce mystère qui provoque une sorte de transfusion de sang entre le Christ et nous ? Alors plus que jamais, lui demeure en nous et nous en lui, pour un échange d’amour dont personne ne peut nous enlever la joie.
Enfin, il y a tout simplement les gestes de l’amour humain, au jour le jour, au ras des évènements de nos vies ordinaires. L’apôtre Jean ne cessait de le rappeler aux premiers chrétiens : « Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité ». N’allons pas chercher loin pour expérimenter la saveur de la vigne de Jésus en nous : il suffit d’aimer, de nous aimer les uns les autres. Car celui qui met en pratique le commandement d’amour « demeure en Dieu et Dieu en lui ».
Toujours la logique de la vigne et des sarments, inséparables. C’est tout simplement une question de vie ou de mort. Choisis la vie, nous murmure l’Esprit au fond de notre cœur.
Nous avons écouté la Parole de Dieu, nous allons bientôt communier, nous sommes rassemblés en communauté de frères et sœurs chrétiens. La vigne de Jésus, la vigne qu’est Jésus continue donc de nous féconder de sa sève divine pour que nous donnions ensuite des fruits de tendresse dans notre existence de chaque jour. A la santé du Dieu d’amour.
Claude Ducarroz
dimanche 29 avril 2012
Homélie pour des Céciliennes (Bussy FR)
Homélie pour les Céciliennes à Bussy 2012
« Ma Broye, ô pays charmant ! Plaine blonde, si féconde… » Nous chantions cela à l’école quand j’étais enfant. Et on le répétait avec M. le Régent en vue des maientzes du 1er mai. Mais l’hiver, la plaine de ce pays toujours charmant n’était plus blonde. Parfois –c’était avant le réchauffement climatique-, cette plaine devenait blanche sous les effets du givre ou de la neige. Mais elle restait féconde. Je me souviens : des troupeaux de moutons parcouraient nos champs engourdis à la recherche d’une herbe rare que les montagnes des Alpes, sous les rigueurs de l’hiver, ne parvenaient plus à fournir. Il y avait le berger, avec sa grande houppelande qui lui permettait de dormir à la belle étoile, et puis le chien qui circulait sans cesse pour garder les brebis craintives dans le droit chemin.
C’est un tel berger –il s’appelle Luigi- que mon ami Marcel Imsand a immortalisé dans cette photo pleine de tendresse, qu’il m’a offerte avant que je quitte la basilique Notre-Dame de Lausanne, où il était un excellent paroissien.
Vous l’avez entendu dans l’évangile de ce jour : aujourd’hui, c’est le dimanche du bon pasteur. Tout y est : le bon berger qui connait ses brebis, les conduit et se donne à fond pour elles, et les brebis évidemment, parfois menacées de dispersion, mais finalement attentives à la voix de leur pasteur parce qu’elles sentent qu’il les aime et veut en toutes circonstances leur meilleur bien. Comme Luigi !
Nous connaissons notre pasteur, celui qui a donné sa vie pour ses brebis, celui qui ne les abandonne jamais, et surtout pas quand survient le loup : le Christ Jésus, notre divin pasteur.
Que n’a-t-il pas fait pour ses brebis, donc pour nous ? Le mystère pascal, que nous venons de célébrer avec votre collaboration dans les liturgies de la semaine sainte, nous rafraîchit notre mémoire chaque année, depuis le lavement des pieds jusqu’au matin de Pâques en passant par la croix.
Que ne fait-il pas encore pour nous aujourd’hui à travers la Parole qu’il nous adresse à chaque messe, jusqu’à l’eucharistie dans laquelle il continue de donner sa vie pour ses brebis, pour nous. Sans oublier ce qu’il réalise dans la communauté de l’Eglise afin qu’il y ait, de plus en plus, un seul troupeau et un seul pasteur. Et tout cela, évidemment, par amour. On comprend mieux alors l’exclamation de l’apôtre Jean quand il écrit : « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. »
Chers chanteuses et chanteurs, dans ce contexte, qui êtes-vous, vous ?
Avec tous les autres chrétiens, vous êtes d’abord les fidèles brebis du bon pasteur. Motivés par votre foi, portés par votre joie de chanter, vous êtes dans les premiers rangs de ce troupeau biblique qui écoute la voix de son berger, qui apprend toujours mieux à le connaître et à le reconnaître, qui accueille sa vie toujours redonnée pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Et vous ajoutez votre propre voix en écho à la sienne quand, après avoir entendu sa parole, vous lui répondez par la musique et par les chants. Vous brodez de beauté la Parole faite chair, vous ornez de splendeur l’écrin de son corps livré, vous contribuez au rayonnement de son Esprit par les halos de vos harmonies.
Mais dites-vous bien d’abord qu’il s’agit là pour vous d’une grâce, celle de pouvoir, tout près du berger, accueillir sa présence toujours offerte en y ajoutant le lyrisme de la musique, le charme des chants, les couleurs de vos voix, la symphonie de vos cœurs.
Oui, d’abord une grâce pour laquelle, surtout à l’occasion d’une fête comme celle-ci, nous voulons rendre grâces, avec vous, à cause de vous.
Une grâce, mais aussi un service. Et là, j’en suis persuadé, vous entrez dans la pastorale, je veux dire : vous collaborez à la mission du pasteur. Sans cesser d’être les heureuses brebis du Christ, vous devenez aussi, quelque part, des pasteurs avec lui et pour lui.
Je le crois d’autant plus par les temps qui courent. Le troupeau devient plus petit, c’est un fait. Des brebis s’en vont loin du pasteur, au risque d’errer dans des champs piégés ou de se perdre dans les montagnes de tous les dangers. Il ne manque même pas de faux pasteurs –ceux que Jésus appelle des mercenaires- qui abandonnent les brebis au lieu de les protéger. Quant aux loups de l’évangile, je crois qu’il n’y a pas besoin de faire un dessin : ils ne sont pas qu’en Valais ou dans le parc national. Ils peuvent aussi sévir chez nous et même en nous, quand ce n’est pas peut-être…nous.
Vous, les chanteurs et les chanteuses, et celles et ceux qui vous dirigent, vous entraînent et vous accompagnent : vous êtes appelés à demeurer proches du bon pasteur, imparfaitement certes, mais sincèrement, de toute votre foi, de toute votre voix, de toute votre joie.
C’est peu dire de vous répéter que l’Eglise a plus que jamais besoin de vous, de votre présence fidèle, de votre enthousiasme contagieux, de votre ardeur à répandre de la ferveur priante au milieu de nous. Je le sais : vous pourriez vous décourager quand vos effectifs diminuent, quand vous remarquez parfois que vous êtes plus nombreux à la tribune que les autres participants dans la nef.
C’est une épreuve pour vous et, j’ose le dire, d’abord pour vos prêtres, diacres et assistants pastoraux. Mais être chrétien, dans ces circonstances, c’est précisément tenir ensemble, persévérer dans le service, garder le souci de la qualité, prendre conscience de cette vérité proclamée par Jésus lui-même : « Ne crains pas, petit troupeau, car il plu à votre Père de vous donner le Royaume des cieux. » Vous n’êtes pas là seulement pour vous. Vous êtes là d’abord pour le Seigneur. Vous êtes là pour édifier la communauté, si petite qu’elle soit. Et vous portez avec vous dans la prière les absents, les lointains, les oublieux ou les paresseux pour lesquels le Seigneur a aussi donné sa vie.
Chers chanteuses et chers chanteurs, ce n’est pas le moment de faiblir. C’est toujours le moment de fleurir, sous le soleil de l’évangile, en nous laissant guider par le vrai berger de nos cœurs et en nous donnant la main fraternelle de la communion ecclésiale.
Ne soyez pas des chrétiens bêlants, mais des brebis chantantes, heureuses de se savoir aimées par le meilleur des pasteurs.
Claude Ducarroz
« Ma Broye, ô pays charmant ! Plaine blonde, si féconde… » Nous chantions cela à l’école quand j’étais enfant. Et on le répétait avec M. le Régent en vue des maientzes du 1er mai. Mais l’hiver, la plaine de ce pays toujours charmant n’était plus blonde. Parfois –c’était avant le réchauffement climatique-, cette plaine devenait blanche sous les effets du givre ou de la neige. Mais elle restait féconde. Je me souviens : des troupeaux de moutons parcouraient nos champs engourdis à la recherche d’une herbe rare que les montagnes des Alpes, sous les rigueurs de l’hiver, ne parvenaient plus à fournir. Il y avait le berger, avec sa grande houppelande qui lui permettait de dormir à la belle étoile, et puis le chien qui circulait sans cesse pour garder les brebis craintives dans le droit chemin.
C’est un tel berger –il s’appelle Luigi- que mon ami Marcel Imsand a immortalisé dans cette photo pleine de tendresse, qu’il m’a offerte avant que je quitte la basilique Notre-Dame de Lausanne, où il était un excellent paroissien.
Vous l’avez entendu dans l’évangile de ce jour : aujourd’hui, c’est le dimanche du bon pasteur. Tout y est : le bon berger qui connait ses brebis, les conduit et se donne à fond pour elles, et les brebis évidemment, parfois menacées de dispersion, mais finalement attentives à la voix de leur pasteur parce qu’elles sentent qu’il les aime et veut en toutes circonstances leur meilleur bien. Comme Luigi !
Nous connaissons notre pasteur, celui qui a donné sa vie pour ses brebis, celui qui ne les abandonne jamais, et surtout pas quand survient le loup : le Christ Jésus, notre divin pasteur.
Que n’a-t-il pas fait pour ses brebis, donc pour nous ? Le mystère pascal, que nous venons de célébrer avec votre collaboration dans les liturgies de la semaine sainte, nous rafraîchit notre mémoire chaque année, depuis le lavement des pieds jusqu’au matin de Pâques en passant par la croix.
Que ne fait-il pas encore pour nous aujourd’hui à travers la Parole qu’il nous adresse à chaque messe, jusqu’à l’eucharistie dans laquelle il continue de donner sa vie pour ses brebis, pour nous. Sans oublier ce qu’il réalise dans la communauté de l’Eglise afin qu’il y ait, de plus en plus, un seul troupeau et un seul pasteur. Et tout cela, évidemment, par amour. On comprend mieux alors l’exclamation de l’apôtre Jean quand il écrit : « Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. »
Chers chanteuses et chanteurs, dans ce contexte, qui êtes-vous, vous ?
Avec tous les autres chrétiens, vous êtes d’abord les fidèles brebis du bon pasteur. Motivés par votre foi, portés par votre joie de chanter, vous êtes dans les premiers rangs de ce troupeau biblique qui écoute la voix de son berger, qui apprend toujours mieux à le connaître et à le reconnaître, qui accueille sa vie toujours redonnée pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Et vous ajoutez votre propre voix en écho à la sienne quand, après avoir entendu sa parole, vous lui répondez par la musique et par les chants. Vous brodez de beauté la Parole faite chair, vous ornez de splendeur l’écrin de son corps livré, vous contribuez au rayonnement de son Esprit par les halos de vos harmonies.
Mais dites-vous bien d’abord qu’il s’agit là pour vous d’une grâce, celle de pouvoir, tout près du berger, accueillir sa présence toujours offerte en y ajoutant le lyrisme de la musique, le charme des chants, les couleurs de vos voix, la symphonie de vos cœurs.
Oui, d’abord une grâce pour laquelle, surtout à l’occasion d’une fête comme celle-ci, nous voulons rendre grâces, avec vous, à cause de vous.
Une grâce, mais aussi un service. Et là, j’en suis persuadé, vous entrez dans la pastorale, je veux dire : vous collaborez à la mission du pasteur. Sans cesser d’être les heureuses brebis du Christ, vous devenez aussi, quelque part, des pasteurs avec lui et pour lui.
Je le crois d’autant plus par les temps qui courent. Le troupeau devient plus petit, c’est un fait. Des brebis s’en vont loin du pasteur, au risque d’errer dans des champs piégés ou de se perdre dans les montagnes de tous les dangers. Il ne manque même pas de faux pasteurs –ceux que Jésus appelle des mercenaires- qui abandonnent les brebis au lieu de les protéger. Quant aux loups de l’évangile, je crois qu’il n’y a pas besoin de faire un dessin : ils ne sont pas qu’en Valais ou dans le parc national. Ils peuvent aussi sévir chez nous et même en nous, quand ce n’est pas peut-être…nous.
Vous, les chanteurs et les chanteuses, et celles et ceux qui vous dirigent, vous entraînent et vous accompagnent : vous êtes appelés à demeurer proches du bon pasteur, imparfaitement certes, mais sincèrement, de toute votre foi, de toute votre voix, de toute votre joie.
C’est peu dire de vous répéter que l’Eglise a plus que jamais besoin de vous, de votre présence fidèle, de votre enthousiasme contagieux, de votre ardeur à répandre de la ferveur priante au milieu de nous. Je le sais : vous pourriez vous décourager quand vos effectifs diminuent, quand vous remarquez parfois que vous êtes plus nombreux à la tribune que les autres participants dans la nef.
C’est une épreuve pour vous et, j’ose le dire, d’abord pour vos prêtres, diacres et assistants pastoraux. Mais être chrétien, dans ces circonstances, c’est précisément tenir ensemble, persévérer dans le service, garder le souci de la qualité, prendre conscience de cette vérité proclamée par Jésus lui-même : « Ne crains pas, petit troupeau, car il plu à votre Père de vous donner le Royaume des cieux. » Vous n’êtes pas là seulement pour vous. Vous êtes là d’abord pour le Seigneur. Vous êtes là pour édifier la communauté, si petite qu’elle soit. Et vous portez avec vous dans la prière les absents, les lointains, les oublieux ou les paresseux pour lesquels le Seigneur a aussi donné sa vie.
Chers chanteuses et chers chanteurs, ce n’est pas le moment de faiblir. C’est toujours le moment de fleurir, sous le soleil de l’évangile, en nous laissant guider par le vrai berger de nos cœurs et en nous donnant la main fraternelle de la communion ecclésiale.
Ne soyez pas des chrétiens bêlants, mais des brebis chantantes, heureuses de se savoir aimées par le meilleur des pasteurs.
Claude Ducarroz
mardi 24 avril 2012
Visitez la cathédrale de Fribourg
La cathédrale St-Nicolas de Fribourg
« Chef d’œuvre du gothique européen »
Petite histoire
Fribourg a été fondé en 1157 par le duc Bertold IV de Zaehringen. Aussitôt une première église a été érigée, en style roman, déjà dédiée à saint Nicolas, évêque de Myre autour de l’an 300 (Turquie actuelle).
En 1283, les travaux ont démarré pour ériger un sanctuaire plus vaste, en style gothique. Cette église a été terminée en 1490. La tour mesure 80 m. de hauteur, accessible par 365 marches, et compte 13 cloches.
Notons que le chœur a été achevé seulement en 1630 et orné de 32 écussons de familles et corporations locales.
De sa fondation à 1512, cette église était l’église paroissiale de la ville de Fribourg. En 1512, par un décret du pape Jules II, elle est devenue une collégiale confiée à un collège de chanoines. Enfin, depuis 1924, elle est une cathédrale, autrement dit l’église de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.
Comme des bandes dessinées…
Pour apprécier ses merveilles de l’intérieur, on peut visiter la cathédrale comme on parcourt 4 bandes dessinées.
1. Ce qui frappe –et souvent éblouit-, ce sont d’abord les vitraux.
Les plus anciens, au dessus des portes latérales, sont de 1530.
Les grandes verrières, œuvre du peintre polonais Josef Mehoffer, ont été réalisées entre 1896 et 1936. Elles couvrent 240 mètres carrés et se distribuent en 4 thèmes principaux :
- des vitraux hagiographiques qui évoquent des figures de saints et saintes
- des vitraux dogmatiques qui illustrent des grandes vérités de la foi, comme la Sainte Trinité (dans le chœur) ou l’Eucharistie
- des vitraux bibliques, par exemple l’adoration des mages
- des vitraux historiques, par exemple l’évocation de saint Nicolas de Flue qui fit entrer Fribourg dans la Confédération suisse en 1481, ou la victoire de la bataille de Morat en 1476, ainsi que les principaux évènements qui ont jalonné l’histoire de l’Eglise et de l’Etat à Fribourg (dans le choeur).
Le peintre français Alfred Manessier a complété la décoration de la cathédrale entre 1976 et 1988 en réalisant les vitraux des fenêtres hautes de la nef, ainsi que les 2 vitraux de la chapelle du Saint-Sépulcre (le mystère de la mort et de la résurrection du Christ), et la superbe rosace de la tour sur le thème du Cantique de Marie (Magnificat).
2. La deuxième bande dessinée est constituée par les monuments de pierre.
Il faut admirer les fonts baptismaux (1499) et la chaire (1515), ainsi que la scène de la crucifixion au dessus de l’entrée du chœur (1430).
Les plus belles sculptures se trouvent dans la chapelle du Saint-Sépulcre (1433). Elles représentent, en 13 personnages, la mise au tombeau du Christ.
Enfin il ne faut pas manquer de contempler le portail d’entrée. Il illustre la scène du jugement dernier du Christ qui, du haut du ciel, distribue les hommes de toutes conditions sociales, tantôt vers la porte du Paradis, tantôt vers l’enfer où les attendent d’horribles diables.
Dans les voussures, la communauté innombrable des saints et saintes prient pour nous. Et les apôtres, dans les parois, nous rappellent que nous formons l’Eglise apostolique à partir du mystère de l’Annonciation à Marie par l’ange Gabriel.
Saint Nicolas, au centre, continue de veiller sur sa bonne ville.
3. La bande dessinée des tableaux ponctue les parois de la grande nef, avec les apôtres assis et les prophètes debout, pour montrer la correspondance entre l’Ancien et le Nouveau Testament (vers 1650). On peut aussi admirer les tableaux des autels baroques (17ème siècle).
4. La bande dessinée en bois se trouve dans le chœur. A travers la grande grille (1465), on peut apercevoir les 50 stalles des chanoines. De style savoisien, elles ont été sculptées entre 1462 et 1464. Après la description de la scène de la création et du péché originel (sur la droite), on retrouve le rythme de l’alternance des apôtres et prophètes, tous différents, chacun portant une inscription de son message biblique ou théologique.
Il ne faut pas quitter la cathédrale sans remarquer la splendeur du grand orgue romantique (1834).
Claude Ducarroz, prévôt
Pour plus d’informations : www.chapitre-stnicolas.ch
« Chef d’œuvre du gothique européen »
Petite histoire
Fribourg a été fondé en 1157 par le duc Bertold IV de Zaehringen. Aussitôt une première église a été érigée, en style roman, déjà dédiée à saint Nicolas, évêque de Myre autour de l’an 300 (Turquie actuelle).
En 1283, les travaux ont démarré pour ériger un sanctuaire plus vaste, en style gothique. Cette église a été terminée en 1490. La tour mesure 80 m. de hauteur, accessible par 365 marches, et compte 13 cloches.
Notons que le chœur a été achevé seulement en 1630 et orné de 32 écussons de familles et corporations locales.
De sa fondation à 1512, cette église était l’église paroissiale de la ville de Fribourg. En 1512, par un décret du pape Jules II, elle est devenue une collégiale confiée à un collège de chanoines. Enfin, depuis 1924, elle est une cathédrale, autrement dit l’église de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.
Comme des bandes dessinées…
Pour apprécier ses merveilles de l’intérieur, on peut visiter la cathédrale comme on parcourt 4 bandes dessinées.
1. Ce qui frappe –et souvent éblouit-, ce sont d’abord les vitraux.
Les plus anciens, au dessus des portes latérales, sont de 1530.
Les grandes verrières, œuvre du peintre polonais Josef Mehoffer, ont été réalisées entre 1896 et 1936. Elles couvrent 240 mètres carrés et se distribuent en 4 thèmes principaux :
- des vitraux hagiographiques qui évoquent des figures de saints et saintes
- des vitraux dogmatiques qui illustrent des grandes vérités de la foi, comme la Sainte Trinité (dans le chœur) ou l’Eucharistie
- des vitraux bibliques, par exemple l’adoration des mages
- des vitraux historiques, par exemple l’évocation de saint Nicolas de Flue qui fit entrer Fribourg dans la Confédération suisse en 1481, ou la victoire de la bataille de Morat en 1476, ainsi que les principaux évènements qui ont jalonné l’histoire de l’Eglise et de l’Etat à Fribourg (dans le choeur).
Le peintre français Alfred Manessier a complété la décoration de la cathédrale entre 1976 et 1988 en réalisant les vitraux des fenêtres hautes de la nef, ainsi que les 2 vitraux de la chapelle du Saint-Sépulcre (le mystère de la mort et de la résurrection du Christ), et la superbe rosace de la tour sur le thème du Cantique de Marie (Magnificat).
2. La deuxième bande dessinée est constituée par les monuments de pierre.
Il faut admirer les fonts baptismaux (1499) et la chaire (1515), ainsi que la scène de la crucifixion au dessus de l’entrée du chœur (1430).
Les plus belles sculptures se trouvent dans la chapelle du Saint-Sépulcre (1433). Elles représentent, en 13 personnages, la mise au tombeau du Christ.
Enfin il ne faut pas manquer de contempler le portail d’entrée. Il illustre la scène du jugement dernier du Christ qui, du haut du ciel, distribue les hommes de toutes conditions sociales, tantôt vers la porte du Paradis, tantôt vers l’enfer où les attendent d’horribles diables.
Dans les voussures, la communauté innombrable des saints et saintes prient pour nous. Et les apôtres, dans les parois, nous rappellent que nous formons l’Eglise apostolique à partir du mystère de l’Annonciation à Marie par l’ange Gabriel.
Saint Nicolas, au centre, continue de veiller sur sa bonne ville.
3. La bande dessinée des tableaux ponctue les parois de la grande nef, avec les apôtres assis et les prophètes debout, pour montrer la correspondance entre l’Ancien et le Nouveau Testament (vers 1650). On peut aussi admirer les tableaux des autels baroques (17ème siècle).
4. La bande dessinée en bois se trouve dans le chœur. A travers la grande grille (1465), on peut apercevoir les 50 stalles des chanoines. De style savoisien, elles ont été sculptées entre 1462 et 1464. Après la description de la scène de la création et du péché originel (sur la droite), on retrouve le rythme de l’alternance des apôtres et prophètes, tous différents, chacun portant une inscription de son message biblique ou théologique.
Il ne faut pas quitter la cathédrale sans remarquer la splendeur du grand orgue romantique (1834).
Claude Ducarroz, prévôt
Pour plus d’informations : www.chapitre-stnicolas.ch
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