Homélie du 3ème dimanche de l’Avent
11 décembre 2011
Tiens, le revoilà. Revoilà Jean-Baptiste. Il était entré dans la liturgie de dimanche dernier par la porte de Marc. Le voilà qui revient par la porte de Jean, l’incontournable Jean-Baptiste.
C’est qu’il n’est pas n’importe qui, ce prédicateur vêtu de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins et son menu quotidien de sauterelles et de miel sauvage.
Pas n’importe qui, selon ce que Jésus lui-même a dit de lui : « Plus qu’un prophète » (Lc 7,26), le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme (Cf. Mt 11,11), « l’ami de l’époux » (Jn 3,29). Un grand monsieur de l’Evangile puisqu’il fut « envoyé par Dieu pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui » (Jn 1,6-7).
Et pourtant aujourd’hui, à l’écouter lui-même en personne, il ne veut surtout pas qu’on le prenne pour un autre. Il est d’abord l’homme des « non ». Ni le Messie, ni Elie, ni le grand prophète. S’il vous plaît : pas de malentendu à son sujet !
Une petite phrase explique à la fois cette touchante humilité et son immense autorité : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Jean-Baptiste, c’est l’homme qui n’existe que par et pour un autre qui est plus grand que lui. Il se fait tout petit devant lui puisqu’il « n’est même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Mais il est pourtant utile et même nécessaire parce qu’il doit aplanir les chemins devant lui et rendre témoignage à la Lumière venue chez les siens.
Tel est le rôle de ce précurseur : ouvrir la route qui mène au Christ, le désigner aux yeux de celles et ceux qui attendaient le Messie et s’effacer devant lui. Car il faut, pour que Jésus grandisse, que son précurseur diminue, jusqu’à conduire ses disciples au seul vrai maître, jusqu’au martyre même. C’est bel et bien ce qu’a fait Jean-Baptiste, le grand témoin de Jésus le Christ.
Comment ne pas reconnaître dans cette figure exceptionnelle, mise en évidence durant ce temps de l’Avent, la mission de l’Eglise, aujourd’hui encore ? On cherche des Jean-Baptiste pour notre temps, et pourquoi ne serait-ce pas toi, moi, nous ?
Après deux mille ans d’évangélisation et de témoignage, Jésus n’est-il pas encore, et même de plus en plus chez nous, ce quelqu’un qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas, le plus souvent parce que nous l’avons oublié ?
Il se tient là, certes, avec sa parole en écho par l’Eglise dans le brouhaha du monde. Il est bien au milieu de nous avec les signes de sa présence grâce aux sacrements. Discret jusqu’au silence, il palpite pourtant au cœur de celles et ceux qui, à commencer par les pauvres et les malheureux, attendent un geste de solidarité pour se sentir et se savoir aimés par l’Amour majuscule. Depuis le matin de Pâques et grâce à l’Esprit de Pentecôte, le Seigneur Jésus marche sur les sentiers de notre humanité comme un divin passant qui frappe délicatement aux portes de nos consciences et de nos cœurs, en espérance d’invitation et d’ouverture pour partager son repas de fête avec nous, chez nous.
Jésus ne manque jamais. Mais peut-être les Jean-Baptiste manquent-ils aujourd’hui. Il est temps que l’Eglise -je veux dire tous les chrétiens, et donc chacun de nous- retrouve le dynamisme de Jean-Baptiste qui accomplit sa mission en toute humilité certes, mais aussi avec un engagement total, jusqu’au don de sa vie pour Jésus, lui le chemin, la vérité et la vie.
Noël approche. Malgré la crise, qui devrait pourtant nous faire réfléchir et nous ramener à des valeurs plus humaines, nous voyons que s’étale le matérialisme d’une société obsédée par le profit et les plaisirs égoïstes, tandis qu’ailleurs, dans le village mondial d’à côté, des hommes, des femmes, des enfants crèvent de misère jusqu’à mourir de faim, de solitude, de désespoir.
Que dirait Jean-Baptiste dans ce contexte ? Où sont les Jean-Baptiste d’aujourd’hui ? C’est à l’Eglise, aux Eglises, de relever le défi. C’est à nous, les envoyés de Dieu par le baptême dans l’Esprit, de devenir ou redevenir témoins de celui qui se tient anonyme au milieu de nous, le Sauveur du monde.
* Il est la Parole. Il a besoin de porte-parole qui proclament son Evangile comme une bonne nouvelle de libération.
* Il est le Pain et le Vin à partager dans la foi. Il attend de nous que nous soyons certes des célébrants de l’eucharistie, mais d’abord des invitants chaleureux à la table où il se donne encore pour la multitude.
* Il est l’ami des pauvres, des petits, des pécheurs. Il compte sur nous pour démontrer à nos contemporains que la joie consiste en la simplicité de vie, en la satisfaction d’être solidaires et miséricordieux, dans le bonheur d’être ensemble, notamment à Noël, plutôt que dans l’illusion d’avoir beaucoup, et si possible plus que les autres.
Jean-Baptiste : le précurseur du Messie Jésus, mais aussi le précurseur de l’Eglise, l’indicateur de sa mission, l’incitateur à mettre en pratique l’Evangile, le prophète du renouveau de nos communautés chrétiennes.
Tout cela s’est passé à Béthanie de Transjordanie, là où Jean baptisait.
Tout cela peut se passer aujourd’hui, là où nous vivons, en Eglise d’Avent, parce que nous sommes les Jean-Baptiste de notre temps.
Claude Ducarroz
samedi 10 décembre 2011
mercredi 7 décembre 2011
Homélie de l'Immaculée Conception
Fête de l’Immaculée Conception
8 décembre 2011
Kékaritoménè… et tout est dit.
Kékaritoménè, c’est le mot grec utilisé dans l’évangile de Luc pour exprimer la salutation de l’ange Gabriel à Marie le jour de l’Annonciation.
Comment traduire ce mot en notre langue française ?
Certains utilisent une phrase entière, par exemple « toi qui as la faveur de Dieu », dans la traduction œcuménique de la Bible.
Plus simplement dans la liturgie, on emploie l’expression « comblée de grâces » ou encore « pleine de grâces », comme dans la récitation traditionnelle du Rosaire.
Qu’est-ce à dire ?
La théologie latine, puis l’Eglise catholique ont traduit cela par le dogme de l’Immaculée Conception, la fête de ce jour, tandis qu’en Orient on préfère nommer Marie la panagia, la toute sainte, ce qui revient pratiquement au même.
La mère de Jésus est resplendissante de sainteté, de beauté, de grâce, justement parce qu’elle est la mère du Christ, le fils de Dieu fait homme.
Et laissons aux théologiens subtils le soin de fouiner dans les détails pour exprimer finalement une vérité très simple. Marie est la femme parfaite, la nouvelle Eve, celle que Dieu a préparée depuis toujours pour devenir la digne mère du Sauveur du monde. Et la première sauvée, c’est justement elle.
Alors que faut-il retenir pour nous du mystère de Marie qui, par certains côtés, est évidemment unique et exceptionnel. Jésus n’a eu qu’une seule mère, et c’est Marie de Nazareth. Encore que…
Dans les trois évangiles synoptiques, on raconte comment Marie et la famille proche de Jésus sont venues le rejoindre pour le voir et lui parler. Et Jésus répondit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » (Cf. Lc 8,21). Et il promena son regard sur ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, à savoir ses disciples.
Quelque part, certes imparfaitement, nous sommes donc impliqués dans le mystère de l’Immaculée Conception, surtout si l’on utilise comme fil conducteur de notre réflexion l’évangile de l’Annonciation retenu pour la liturgie de cette fête.
Qu’est-ce à dire ?
D’abord que tout est grâce. En nous, pour nous, tout est d’abord cadeau de Dieu, sans aucun mérite préalable, sans même un désir de notre part. En effet, c’est par pure grâce de Dieu que nous recevons de lui, comme le rappelle Saint Paul, « la vie, le mouvement et l’être. » (Ac 17,28).
C’est ainsi que, en nous aussi, Dieu prépare par une grâce originelle, créatrice, gratuite l’offre de toutes les autres grâces au cours de notre vie. De quoi rendre grâces, par exemple en reprenant le cantique de Marie : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles. Saint est son Nom. » (Lc 1,49).
Et puis les grâces de Dieu –la première et toutes les autres ensuite- ne nous contraignent pas, ne nous forcent jamais, car elles sont une preuve de son amour et non pas une démonstration de sa puissance, ou alors c’est la puissance de son amour.
On le voit chez Marie. La « toute sainte » est infiniment respectée. L’ange lui fait une proposition. Elle a le droit d’être troublée, de poser des questions. Elle peut s’engager librement.
Celles et ceux qui écoutent et accueillent Dieu dans leur vie grandissent en liberté. A l’ombre de l’Esprit, ils abandonnent toute peur –« Sois sans crainte, Marie »- car ils se savent et se sentent invités au oui par l’Amour majuscule.
Celles et ceux qui ont « trouvé grâce auprès de Dieu » peuvent alors s’engager avec joie, comme des servantes et des serviteurs qui font confiance à la parole libératrice.
Leur vie, certes, n’est pas un long fleuve tranquille. Marie en est la vivante démonstration. Mais le bonheur est au bout du voyage. L’Immaculée Conception conduit à l’Assomption dans la gloire. « Toutes les générations me diront bienheureuse », prophétisa Marie.
Notre nouvel évêque nous a révélé qu’il souhaitait nous aider à trouver ou retrouver la joie d’être croyants.
Voilà une expérience mariale, corroborée par le témoignage d’innombrables autres saints.
« Heureuse toi qui as cru », dit Elisabeth à Marie. Et Jésus d’ajouter lui-même, en présence de Marie et en pensant à nous : Oui, « heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ».
Elle… et nous !
Claude Ducarroz
8 décembre 2011
Kékaritoménè… et tout est dit.
Kékaritoménè, c’est le mot grec utilisé dans l’évangile de Luc pour exprimer la salutation de l’ange Gabriel à Marie le jour de l’Annonciation.
Comment traduire ce mot en notre langue française ?
Certains utilisent une phrase entière, par exemple « toi qui as la faveur de Dieu », dans la traduction œcuménique de la Bible.
Plus simplement dans la liturgie, on emploie l’expression « comblée de grâces » ou encore « pleine de grâces », comme dans la récitation traditionnelle du Rosaire.
Qu’est-ce à dire ?
La théologie latine, puis l’Eglise catholique ont traduit cela par le dogme de l’Immaculée Conception, la fête de ce jour, tandis qu’en Orient on préfère nommer Marie la panagia, la toute sainte, ce qui revient pratiquement au même.
La mère de Jésus est resplendissante de sainteté, de beauté, de grâce, justement parce qu’elle est la mère du Christ, le fils de Dieu fait homme.
Et laissons aux théologiens subtils le soin de fouiner dans les détails pour exprimer finalement une vérité très simple. Marie est la femme parfaite, la nouvelle Eve, celle que Dieu a préparée depuis toujours pour devenir la digne mère du Sauveur du monde. Et la première sauvée, c’est justement elle.
Alors que faut-il retenir pour nous du mystère de Marie qui, par certains côtés, est évidemment unique et exceptionnel. Jésus n’a eu qu’une seule mère, et c’est Marie de Nazareth. Encore que…
Dans les trois évangiles synoptiques, on raconte comment Marie et la famille proche de Jésus sont venues le rejoindre pour le voir et lui parler. Et Jésus répondit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » (Cf. Lc 8,21). Et il promena son regard sur ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, à savoir ses disciples.
Quelque part, certes imparfaitement, nous sommes donc impliqués dans le mystère de l’Immaculée Conception, surtout si l’on utilise comme fil conducteur de notre réflexion l’évangile de l’Annonciation retenu pour la liturgie de cette fête.
Qu’est-ce à dire ?
D’abord que tout est grâce. En nous, pour nous, tout est d’abord cadeau de Dieu, sans aucun mérite préalable, sans même un désir de notre part. En effet, c’est par pure grâce de Dieu que nous recevons de lui, comme le rappelle Saint Paul, « la vie, le mouvement et l’être. » (Ac 17,28).
C’est ainsi que, en nous aussi, Dieu prépare par une grâce originelle, créatrice, gratuite l’offre de toutes les autres grâces au cours de notre vie. De quoi rendre grâces, par exemple en reprenant le cantique de Marie : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles. Saint est son Nom. » (Lc 1,49).
Et puis les grâces de Dieu –la première et toutes les autres ensuite- ne nous contraignent pas, ne nous forcent jamais, car elles sont une preuve de son amour et non pas une démonstration de sa puissance, ou alors c’est la puissance de son amour.
On le voit chez Marie. La « toute sainte » est infiniment respectée. L’ange lui fait une proposition. Elle a le droit d’être troublée, de poser des questions. Elle peut s’engager librement.
Celles et ceux qui écoutent et accueillent Dieu dans leur vie grandissent en liberté. A l’ombre de l’Esprit, ils abandonnent toute peur –« Sois sans crainte, Marie »- car ils se savent et se sentent invités au oui par l’Amour majuscule.
Celles et ceux qui ont « trouvé grâce auprès de Dieu » peuvent alors s’engager avec joie, comme des servantes et des serviteurs qui font confiance à la parole libératrice.
Leur vie, certes, n’est pas un long fleuve tranquille. Marie en est la vivante démonstration. Mais le bonheur est au bout du voyage. L’Immaculée Conception conduit à l’Assomption dans la gloire. « Toutes les générations me diront bienheureuse », prophétisa Marie.
Notre nouvel évêque nous a révélé qu’il souhaitait nous aider à trouver ou retrouver la joie d’être croyants.
Voilà une expérience mariale, corroborée par le témoignage d’innombrables autres saints.
« Heureuse toi qui as cru », dit Elisabeth à Marie. Et Jésus d’ajouter lui-même, en présence de Marie et en pensant à nous : Oui, « heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ».
Elle… et nous !
Claude Ducarroz
mardi 6 décembre 2011
HOMéLIE DE LA SAINT-NICOLAS
Fête de saint Nicolas
6 décembre 2011
Saint Nicolas !
Il y a un nom, comme ça, qui sent les biscômes -avec ou sans son effigie-, un nom qui allume des étoiles dans les yeux des enfants de tout âge.
Il y a un nom qui suscite de longues processions ferventes dans les fumées parfumées de l’encens, avec d’émouvantes vénérations de reliques, comme j’ai pu le vivre à Minsk en Biélorussie.
Il y a un nom qui multiplie des icônes scintillantes destinées à la vénération des fidèles dans tout l’Orient chrétien.
Il y a un nom qui rassemble encore des foules, dès 5 heures du matin, sur terre et sur mer, comme je l’ai vu à Bari.
Sans compter la foule de Fribourg, une ville à lui dédiée depuis sa fondation en 1157, avec une église chère à notre cœur, augmentée du titre de collégiale dès 1512 –il y a 500 ans- et même de cathédrale depuis 1924, une cathédrale en robe de fête dans l’attente de son nouveau pasteur.
Dans la brume poétique, entre l’histoire et la légende, saint Nicolas est comme l’aimable quintessence du bon pasteur.
Il est évêque, c’est la moindre des choses quand on est si glorieux, avec tiare orientale ou mitre occidentale, c’est selon. C’est sûr, nous disent les historiens, il a participé au premier concile œcuménique, celui de Nicée en 325. Les bons évêques savent allier l’autorité personnelle avec l’esprit et la pratique collégiales.
Et puis cet homme, ce chrétien, ce pasteur a fait tellement de bien que la hotte de ses exploits évangéliques déborde de récits, tous plus touchants les uns que les autres. Oui, des prouesses qui nous impressionnent encore, justement parce qu’elles sont peut-être encore d’actualité, pour la blessure de notre conscience et pour l’incitation à l’action, aujourd’hui comme hier.
* Sauver des enfants qu’on massacre dans leur corps ou dans leur cœur, les toucher et les embrasser comme Jésus, en les respectant infiniment.
* libérer des prostituées, ces exploitées de toutes les ténébreuses et inavouables passions, dans des commerces, hélas ! encore florissants.
* multiplier la nourriture pour secourir des affamés à l’heure où la crise des riches –encore bien nourris, rassurez-vous- provoque de nouvelles misères, chez nous et surtout ailleurs, dans les pays de la faim endémique,
* guider des marins dans la tempête -pas chez nous évidemment, car on ne peut se payer à la fois l’aviation et la marine-, mais peut-être dans la tête et dans le cœur de celles et ceux –nos nouvelles autorités par exemple- qui doivent conduire la barque de notre société dans les méandres des choix difficiles, parmi les écueils des intérêts contradictoires, là où la raison du plus fort risque tellement de devenir la meilleure.
A tous ces virages dangereux, sur la route de l’Eglise comme dans l’arène de la société, nous retrouvons le brave saint Nicolas, nimbé d’histoires peut-être incertaines ou exagérées, mais tellement proche de ce que nous vivons en couleurs humaines, en profondeur chrétienne, en pesanteur ecclésiale.
Et voilà que nos biscômes ont perdu son effigie, une fois de plus pour des raisons économiques ! « Plus personne ne veut nous livrer des étiquettes de saint Nicolas », se lamente un célèbre pâtissier et paroissien d’ici. A quoi pense cette porte-parole de la Migros quand elle déclare sans se gêner : « Le biscôme est un produit vendu jusqu’à Noël. On ne peut pas avoir à la fois saint Nicolas et le Père Noël ». ? Et nous alors ? Et Fribourg ?
Après avoir protesté comme il se doit, nous allons réagir à notre manière, la chrétienne.
Avec ou sans image de notre cher patron, nous voulons le rejoindre en ce qu’il a de meilleur, en ce qu’il est, à savoir un témoin de l’évangile en son temps pour que nous soyons des témoins du même évangile en notre temps.
* En urgence, si je puis dire, nous allons prier pour notre évêque en attendant de l’accueillir dans sa cathédrale saint Nicolas, avec joie et espérance.
* Nous allons fêter les 500 ans du chapitre cathédral, sans complexe ni d’infériorité ni de supériorité, parce que ce chapitre - propriétaire et gardien de la précieuse relique de saint Nicolas depuis le 9 mai 1506- a démontré durant ces 5 siècles qu’il savait assumer ses tâches, dans les limites des humanités canoniales, au service de cette ville, de ce canton, de cette paroisse, de ce diocèse. Les commémorations programmées vont nous le rappeler, non pas pour faire dans la nostalgie, mais pour rebondir, modestement mais aussi courageusement, dans l’avenir ecclésial qui nous guette autant qu’il nous défie.
Nous allons continuer à faire Eglise dans cette ville bien-aimée dont les paroisses et communautés catholiques sont toutes les enfants ou les petits-enfants de cette collégiale et cathédrale.
Un tel fait d’histoire ne peut que nous inciter à cultiver et même à développer « l’esprit de famille », par des collaborations et des échanges accrus. Pas seulement pour répondre aux dures nécessités de l’heure, mais surtout pour manifester, au service de notre population, ce que veut dire, même dans des styles variés : « Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières…. C’est pourquoi ils avaient la faveur de tout le peuple et le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés. »
Ce soir, dans ce rassemblement liturgique mais aussi sympathique jusqu’à la cordialité, le Seigneur lui-même se tient à notre porte et il frappe. Il nous propose d’écouter sa voix et d’ouvrir la porte, en communauté élargie. Il veut entrer pour souper avec nous, maintenant, dans cette eucharistie de fête. Car il veut être, aujourd’hui comme au temps de Nicolas de Myre, lui près de nous et nous près de lui, lui le Crucifié ressuscité.
C’est ça la communion, celle qui coule de l’eucharistie et qui irrigue notre pastorale dans la collaboration de tous, évêques, prêtres, religieux et religieuses et plus que jamais laïcs hommes et femmes. Une communion qui doit aussi arroser de valeurs évangéliques les vastes champs de notre société, surtout en ces temps de crise… et d’élections !
Saint Nicolas, aide-nous à entendre ce que l’Esprit dit aujourd’hui à notre Eglise, à nos Eglises ! A nous !
Claude Ducarroz
6 décembre 2011
Saint Nicolas !
Il y a un nom, comme ça, qui sent les biscômes -avec ou sans son effigie-, un nom qui allume des étoiles dans les yeux des enfants de tout âge.
Il y a un nom qui suscite de longues processions ferventes dans les fumées parfumées de l’encens, avec d’émouvantes vénérations de reliques, comme j’ai pu le vivre à Minsk en Biélorussie.
Il y a un nom qui multiplie des icônes scintillantes destinées à la vénération des fidèles dans tout l’Orient chrétien.
Il y a un nom qui rassemble encore des foules, dès 5 heures du matin, sur terre et sur mer, comme je l’ai vu à Bari.
Sans compter la foule de Fribourg, une ville à lui dédiée depuis sa fondation en 1157, avec une église chère à notre cœur, augmentée du titre de collégiale dès 1512 –il y a 500 ans- et même de cathédrale depuis 1924, une cathédrale en robe de fête dans l’attente de son nouveau pasteur.
Dans la brume poétique, entre l’histoire et la légende, saint Nicolas est comme l’aimable quintessence du bon pasteur.
Il est évêque, c’est la moindre des choses quand on est si glorieux, avec tiare orientale ou mitre occidentale, c’est selon. C’est sûr, nous disent les historiens, il a participé au premier concile œcuménique, celui de Nicée en 325. Les bons évêques savent allier l’autorité personnelle avec l’esprit et la pratique collégiales.
Et puis cet homme, ce chrétien, ce pasteur a fait tellement de bien que la hotte de ses exploits évangéliques déborde de récits, tous plus touchants les uns que les autres. Oui, des prouesses qui nous impressionnent encore, justement parce qu’elles sont peut-être encore d’actualité, pour la blessure de notre conscience et pour l’incitation à l’action, aujourd’hui comme hier.
* Sauver des enfants qu’on massacre dans leur corps ou dans leur cœur, les toucher et les embrasser comme Jésus, en les respectant infiniment.
* libérer des prostituées, ces exploitées de toutes les ténébreuses et inavouables passions, dans des commerces, hélas ! encore florissants.
* multiplier la nourriture pour secourir des affamés à l’heure où la crise des riches –encore bien nourris, rassurez-vous- provoque de nouvelles misères, chez nous et surtout ailleurs, dans les pays de la faim endémique,
* guider des marins dans la tempête -pas chez nous évidemment, car on ne peut se payer à la fois l’aviation et la marine-, mais peut-être dans la tête et dans le cœur de celles et ceux –nos nouvelles autorités par exemple- qui doivent conduire la barque de notre société dans les méandres des choix difficiles, parmi les écueils des intérêts contradictoires, là où la raison du plus fort risque tellement de devenir la meilleure.
A tous ces virages dangereux, sur la route de l’Eglise comme dans l’arène de la société, nous retrouvons le brave saint Nicolas, nimbé d’histoires peut-être incertaines ou exagérées, mais tellement proche de ce que nous vivons en couleurs humaines, en profondeur chrétienne, en pesanteur ecclésiale.
Et voilà que nos biscômes ont perdu son effigie, une fois de plus pour des raisons économiques ! « Plus personne ne veut nous livrer des étiquettes de saint Nicolas », se lamente un célèbre pâtissier et paroissien d’ici. A quoi pense cette porte-parole de la Migros quand elle déclare sans se gêner : « Le biscôme est un produit vendu jusqu’à Noël. On ne peut pas avoir à la fois saint Nicolas et le Père Noël ». ? Et nous alors ? Et Fribourg ?
Après avoir protesté comme il se doit, nous allons réagir à notre manière, la chrétienne.
Avec ou sans image de notre cher patron, nous voulons le rejoindre en ce qu’il a de meilleur, en ce qu’il est, à savoir un témoin de l’évangile en son temps pour que nous soyons des témoins du même évangile en notre temps.
* En urgence, si je puis dire, nous allons prier pour notre évêque en attendant de l’accueillir dans sa cathédrale saint Nicolas, avec joie et espérance.
* Nous allons fêter les 500 ans du chapitre cathédral, sans complexe ni d’infériorité ni de supériorité, parce que ce chapitre - propriétaire et gardien de la précieuse relique de saint Nicolas depuis le 9 mai 1506- a démontré durant ces 5 siècles qu’il savait assumer ses tâches, dans les limites des humanités canoniales, au service de cette ville, de ce canton, de cette paroisse, de ce diocèse. Les commémorations programmées vont nous le rappeler, non pas pour faire dans la nostalgie, mais pour rebondir, modestement mais aussi courageusement, dans l’avenir ecclésial qui nous guette autant qu’il nous défie.
Nous allons continuer à faire Eglise dans cette ville bien-aimée dont les paroisses et communautés catholiques sont toutes les enfants ou les petits-enfants de cette collégiale et cathédrale.
Un tel fait d’histoire ne peut que nous inciter à cultiver et même à développer « l’esprit de famille », par des collaborations et des échanges accrus. Pas seulement pour répondre aux dures nécessités de l’heure, mais surtout pour manifester, au service de notre population, ce que veut dire, même dans des styles variés : « Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières…. C’est pourquoi ils avaient la faveur de tout le peuple et le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés. »
Ce soir, dans ce rassemblement liturgique mais aussi sympathique jusqu’à la cordialité, le Seigneur lui-même se tient à notre porte et il frappe. Il nous propose d’écouter sa voix et d’ouvrir la porte, en communauté élargie. Il veut entrer pour souper avec nous, maintenant, dans cette eucharistie de fête. Car il veut être, aujourd’hui comme au temps de Nicolas de Myre, lui près de nous et nous près de lui, lui le Crucifié ressuscité.
C’est ça la communion, celle qui coule de l’eucharistie et qui irrigue notre pastorale dans la collaboration de tous, évêques, prêtres, religieux et religieuses et plus que jamais laïcs hommes et femmes. Une communion qui doit aussi arroser de valeurs évangéliques les vastes champs de notre société, surtout en ces temps de crise… et d’élections !
Saint Nicolas, aide-nous à entendre ce que l’Esprit dit aujourd’hui à notre Eglise, à nos Eglises ! A nous !
Claude Ducarroz
dimanche 4 décembre 2011
Homélie du deuxième dimanche de l'Avent
Homélie du 2ème dimanche de l’Avent
4 décembre 2011
Un petit conseil gratuit pour votre mode d’hiver : une robe en poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. Et voici pour le menu de fête : un plat de sauterelles et du miel sauvage. Bon appétit !
La recette n’est pas de moi, mais de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche.
Après avoir annoncé en une courte phrase « la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu », l’évangéliste Marc pointe aussitôt sur Jean le Baptiste, le précurseur du Seigneur.
C’est pourtant cette première phrase, très brève, qu’il nous faut d’abord méditer. Pour Marc, c’est un commencement, comme au livre de la Genèse, un commencement qui conditionne tout le reste. Il y a vraiment du nouveau, du neuf, de l’originel. Et c’est une bonne nouvelle, de quoi réjouir le cœur, dilater l’esprit et même apaiser le corps. Car ce n’est pas une belle idée, même pas une déclaration d’amour. C’est quelqu’un, de chair, de cœur et d’esprit : Jésus de Nazareth, le Christ, donc le Messie et en même temps le Fils de Dieu.
Durant ce temps d’Avent, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas déjà qui est au cœur cette Bonne Nouvelle.
Certes, il nous est proposé de re-parcourir l’itinéraire du peuple hébreu en espérance du Messie puisque Marc mélange aussitôt des citations de l’Exode et des prophètes Malachie et Isaïe. Certes, il nous faut nous laisser entraîner par Jean-Baptiste depuis le désert jusqu’au bord du Jourdain et entrer dans la dynamique exigeante d’une véritable conversion, en reconnaissant nos péchés.
Certes la simplicité de vie, la pauvreté des moyens et la frugalité des plaisirs entrent dans cette phase de préparation intérieure, tout le contraire de ce que nous proposent les pubs matérialistes qui nous envahissent et nous suffoquent.
Mais si l’Avent est en effet le temps d’une espérance, nous savons déjà en qui nous avons mis notre espérance. Celui que nous attendons est déjà venu, nous n’ignorons pas entièrement celui qui vient. Jean-Baptiste, qui attendait le Messie en même temps qu’il voyait le Christ venir à lui pour le baptême, pouvait déjà s’écrier : « Voici venir derrière moi celui qui est plus grand que moi. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint ».
Telle est la spiritualité un brin paradoxale de ce temps de l’Avent : nous ne pouvons pas faire semblant d’attendre un inconnu, un anonyme, un absent. Baptisés dans l’eau et l’Esprit, nous sommes à la fois des enfants de Noël et des fils et filles de Pâque. Nous nous souvenons de sa venue, dans le sein d’une humble servante et dans la misère de la crèche. Mais nous vivons actuellement de cet Esprit qu’il nous a donné en abondance dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, en attendant son retour dans la gloire.
Alors quel devrait être notre « état d’Esprit » durant ces semaines d’Avent ?
* La conversion, sur laquelle insiste tellement Jean-Baptiste, car nous n’en finirons jamais de nous préparer à recevoir en nous, toujours plus profondément, toujours plus intimement, celui qui est déjà venu et qui vient encore, à travers ses visites intérieures, lui qui frappe sans cesse à la porte de notre cœur, attendant patiemment que nous l’invitions librement à entrer pour partager le repas de fête avec nous.
* La conversion personnelle, certes, mais aussi l’évangélisation. Car si Jean-Baptiste eut un rôle important à jouer auprès du peuple en attente, alors que Jésus était pourtant déjà au milieu des siens, c’est que Jésus comptait sur lui pour « préparer à travers le désert le chemin du Seigneur, tracer dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. » Les Jean-Baptiste d’aujourd’hui, c’est nous, qui que nous soyons. Indignes de nous courber pour défaire la courroie des sandales de Jésus ? Jean-Baptiste le premier en avait conscience. Mais ça ne l’a pas empêché d’annoncer la Bonne Nouvelle du Messie et même de baptiser, y compris Jésus lui-même. Il savait qu’il avait à diminuer pour que Jésus grandisse, mais il n’a pas dé-missionné de sa mission : être le porte-voix du Seigneur Jésus, y compris en conduisant ses propres disciples vers lui. Exactement ce que sont appelés à faire les chrétiens dans ce monde où tant d’êtres humains ne connaissent pas encore leur Seigneur… ou l’ont déjà oublié.
*Enfin, l’apôtre Pierre nous rappelle que le chrétien est toujours en attente d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où résidera la justice. Nous savons que nous ne pouvons pas les réaliser pleinement ici-bas, même avec les meilleurs hommes et femmes politiques, même avec les meilleurs évêques ! N’empêche que nous pouvons et nous devons les préparer en rendant notre histoire humaine justement un peu plus humaine. Tous les engagements sociaux, politiques, économiques, culturels, écologiques qui vont dans le sens d’une plus grande fraternité sur cette terre déjà ont quelque chose à voir et à faire avec notre rôle de Jean-Baptiste et avec l’attente du monde nouveau dans le Royaume de Dieu.
L’Avent n’est pas le paradis des boutiques, mais le tremplin du Royaume de Dieu.
Claude Ducarroz
4 décembre 2011
Un petit conseil gratuit pour votre mode d’hiver : une robe en poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. Et voici pour le menu de fête : un plat de sauterelles et du miel sauvage. Bon appétit !
La recette n’est pas de moi, mais de Jean-Baptiste dans l’évangile de ce dimanche.
Après avoir annoncé en une courte phrase « la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu », l’évangéliste Marc pointe aussitôt sur Jean le Baptiste, le précurseur du Seigneur.
C’est pourtant cette première phrase, très brève, qu’il nous faut d’abord méditer. Pour Marc, c’est un commencement, comme au livre de la Genèse, un commencement qui conditionne tout le reste. Il y a vraiment du nouveau, du neuf, de l’originel. Et c’est une bonne nouvelle, de quoi réjouir le cœur, dilater l’esprit et même apaiser le corps. Car ce n’est pas une belle idée, même pas une déclaration d’amour. C’est quelqu’un, de chair, de cœur et d’esprit : Jésus de Nazareth, le Christ, donc le Messie et en même temps le Fils de Dieu.
Durant ce temps d’Avent, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas déjà qui est au cœur cette Bonne Nouvelle.
Certes, il nous est proposé de re-parcourir l’itinéraire du peuple hébreu en espérance du Messie puisque Marc mélange aussitôt des citations de l’Exode et des prophètes Malachie et Isaïe. Certes, il nous faut nous laisser entraîner par Jean-Baptiste depuis le désert jusqu’au bord du Jourdain et entrer dans la dynamique exigeante d’une véritable conversion, en reconnaissant nos péchés.
Certes la simplicité de vie, la pauvreté des moyens et la frugalité des plaisirs entrent dans cette phase de préparation intérieure, tout le contraire de ce que nous proposent les pubs matérialistes qui nous envahissent et nous suffoquent.
Mais si l’Avent est en effet le temps d’une espérance, nous savons déjà en qui nous avons mis notre espérance. Celui que nous attendons est déjà venu, nous n’ignorons pas entièrement celui qui vient. Jean-Baptiste, qui attendait le Messie en même temps qu’il voyait le Christ venir à lui pour le baptême, pouvait déjà s’écrier : « Voici venir derrière moi celui qui est plus grand que moi. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint ».
Telle est la spiritualité un brin paradoxale de ce temps de l’Avent : nous ne pouvons pas faire semblant d’attendre un inconnu, un anonyme, un absent. Baptisés dans l’eau et l’Esprit, nous sommes à la fois des enfants de Noël et des fils et filles de Pâque. Nous nous souvenons de sa venue, dans le sein d’une humble servante et dans la misère de la crèche. Mais nous vivons actuellement de cet Esprit qu’il nous a donné en abondance dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, en attendant son retour dans la gloire.
Alors quel devrait être notre « état d’Esprit » durant ces semaines d’Avent ?
* La conversion, sur laquelle insiste tellement Jean-Baptiste, car nous n’en finirons jamais de nous préparer à recevoir en nous, toujours plus profondément, toujours plus intimement, celui qui est déjà venu et qui vient encore, à travers ses visites intérieures, lui qui frappe sans cesse à la porte de notre cœur, attendant patiemment que nous l’invitions librement à entrer pour partager le repas de fête avec nous.
* La conversion personnelle, certes, mais aussi l’évangélisation. Car si Jean-Baptiste eut un rôle important à jouer auprès du peuple en attente, alors que Jésus était pourtant déjà au milieu des siens, c’est que Jésus comptait sur lui pour « préparer à travers le désert le chemin du Seigneur, tracer dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. » Les Jean-Baptiste d’aujourd’hui, c’est nous, qui que nous soyons. Indignes de nous courber pour défaire la courroie des sandales de Jésus ? Jean-Baptiste le premier en avait conscience. Mais ça ne l’a pas empêché d’annoncer la Bonne Nouvelle du Messie et même de baptiser, y compris Jésus lui-même. Il savait qu’il avait à diminuer pour que Jésus grandisse, mais il n’a pas dé-missionné de sa mission : être le porte-voix du Seigneur Jésus, y compris en conduisant ses propres disciples vers lui. Exactement ce que sont appelés à faire les chrétiens dans ce monde où tant d’êtres humains ne connaissent pas encore leur Seigneur… ou l’ont déjà oublié.
*Enfin, l’apôtre Pierre nous rappelle que le chrétien est toujours en attente d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où résidera la justice. Nous savons que nous ne pouvons pas les réaliser pleinement ici-bas, même avec les meilleurs hommes et femmes politiques, même avec les meilleurs évêques ! N’empêche que nous pouvons et nous devons les préparer en rendant notre histoire humaine justement un peu plus humaine. Tous les engagements sociaux, politiques, économiques, culturels, écologiques qui vont dans le sens d’une plus grande fraternité sur cette terre déjà ont quelque chose à voir et à faire avec notre rôle de Jean-Baptiste et avec l’attente du monde nouveau dans le Royaume de Dieu.
L’Avent n’est pas le paradis des boutiques, mais le tremplin du Royaume de Dieu.
Claude Ducarroz
dimanche 27 novembre 2011
Radio romande - Homélie du 1er dimanche de l'Avent
Homélie du premier dimanche de l’Avent
27 novembre 2011
Vous connaissez. La petite lampe bleutée dans la chambre d’hôpital. On l’appelle « la veilleuse ». Elle éclaire assez pour chasser les angoissantes ténèbres de la nuit. Elle est aussi assez humble pour ne pas empêcher de dormir en paix.
Mais la veilleuse -la vraie-, c’est une personne, l’infirmière de la nuit, celle qu’on peut appeler à tout moment en cas de malaise ou de problème. Elle arrive, elle est là : ça va déjà mieux, n’est-ce pas ?
Dans l’évangile de ce premier dimanche de l’Avent, Jésus nous invite quatre fois à veiller. L’évangéliste Marc se place dans la perspective du retour du Seigneur, dont personne ne connaît ni le jour ni l’heure. Et les communautés chrétiennes auxquelles il s’adressait estimaient probablement que ce moment était proche, peut-être même imminent.
Une leçon demeure, quelle que soit la montre de notre histoire : le chrétien est un veilleur. Pas dans la panique anxieuse, mais dans la confiance sereine. Oui, parce qu’il sait d’abord que quelqu’un veille sur lui, jour et nuit, par amour.
Le grand veilleur, le premier, c’est Dieu lui-même. Et il veille sur nous, sur chacun de nous, fidèlement, amoureusement.
Il a veillé sur Israël tout au long de sa marche à travers l’immense désert (Cf. Dt 2,7). « Tu as veillé sur mon souffle », dit Job au milieu de ses épreuves (10,12). Le psaume 66 étend la vigilance de Dieu à toute l’humanité : « Les yeux sur les nations, Dieu veille. » Ps 66,7.
Oui, parce que nous sommes veillés par le Dieu d’amour, nous pouvons veiller à notre tour dans l’attente de sa venue. Nous sommes au chaud dans le nid de sa tendresse, selon cette magnifique profession de foi de Moïse juste avant sa mort : « Dieu est comme l’aigle qui veille sur sa couvée. Il plane au dessus de ses petits. Il déploie ses ailes et les porte sur son pennage. » Dt 32,11.
Alors notre veille devient une espérance, tout le contraire de la peur. Veiller, ce n’est plus une mauvaise insomnie, quand l’inquiétude nous empêche de fermer les yeux. Veiller, c’est savoir que quelqu’un est toujours là, vigilant, attentionné. Il vient toujours au moindre appel parce qu’il nous connaît et nous aime. Il fera tout pour nous sauver. Il nous donne les signes de sa proche venue, comme ces bruits apaisants dans le couloir quand s’approche la veilleuse.
L’Avent, c’est le temps de sa venue. Il est en route vers nous, le Sauveur du monde. Ecoute ! N’entends-tu pas ses pas dans le silence ? On appelle cela la méditation de sa parole. Tu sonnes à la porte de son cœur : donc tu pries. Ne perçois-tu pas l’écho de son approche ? L’Esprit remue en toi, avec ses désirs de bonté, la force de pardonner, la bienheureuse démangeaison de rendre service, la joie de faire des heureux autour de toi.
Et puis regarde : il vient, d’une certaine manière il est déjà là, puisque la table est mise. Il y a un couvert exprès pour toi. Il y a le pain, il y a le vin. Il y a une famille pour partager le repas: l’Eglise. Prends, mange : c’est moi, dit Jésus, c’est déjà moi, celui qui est, qui était et qui vient.
Tu es veillé. Pas surveillé comme le ferait un policier qui guette l’automobiliste en possible infraction. Non ! Tu es veillé par l’Amour majuscule, comme l’enfant dans son berceau, comme le malade dans son lit, comme la fiancée par celui qui l’aime, tendrement.
Et après, me direz-vous ? Il te reste une chose à faire : devenir toi-même veilleur, un veilleur pour d’autres. Car nul n’est autant veillé par Dieu son Père que celui qui devient un frère veilleur, une sœur veilleuse pour quelqu’un d’autre qui en a besoin, surtout en ce temps d’Avent.
L’apôtre Paul nous a dit que dans le Christ, « nous avons reçu toutes sortes de richesses, qu’aucun don spirituel ne nous manque, à nous qui attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ » (I Co 1,5 et 7).
Veillé, veilleurs, nous veillons sur les autres, avec la délicatesse de la charité, celle qui s’exprime, comme Marie, en services, en visites, en attention aux plus pauvres et malheureux. Celle qui s’engage aussi dans les combats pacifiques pour une société plus juste, plus fraternelle, plus humaine en somme.
Veiller avec le Christ, c’est le contraire de sommeiller dans son confort égoïste, dans sa bonne conscience narcotique, dans sa richesse matérielle ou culturelle.
Veiller, c’est faire comme Jésus maintenant à cette eucharistie : dresser la table, faire de la place aux autres, inviter largement, partager l’avoir et surtout l’être, et finalement expérimenter ce bonheur : « Heureux les invités au repas du Seigneur. »
Claude Ducarroz
27 novembre 2011
Vous connaissez. La petite lampe bleutée dans la chambre d’hôpital. On l’appelle « la veilleuse ». Elle éclaire assez pour chasser les angoissantes ténèbres de la nuit. Elle est aussi assez humble pour ne pas empêcher de dormir en paix.
Mais la veilleuse -la vraie-, c’est une personne, l’infirmière de la nuit, celle qu’on peut appeler à tout moment en cas de malaise ou de problème. Elle arrive, elle est là : ça va déjà mieux, n’est-ce pas ?
Dans l’évangile de ce premier dimanche de l’Avent, Jésus nous invite quatre fois à veiller. L’évangéliste Marc se place dans la perspective du retour du Seigneur, dont personne ne connaît ni le jour ni l’heure. Et les communautés chrétiennes auxquelles il s’adressait estimaient probablement que ce moment était proche, peut-être même imminent.
Une leçon demeure, quelle que soit la montre de notre histoire : le chrétien est un veilleur. Pas dans la panique anxieuse, mais dans la confiance sereine. Oui, parce qu’il sait d’abord que quelqu’un veille sur lui, jour et nuit, par amour.
Le grand veilleur, le premier, c’est Dieu lui-même. Et il veille sur nous, sur chacun de nous, fidèlement, amoureusement.
Il a veillé sur Israël tout au long de sa marche à travers l’immense désert (Cf. Dt 2,7). « Tu as veillé sur mon souffle », dit Job au milieu de ses épreuves (10,12). Le psaume 66 étend la vigilance de Dieu à toute l’humanité : « Les yeux sur les nations, Dieu veille. » Ps 66,7.
Oui, parce que nous sommes veillés par le Dieu d’amour, nous pouvons veiller à notre tour dans l’attente de sa venue. Nous sommes au chaud dans le nid de sa tendresse, selon cette magnifique profession de foi de Moïse juste avant sa mort : « Dieu est comme l’aigle qui veille sur sa couvée. Il plane au dessus de ses petits. Il déploie ses ailes et les porte sur son pennage. » Dt 32,11.
Alors notre veille devient une espérance, tout le contraire de la peur. Veiller, ce n’est plus une mauvaise insomnie, quand l’inquiétude nous empêche de fermer les yeux. Veiller, c’est savoir que quelqu’un est toujours là, vigilant, attentionné. Il vient toujours au moindre appel parce qu’il nous connaît et nous aime. Il fera tout pour nous sauver. Il nous donne les signes de sa proche venue, comme ces bruits apaisants dans le couloir quand s’approche la veilleuse.
L’Avent, c’est le temps de sa venue. Il est en route vers nous, le Sauveur du monde. Ecoute ! N’entends-tu pas ses pas dans le silence ? On appelle cela la méditation de sa parole. Tu sonnes à la porte de son cœur : donc tu pries. Ne perçois-tu pas l’écho de son approche ? L’Esprit remue en toi, avec ses désirs de bonté, la force de pardonner, la bienheureuse démangeaison de rendre service, la joie de faire des heureux autour de toi.
Et puis regarde : il vient, d’une certaine manière il est déjà là, puisque la table est mise. Il y a un couvert exprès pour toi. Il y a le pain, il y a le vin. Il y a une famille pour partager le repas: l’Eglise. Prends, mange : c’est moi, dit Jésus, c’est déjà moi, celui qui est, qui était et qui vient.
Tu es veillé. Pas surveillé comme le ferait un policier qui guette l’automobiliste en possible infraction. Non ! Tu es veillé par l’Amour majuscule, comme l’enfant dans son berceau, comme le malade dans son lit, comme la fiancée par celui qui l’aime, tendrement.
Et après, me direz-vous ? Il te reste une chose à faire : devenir toi-même veilleur, un veilleur pour d’autres. Car nul n’est autant veillé par Dieu son Père que celui qui devient un frère veilleur, une sœur veilleuse pour quelqu’un d’autre qui en a besoin, surtout en ce temps d’Avent.
L’apôtre Paul nous a dit que dans le Christ, « nous avons reçu toutes sortes de richesses, qu’aucun don spirituel ne nous manque, à nous qui attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ » (I Co 1,5 et 7).
Veillé, veilleurs, nous veillons sur les autres, avec la délicatesse de la charité, celle qui s’exprime, comme Marie, en services, en visites, en attention aux plus pauvres et malheureux. Celle qui s’engage aussi dans les combats pacifiques pour une société plus juste, plus fraternelle, plus humaine en somme.
Veiller avec le Christ, c’est le contraire de sommeiller dans son confort égoïste, dans sa bonne conscience narcotique, dans sa richesse matérielle ou culturelle.
Veiller, c’est faire comme Jésus maintenant à cette eucharistie : dresser la table, faire de la place aux autres, inviter largement, partager l’avoir et surtout l’être, et finalement expérimenter ce bonheur : « Heureux les invités au repas du Seigneur. »
Claude Ducarroz
samedi 12 novembre 2011
Homélie In memoriam
Homélie
In memoriam 2011
Dieu serait-il un impitoyable capitaliste, comme on en trouve encore de nos jours, notamment dans le monde de la finance, si j’en crois ce qu’on dit ou ce qu’on voit ? Dans cet évangile, le propriétaire plein aux as, certes, distribue ses biens avant de partir en voyage, mais, en demandant des comptes à son retour, il attend de retrouver sa mise carrément doublée. C’est faire encore mieux que nos meilleurs gérants de fortune. Et sans pitié avec ça puisque celui qui a simplement mis à l’abri ce qu’il avait reçu, sous le coup de la peur, se voit traiter de « serviteur mauvais et paresseux », dépouillé de son bien confié désormais au trader le plus performant. Pire encore : ce bon à rien est « jeté dehors dans les ténèbres, là où il y a des pleurs et des grincements de dents. » On se croirait à Zürich ou ailleurs certains jours de grounding.
Vous l’avez compris : il s’agit ici d’une parabole, à savoir un fait de vie cueilli par Jésus sur le vif, dans la société de son temps, mais pour nous dire autre chose de bien plus profond que les anecdotes utilisées. En un mot : il nous faut passer avec Jésus de l’avoir à l’être, de l’écume d’une histoire à l’essentiel d’un enseignement qui porte sur l’enjeu de nos vies.
La vie, le mouvement, l’être : nous les avons reçu de Dieu, généreusement, gratuitement. Pas pour les enfouir dans le confort de la paresse ou dans les abris bétonnés de l’égoïsme. Celui qui nous a confié les talents de notre existence veut collaborer sans cesse avec nous pour en faire quelque chose de beau, de bon, de rayonnant. Chacun tel qu’il est, avec ce qu’il a reçu, sans comparer les uns avec les autres, car dans la logique de l’amour de Dieu, ce ne sont pas les apparences ou les performances qui comptent, mais les valeurs intérieures, autrement dit la qualité de la personne, quel que soit sa place dans la société.
On sait bien que s’appliquent souvent, dans le royaume de Dieu commencé ici-bas, cet adage répété par Jésus : « Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers. » Dont acte, pour chacun de nous.
Finalement, c’est ce que l’on donne de soi-même qui compte, ou plutôt se donner soi-même, en personne, comme Jésus, qui mesure la valeur, la beauté, la qualité d’une vie. Ce pour quoi nous sommes prêts à nous donner nous-mêmes, plus encore que ce que nous avons, possédons ou savons : c’est cela qui confère un sens à notre existence.
Et là, aujourd’hui, je trouve deux exemples magnifiques.
Dans la première lecture, c’est une femme, c’est la femme. « La femme vaillante, qui donc peut la trouver ? », dit l’auteur biblique, celle qui « est infiniment plus précieuse que les perles ? »
Je crois vraiment que dans notre monde, surtout dans les contextes de misère ou de souffrances, ce sont souvent les femmes qui présentent la plus grande capacité de générosité, de don de soi, finalement d’amour. Il est temps que, dans la société mais aussi dans l’Eglise, on sache le reconnaître, l’apprécier et jose le dire à l’intention des hommes : l’imiter.
Je le dis en particulier ici en ce jour qui fait mémoire des soldats –tous des hommes en ce temps-là- qui ne doivent pas oublier tout ce que la patrie doit aux femmes restées à la maison, filles, épouses, mères et grand-mères vaillantes, que nous risquons d’ignorer sous prétexte qu’elles ne furent pas au front, comme disent les militaires.
Mais je n’oublie pas non plus ces militaires, surtout en ce jour où nous nous souvenons de ceux qui ont donné leur vie dans le service actif, même si nous avons été heureusement épargnés par les pires horreurs de la guerre. Ces hommes étaient là, prêts au sacrifice suprême, pour les valeurs de dignité, de liberté, de fraternité. Or ce qui fait la valeur la plus précieuse d’une vie, c’est ce pour quoi nous sommes disposés de tout cœur à la donner, y compris jusqu’à la perdre pour ceux qu’on aime.
C’est ce qu’a fait le Christ pour toute l’humanité.
Nous pensons avec émotion à ceux qui avaient déjà fait ce choix pour le salut de notre pays, même s’ils ne sont pas morts sous la violence d’un ennemi. Ils ont droit à notre respect, ils peuvent compter sur notre mémoire, ils méritent notre reconnaissance, et nous le leur répétons aujourd’hui.
Nous venons de choisir nos magistrats fédéraux. Nous allons bientôt élire celles et ceux qui vont diriger notre canton, après avoir déjà élu nos édiles communaux. Rude année 2011 en pays de Fribourg !
Je suis persuadé, pour ma part, qu’un vrai serviteur du peuple, au masculin ou au féminin, c’est une personne qui a la volonté –plus encore que l’indispensable capacité- de donner sa vie pour ses frères et sœurs. Pas seulement pour les siens, celles et ceux de son camp ou de son clan politique, culturel ou idéologique, mais pour tous les habitants de ce pays, quels qu’ils soient, avec une attention particulière pour les plus faibles et les plus démunis, comme le rappelle notre constitution en son préambule : « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ».
Là est l’enjeu d’une société plus humaine, et donc plus chrétienne, dans l’esprit de l’évangile de ce jour. Car il nous rappelle tout ce que nous avons reçu, il nous incite ensuite à le faire fructifier au service des autres, chacun selon ses capacités. Et il nous promet ce bonheur-là : « Très bien, serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle en peu de choses. Je t’en confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton maître. »
Claude Ducarroz
In memoriam 2011
Dieu serait-il un impitoyable capitaliste, comme on en trouve encore de nos jours, notamment dans le monde de la finance, si j’en crois ce qu’on dit ou ce qu’on voit ? Dans cet évangile, le propriétaire plein aux as, certes, distribue ses biens avant de partir en voyage, mais, en demandant des comptes à son retour, il attend de retrouver sa mise carrément doublée. C’est faire encore mieux que nos meilleurs gérants de fortune. Et sans pitié avec ça puisque celui qui a simplement mis à l’abri ce qu’il avait reçu, sous le coup de la peur, se voit traiter de « serviteur mauvais et paresseux », dépouillé de son bien confié désormais au trader le plus performant. Pire encore : ce bon à rien est « jeté dehors dans les ténèbres, là où il y a des pleurs et des grincements de dents. » On se croirait à Zürich ou ailleurs certains jours de grounding.
Vous l’avez compris : il s’agit ici d’une parabole, à savoir un fait de vie cueilli par Jésus sur le vif, dans la société de son temps, mais pour nous dire autre chose de bien plus profond que les anecdotes utilisées. En un mot : il nous faut passer avec Jésus de l’avoir à l’être, de l’écume d’une histoire à l’essentiel d’un enseignement qui porte sur l’enjeu de nos vies.
La vie, le mouvement, l’être : nous les avons reçu de Dieu, généreusement, gratuitement. Pas pour les enfouir dans le confort de la paresse ou dans les abris bétonnés de l’égoïsme. Celui qui nous a confié les talents de notre existence veut collaborer sans cesse avec nous pour en faire quelque chose de beau, de bon, de rayonnant. Chacun tel qu’il est, avec ce qu’il a reçu, sans comparer les uns avec les autres, car dans la logique de l’amour de Dieu, ce ne sont pas les apparences ou les performances qui comptent, mais les valeurs intérieures, autrement dit la qualité de la personne, quel que soit sa place dans la société.
On sait bien que s’appliquent souvent, dans le royaume de Dieu commencé ici-bas, cet adage répété par Jésus : « Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers. » Dont acte, pour chacun de nous.
Finalement, c’est ce que l’on donne de soi-même qui compte, ou plutôt se donner soi-même, en personne, comme Jésus, qui mesure la valeur, la beauté, la qualité d’une vie. Ce pour quoi nous sommes prêts à nous donner nous-mêmes, plus encore que ce que nous avons, possédons ou savons : c’est cela qui confère un sens à notre existence.
Et là, aujourd’hui, je trouve deux exemples magnifiques.
Dans la première lecture, c’est une femme, c’est la femme. « La femme vaillante, qui donc peut la trouver ? », dit l’auteur biblique, celle qui « est infiniment plus précieuse que les perles ? »
Je crois vraiment que dans notre monde, surtout dans les contextes de misère ou de souffrances, ce sont souvent les femmes qui présentent la plus grande capacité de générosité, de don de soi, finalement d’amour. Il est temps que, dans la société mais aussi dans l’Eglise, on sache le reconnaître, l’apprécier et jose le dire à l’intention des hommes : l’imiter.
Je le dis en particulier ici en ce jour qui fait mémoire des soldats –tous des hommes en ce temps-là- qui ne doivent pas oublier tout ce que la patrie doit aux femmes restées à la maison, filles, épouses, mères et grand-mères vaillantes, que nous risquons d’ignorer sous prétexte qu’elles ne furent pas au front, comme disent les militaires.
Mais je n’oublie pas non plus ces militaires, surtout en ce jour où nous nous souvenons de ceux qui ont donné leur vie dans le service actif, même si nous avons été heureusement épargnés par les pires horreurs de la guerre. Ces hommes étaient là, prêts au sacrifice suprême, pour les valeurs de dignité, de liberté, de fraternité. Or ce qui fait la valeur la plus précieuse d’une vie, c’est ce pour quoi nous sommes disposés de tout cœur à la donner, y compris jusqu’à la perdre pour ceux qu’on aime.
C’est ce qu’a fait le Christ pour toute l’humanité.
Nous pensons avec émotion à ceux qui avaient déjà fait ce choix pour le salut de notre pays, même s’ils ne sont pas morts sous la violence d’un ennemi. Ils ont droit à notre respect, ils peuvent compter sur notre mémoire, ils méritent notre reconnaissance, et nous le leur répétons aujourd’hui.
Nous venons de choisir nos magistrats fédéraux. Nous allons bientôt élire celles et ceux qui vont diriger notre canton, après avoir déjà élu nos édiles communaux. Rude année 2011 en pays de Fribourg !
Je suis persuadé, pour ma part, qu’un vrai serviteur du peuple, au masculin ou au féminin, c’est une personne qui a la volonté –plus encore que l’indispensable capacité- de donner sa vie pour ses frères et sœurs. Pas seulement pour les siens, celles et ceux de son camp ou de son clan politique, culturel ou idéologique, mais pour tous les habitants de ce pays, quels qu’ils soient, avec une attention particulière pour les plus faibles et les plus démunis, comme le rappelle notre constitution en son préambule : « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ».
Là est l’enjeu d’une société plus humaine, et donc plus chrétienne, dans l’esprit de l’évangile de ce jour. Car il nous rappelle tout ce que nous avons reçu, il nous incite ensuite à le faire fructifier au service des autres, chacun selon ses capacités. Et il nous promet ce bonheur-là : « Très bien, serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle en peu de choses. Je t’en confierai beaucoup. Entre dans la joie de ton maître. »
Claude Ducarroz
mardi 8 novembre 2011
Une homélie de mariage
Une homélie de mariage
Une tente de nomade.
Une maison construite sur le roc.
Et un autel bâti à Jahvé.
Il faut tout cela pour symboliser la vie.
Il faut tout cela pour réussir l'amour.
I. Notre vie est un voyage. Pour cela, une tente suffit, celle qui permet d'aller de campement en campement, comme Abraham "vers le pays que je t'indiquerai", dit Dieu.
"Quitte ton pays… Et Abraham partit. Ils se mirent en route pour le pays de Canaan… et ils y arrivèrent."
Il y a du Canaan, la terre promise, dans l'aventure de vos vies et de votre amour.
Deux voyages qui aboutissent à une rencontre.
Partis de loin, très loin, vous avez fait une longue route à la rencontre l'un de l'autre, pour transformer vos différences en attraction, puis en dialogue, enfin en amour.
Quel beau voyage que celui de la découverte réciproque, celui de l'apprivoisement respectueux, celui de la mise en alliance progressive, jusqu'à cette terre promise que vous êtes devenus l'un pour l'autre,
-promise, aujourd'hui donnée pour toujours-.
Vous voilà arrivés l'un chez l'autre, tendrement attachés l'un à l'autre par l'amours des cœurs, par la joie des corps, par le bonheur d'être des cadeaux réciproques, de toutes vos personnalités riches et partagées.
II. Et maintenant, sans quitter tout à fait les grisantes surprises des aventures amoureuses - sur les îles enchanteresses et sur les monts alpins – vous avez décidé de bâtir une maison commune, votre foyer. Construire du solide, du résistant aux tempêtes et aux torrents. Noble ambition, car vous êtes favorables à votre "développement durable". Difficile à réussir, vous le savez bien, dans le contexte de notre société.
C'est pourquoi vous avez raison de construire sur le roc et non pas sur le sable… même si les plages ont quelque chose de fascinant et de magique.
Vous avez choisi – et je vous en félicite – le rocher plus alpin d'un amour fidèle, exigeant, profond. Je pense à votre mariage encore tout jeune et beau.
Je pense aussi à celui de vos parents qui vous ont montré le chemin avec leur amour, sans vous forcer, mais en vous donnant le désir de miser sur des valeurs robustes parce que enracinées très profond. Merci à vos parents !
Les temps peuvent changer, comme la météo. Ce sont les profondeurs indestructibles des valeurs sûres qui permettront au bateau de votre couple de parcourir toute la traversée de vos vies, sans dévier du cap de l'amour vraiment humain, sans cesser de vous conduire ensemble vers le port divin.
III. La tente nomade, plus la maison sur le roc: c'est romantique et c'est solide à la fois. Mais ce n'est pas suffisant. Ne ratez surtout pas le geste d'Abraham qui bâtit un autel à Jahvé en plein voyage d'aventures vers le pays de Canaan.
Car il est bien dit dans le livre de la Genèse: " Là où Abraham dressa sa tente, là il bâtit un autel et invoqua le nom du Seigneur".
C'est tout le sens de ce sacrement, ce que nous sommes en train de vivre, dans cette chapelle qui invite encore au voyage.
Avec vous, dans une belle communauté de foi, avec la variété multicolore de nos Églises, nous bâtissons une chapelle, nous dressons un autel, nous accueillons un hôte qui est votre meilleur ami, l'ami de votre amour, le feu au cœur de votre foyer.
Il est là au milieu de nous, il veut surtout demeurer avec vous, par sa Parole à écouter, par vos prières à lui adresser, par vos silences remplis de sa présence, sans oublier la table d'une possible eucharistie. En somme, tout pour la communion !
Il sera là aussi, le moment venu, dans le cœur battant de vos enfants, créés à votre image, et à l'image de Dieu, images réunies dans un seul et même visage, merveilleux et tellement mystérieux.
Je vous souhaite d'inviter chaque jour le Seigneur dans la barque de votre aventure amoureuse comme dans le foyer lumineux et chaleureux de votre maison.
Avec lui, les plaisirs deviennent des joies, les espoirs des espérances, les amours minuscules de l'Amour majuscule, et vos succès… du bonheur.
• Ce bonheur que nous vous souhaitons de tout notre cœur,
• Ce bonheur que vous vous donnez et donnerez l'un à l'autre, et plus largement autour de vous,
• Ce bonheur que Dieu lui-même accorde aux passionnés du bel amour, parce qu'il est lui-même Amour
Bon voyage vers ce "cap heureux!"
Claude Ducarroz
Une tente de nomade.
Une maison construite sur le roc.
Et un autel bâti à Jahvé.
Il faut tout cela pour symboliser la vie.
Il faut tout cela pour réussir l'amour.
I. Notre vie est un voyage. Pour cela, une tente suffit, celle qui permet d'aller de campement en campement, comme Abraham "vers le pays que je t'indiquerai", dit Dieu.
"Quitte ton pays… Et Abraham partit. Ils se mirent en route pour le pays de Canaan… et ils y arrivèrent."
Il y a du Canaan, la terre promise, dans l'aventure de vos vies et de votre amour.
Deux voyages qui aboutissent à une rencontre.
Partis de loin, très loin, vous avez fait une longue route à la rencontre l'un de l'autre, pour transformer vos différences en attraction, puis en dialogue, enfin en amour.
Quel beau voyage que celui de la découverte réciproque, celui de l'apprivoisement respectueux, celui de la mise en alliance progressive, jusqu'à cette terre promise que vous êtes devenus l'un pour l'autre,
-promise, aujourd'hui donnée pour toujours-.
Vous voilà arrivés l'un chez l'autre, tendrement attachés l'un à l'autre par l'amours des cœurs, par la joie des corps, par le bonheur d'être des cadeaux réciproques, de toutes vos personnalités riches et partagées.
II. Et maintenant, sans quitter tout à fait les grisantes surprises des aventures amoureuses - sur les îles enchanteresses et sur les monts alpins – vous avez décidé de bâtir une maison commune, votre foyer. Construire du solide, du résistant aux tempêtes et aux torrents. Noble ambition, car vous êtes favorables à votre "développement durable". Difficile à réussir, vous le savez bien, dans le contexte de notre société.
C'est pourquoi vous avez raison de construire sur le roc et non pas sur le sable… même si les plages ont quelque chose de fascinant et de magique.
Vous avez choisi – et je vous en félicite – le rocher plus alpin d'un amour fidèle, exigeant, profond. Je pense à votre mariage encore tout jeune et beau.
Je pense aussi à celui de vos parents qui vous ont montré le chemin avec leur amour, sans vous forcer, mais en vous donnant le désir de miser sur des valeurs robustes parce que enracinées très profond. Merci à vos parents !
Les temps peuvent changer, comme la météo. Ce sont les profondeurs indestructibles des valeurs sûres qui permettront au bateau de votre couple de parcourir toute la traversée de vos vies, sans dévier du cap de l'amour vraiment humain, sans cesser de vous conduire ensemble vers le port divin.
III. La tente nomade, plus la maison sur le roc: c'est romantique et c'est solide à la fois. Mais ce n'est pas suffisant. Ne ratez surtout pas le geste d'Abraham qui bâtit un autel à Jahvé en plein voyage d'aventures vers le pays de Canaan.
Car il est bien dit dans le livre de la Genèse: " Là où Abraham dressa sa tente, là il bâtit un autel et invoqua le nom du Seigneur".
C'est tout le sens de ce sacrement, ce que nous sommes en train de vivre, dans cette chapelle qui invite encore au voyage.
Avec vous, dans une belle communauté de foi, avec la variété multicolore de nos Églises, nous bâtissons une chapelle, nous dressons un autel, nous accueillons un hôte qui est votre meilleur ami, l'ami de votre amour, le feu au cœur de votre foyer.
Il est là au milieu de nous, il veut surtout demeurer avec vous, par sa Parole à écouter, par vos prières à lui adresser, par vos silences remplis de sa présence, sans oublier la table d'une possible eucharistie. En somme, tout pour la communion !
Il sera là aussi, le moment venu, dans le cœur battant de vos enfants, créés à votre image, et à l'image de Dieu, images réunies dans un seul et même visage, merveilleux et tellement mystérieux.
Je vous souhaite d'inviter chaque jour le Seigneur dans la barque de votre aventure amoureuse comme dans le foyer lumineux et chaleureux de votre maison.
Avec lui, les plaisirs deviennent des joies, les espoirs des espérances, les amours minuscules de l'Amour majuscule, et vos succès… du bonheur.
• Ce bonheur que nous vous souhaitons de tout notre cœur,
• Ce bonheur que vous vous donnez et donnerez l'un à l'autre, et plus largement autour de vous,
• Ce bonheur que Dieu lui-même accorde aux passionnés du bel amour, parce qu'il est lui-même Amour
Bon voyage vers ce "cap heureux!"
Claude Ducarroz
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