mercredi 14 août 2013

Assomption de Marie

Homélie
Assomption 2013

Au risque de vous étonner, en cette fête de l’Assomption de Marie, je voudrais conduire vos regards vers un vitrail de notre cathédrale qui ne fait aucune allusion à la sainte Vierge. Regardez sur votre gauche, derrière la chaire, le vitrail des martyrs. On n’y voit aucun personnage biblique, mais deux hommes –saint Maurice et saint Sébastien- et deux femmes -sainte Catherine et sainte Barbe- dont le point commun est le cruel martyre qu’ils ont subi autour de l’an 300.

Le peintre Joseph Mehofer -qui a réalisé ce vitrail en 1901- a poussé le réalisme jusqu’à représenter au dessous de chaque personnage la brutalité de son supplice. Tous sont nus, y compris les femmes, dans une sorte de déploiement indécent de la cruauté.

Mais regardez bien. Discrètement, je dirais même humblement, dans chaque carré inférieur de ce vitrail, le peintre a ajouté le visage d’une femme dans quatre attitudes significatives qui, elles, peuvent nous ramener à Marie.
Que font ces femmes dans ce contexte de barbarie ? En commençant par la droite, la première prie les mains jointes. La deuxième pleure. La troisième donne un baiser à saint Maurice. Et la quatrième soutient et relève saint Sébastien criblé de flèches.

Il y a trois manières de lire et d’interpréter ces visages de femmes très énigmatiques.
On peut d’abord y reconnaître la vie et la mission de Marie, la mère de Jésus et notre mère.
* Elle a prié, notamment en acceptant le mystère de l’incarnation par ces mots qui anticipent la prière du Notre Père : « Qu’il me soit fait selon ta Parole. » Et puis elle a prononcé la si belle prière du Magnificat.
* Elle a pleuré au pied de la croix de son Fils et sans doute en bien d’autres circonstances.
* Elle a embrassé Elisabeth dans le mystère de la Visitation, et les autres femmes en pleurs avec elle au Calvaire.
* Elle a soutenu activement l’Eglise naissante dans le mystère de la Pentecôte.

C’est cette Marie-là que nous fêtons aujourd’hui dans la gloire. Ce qu’elle fut et ce qu’elle fit sont maintenant « éternisés », autrement dit résumés et tranfigurés dans la communion parfaite avec Dieu. L’assomption ne doit pas être détachée de l’histoire concrète de Marie parmi nous. C’est la servante du Seigneur à Nazareth, c’est la mère réfugiée à Bethléem, c’est celle qui a su faire de ses visites des Visitations, c’est la mère douloureuse près de la croix, c’est la compagne des apôtres dans l’accueil de l’Esprit : c’est cette Marie-là, trop souvent représentée loin de nous sur des nuages, que nous fêtons joyeusement en ce jour. Oui, aujourd’hui toutes les générations peuvent la dire bienheureuse parce que le Seigneur a fait pour elle des merveilles. Saint est son nom.

Et maintenant revenons à notre vitrail. Ce que nous avons discerné chez Marie, la mère de l’Eglise, il faut que toute l’Eglise l’imite et le vive.
Ces visages de femmes, c’est aussi le rappel de la mission de l’Eglise –donc de chacun de nous- dans notre monde si souvent blessé par les injustices et les violences

L’Eglise, c’est la communauté des priants sous toutes les formes.
C’est aussi la congrégation des hommes et des femmes sensibles à toutes les misères, qui répondent par la solidarité de toutes les compassions.
L’Eglise, c’est surtout la communion de tous ceux et toutes celles qui misent sur l’amour, jusqu’au pardon, jusqu’à la miséricorde, jusqu’au don de soi.
C’est enfin la chaîne infinie de celles et ceux qui se portent au secours des faibles et des pauvres, pour les relever, pour les réconforter, pour les re-susciter.

Je vous avoue que j’ai reconnu tout cela, avec une grande émotion, dans la première visite de pape François hors de Rome, le lundi 8 juillet dernier quand il est allé à Lampedusa rencontrer les requérants d’asiles rescapés des naufrages.
Il a prié avec eux et pour eux. Il les a encouragés, et aussi celles et ceux qui les accueillent. Il a pleuré avec eux. Il nous a demandé de les aimer en combattant concrètement la triste globalisation de l’indifférence. Ce pape nous a donné un exemple évangélique et marial.

Enfin un dernier regard sur ce vitrail et sur Marie. A dessein, le peintre a placé des visages de femmes pour mieux suggérer son discret message. Encouragé par la fête mariale de ce jour, je voudrais reconnaître et magnifier le rôle extraordinaire des femmes dans notre société. Sans oublier l’Eglise non plus, où elles ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur.
 Oui, dans un monde de bruts –qui sont souvent des hommes-, nous comptons plus que jamais sur l’engagement des femmes afin qu’elles nous montrent un autre chemin pour le bonheur de l’humanité toute entière.
La prière de la foi, certes, mais aussi la puissante douceur de la compassion, l’amour vrai et la solidarité en actes.

Comme Marie, avec Marie.


Claude Ducarroz

lundi 15 juillet 2013

La vie est belle! Quoique...

La vie est belle. Quoique !

Si j’en crois la publicité que j’ai trouvée un jour dans le supplément de l’Hebdo intitulé « Type », être heureux « en Suisse » -je veux dire à la manière suisse-, c’est :

-          cesser de diaboliser l’infidélité
-          dégager de la testostérone, car le mâle est de retour
-          faire de son business une success story
-          porter une montre qui fait bien plus que donner l’heure
-          habiter un appartement au look de design
-          rouler en Land Rover, mais mise au vert
-          pratiquer l’art du barbecue, car « je mange donc je suis »
-          avoir la panoplie du petit geek ou quand l’inutile devient parfaitement indispensable
-          avec cet avis définitif : « Peut-être que le bonheur, dans le fond, est bien dans le pré. Dans cet endroit où l’on vit sans rien d’autre à foutre que s’écouter pousser les poils. »

Décidément, l’être humain est un étrange animal. Il vit, c’est une évidence, mais en plus il se pose inévitablement des questions cruciales sur sa vie, ce qui peut faire son bonheur et fait souvent son tourment. Quel est le sens ultime de tout cela : la naissance, la vie, la mort ? On peut essayer de passer beaucoup de temps à oublier ces interrogations lancinantes. Elles finissent toujours, tôt ou tard, par nous rattraper.
Comment vivre heureux -au moins de temps en temps- entre une vie qu’on n’a pas choisie et une mort qu’on va probablement subir, nous qui ne savons ni le jour ni l’heure ?

Plaidoyer pour les petits bonheurs

Je crois profondément que le bonheur, justement, c’est comme la vie : c’est du donné à recevoir, c’est du cadeau à accueillir, c’est ce qu’on appelle une grâce.
Assoiffés que nous sommes, errant le plus souvent dans le désert aride de nos circonstances, nous risquons toujours de passer à côté des petites oasis qui  peuplent nos solitudes parce que nous courrons après les mirages qui miroitent à l’horizon sans jamais nous abreuver vraiment.
Ah ! ces petits bonheurs, à portée de main, gratuits comme le soleil, tendres comme la lune.
* La nature n’est-elle pas ce jardin toujours disponible à tous, quelles que soient nos humeurs ou nos conditions de vie, qui nous offre toujours de quoi sourire, un brin de bonheur, comme une petite branche de muguet le 1er mai. ? La fleur sous la rosée, le parfum d’une violette au printemps, la neige qui enrobe le silence glacé de tant de beautés, les étoiles qui nous font signe mystérieusement –de si loin, tout là-haut-, le mariage du lac et de la forêt, ces oiseaux qui chantent, pour qui sinon pour toi, pour moi : tout cela c’est du bonheur semé comme de la petite monnaie au bord de nos chemins.
C’est un deuxième malheur que, même dans nos malheurs, nous ne soyons plus capables d’apprécier le cadeau d’une rose, l’odeur du foin qui sèche, un rayon de soleil dans le soir, et tant d’autres présents jetés sous nos pieds et surtout devant nos yeux, par le Créateur lui-même, le plus génial des artistes parce qu’il partage ses beautés gratuitement, avec tous.

* Mais figurez-vous, il y a encore mieux : je veux parler des arts.
Quel bonheur -et je dirai même quelle consolation quand nous ne sommes pas heureux-  de pouvoir contempler, si possible en silence, les merveilles laissées par les artistes de toutes les créativités ! N’avez-vous jamais été réconfortés par un opéra de Mozart, par une cathédrale gothique en Ile de France ou baroque en Bavière ? Tant de beautés, parfois surprenantes et déconcertantes, en pierre, en bois, en bronze, en couleurs et en formes, en lettres aussi, en notes de musique, changent nos larmes de tristesse en pleurs de joie, tellement c’est sublime, indicible ?
Feuilletez le grand livre des arts de toutes sortes. On n’en finit plus de contempler, de prendre l’ascenseur pour le ciel, de se laisser apaiser par le rayonnement de tant d’explosions esthétiques, qui touchent le coeur et réjouissent l’esprit. Un vrai bonheur.

* Mais rien ne vaut, n’est-ce pas, des rencontres humaines.
Bien sûr, il y a les grandes émotions de l’amour humain, fragiles, mais intenses. C’est un célibataire qui vous parle : je suis toujours ému quand je rencontre une famille où le bonheur susurre et parfois ruisselle ; je suis touché jusqu’aux larmes quand je croise une femme enceinte ; il est si merveilleux de voir des signes d’amour vrai dans les rapports humains, sans compter l’amitié, qui est une des plus belles formes de l’amour.
Il y a des fontaines de bonheur tout autour de nous, et nous ne savons pas les voir, ou nous n’osons pas y boire. Cessons d’être réticents face aux petits bonheurs quotidiens, quand ils sont sincères, authentiques, respectueux des autres, humbles dans leur robe de clarté, ceux qui scintillent au fond des yeux d’un enfant, ceux qui habitent nos silences, ceux qui soulèvent nos prières. Oui, la joie d’aimer et d’être aimé -cœur, esprit et corps aussi- dans tant de rencontres plus profondes que nos plus chers désirs, plus heureuses que nos plus tendres rêves.

Et quand surgissent les malheurs ?

Et alors, me direz-vous, comment être heureux, quand ma famille éclate, quand j’apprends que j’ai un cancer, quand mon ami s’est suicidé, quand je tombe au chômage, quand mon enfant erre dans la drogue, etc… ?
Et puis tous ces malheurs d’ailleurs, de très loin parfois, qui nous heurtent sans ménagement sur nos écrans de télévision ou d’ordinateurs, les drames des autres qui –je l’espère du moins- deviennent un peu les nôtres, puisque nous les savons, nous les voyons : les tremblements de terre, les guerres, les violences, les enfants qui meurent de faim -3 par minute-, les droits humains foulés au pied, tant d’innocents maltraités, opprimés, humiliés, massacrés.
Comment revenir d’Auschwitz –j’y suis allé 4 fois, toujours avec des jeunes- et croire que l’on peut encore être heureux ?
Je vous l’avoue humblement : je n’ai pas une réponse toute faite, je ne comprends pas toujours, je m’interroge –et j’interroge Dieu- sur tous ces malheureux innocents et victimes. Je me mets en colère, je me révolte aussi.

Le bonheur paradoxal

Alors il m’arrive d’ouvrir un vieux livre encore d’actualité, l’Evangile, au chapitre 5 de Matthieu. Qu’est-ce que je trouve ?  Des béatitudes, des déclarations et en même temps des promesses de bonheur. Comment ne pas s’y intéresser quand on recherche le bonheur, comme le tournesol le soleil ?
J’y vois d’abord un étrange portrait, le portrait de celui qui les a dites. Ce pauvre, ce doux, cet humble, cet artisan de paix, ce cœur transparent, c’est Jésus tout crû. Et ce lutteur pour la justice, ce grand miséricordieux et surtout ce persécuté, calomnié, rejeté : mais c’est lui. Et il nous dit chaque fois : heureux ! neuf fois heureux !
Ou il est fou, ou il est Dieu.
Comment ça ? On peut être heureux même quand on est pauvre en moyens, quand on mise sur la non-violence, quand on croit à la pureté du coeur, quand on pardonne au lieu de se venger, quand on prend les risques de combattre pour la solidarité au lieu de se calfeutrer dans son confort égoïste, quand on accepte de souffrir plutôt que de faire souffrir, quand on se met au service gratuit des autres –à commencer par les plus pauvres- au lieu de profiter de toutes les occasions pour s’enrichir, dominer, jouir, passer en tête en écrasant les concurrents ?
Alors, ce serait à notre tour de devenir dingue, d’être des fous ?
Jamais je n’oserais m’aventurer sur ce terrain-là, tellement contraire aux usages courants, aux modes, à la publicité, aux instincts spontanés, s’il n’y avait pas deux expériences qui me bouleversent encore : la victoire pascale du crucifié et les exemples innombrables des saints.
La croix me répugne, c’est le contraire du bonheur, je n’en veux pas, même si je sais, par la vie -ma vie et celle des autres- qu’elle est inévitable dans toute aventure humaine. Mais je la vois autrement, je finis par l’accepter, je suis prêt à essayer de la  porter –la mienne et celle d’autres autour de moi comme Simon de Cyrène- si je regarde du côté du dimanche, celui de Pâques, la victoire du crucifié.
 Il n’y a de bonheur possible, dans les souffrances et les épreuves d’ici-bas, que pascal et pentecostal, celui du Christ malgré tout, celui de l’Esprit qui fortifie et dynamise l’aventurier de l’humanité.

Le kit du bonheur

La visée est-elle trop ambitieuse, l’excursion quasi impossible, à cette altitude ?
Certainement. C’est pourquoi je crois qu’il nous faut prendre avec nous, pour une si rude randonnée de vie, le kit de survie -et même tout simplement de vie- que le Seigneur a prévu pour nous. Personne ne peut réussir la pénible grimpée du bonheur dans les terrains du malheur sans être éclairé, nourri et accompagné.

* Eclairé : je veux parler de la Parole de Dieu qui seule peut nous indiquer les sentiers praticables malgré les obstacles inévitables. Il faut avoir une sacrée boussole -ou plutôt une boussole sacrée- pour tenir le cap dans autant de brouillard et de tempête.
* Nourri : car il faut une nourriture substantielle et adaptée aux difficultés de l’aventure pour tenir le coup jusqu’au bout, quand  ça fait mal de choisir les ingrédients des béatitudes –toutes coriaces- comme idéal de vie. Il y a l’eucharistie, les autres sacrements. Et ce saint Esprit qui, discrètement, souffle où il veut, autrement dit dans nos voiles déployées pour accélérer le mouvement, surtout lorsque nous sommes fatigués par la montée.
* Enfin accompagné. Par celui qui nous a promis de demeurer avec nous jusqu’à la fin du monde, bien sûr. On peut lui faire confiance. Mais il y a aussi les frères et sœurs en Eglise. La communion des saints là-haut, mais aussi la communauté des hommes et femmes en voie de sainteté ici-bas.
Que sont nos communautés chrétiennes si elles ne sont pas l’espace humain où les chrétiens –et d’autres aussi évidemment- peuvent trouver soutien, compassion, partage des joies et des peines ? Nul ne devrait se sentir jamais seul, qui appartient à la famille de l’Eglise, communauté des communautés et ferment de convivialité et de fraternité dans la société.
L’Eglise, c’est la cordée de l’Evangile, l’équipe des pratiquants des béatitudes qui se donnent la main pour tenir sur la longueur et viser le sommet proposé par Jésus de Nazareth, en donnant envie à d’autres d’entrer dans la danse de ce bonheur-là.

L’océan qui déborde la soif

Mais reconnaissons-le loyalement : tous ces bonheurs –même les plus spirituels, et d’ailleurs pas toujours également partagés- ne nous suffisent pas encore. Il y a mieux, nous voulons plus. Nous sommes des perpétuels insatisfaits, même quand nous disons être heureux. Car même dans les expériences extrêmes de l’amour, s’il y a un avant-goût du bonheur total, il demeure menacé et toujours éphémère. Nous ne pouvons faire rimer amour avec toujours que dans les rêves ou la poésie, ces ponts jetés vers un impossible et pourtant indispensable infini. Il nous faut donc accepter de passer encore une fois -je dirais plutôt de pâquer- vers un bonheur enfin aux dimensions de ce que nous sommes et de ce que nous souhaitons, pour nous et celles et ceux que nous aimons.
La mort ne serait-elle pas le mauvais côté de la naissance définitive, avec ses arrachements inévitables, avec l’angoisse de l’inconnu, avec la divine surprise d’arriver enfin là où nous devons être pour être heureux : en Dieu, dans ses bras, dans sa maison ?  Notre soif de bonheur est telle qu’elle s’apparente à l’immensité de la mer, alors que nous n’avons ici bas à notre disposition que quelques sources et quelques fontaines. Nous sommes programmés pour le bonheur éternel. Rien ne peut donc nous rassasier vraiment ici-bas, même s’il ne faut pas que la béatitude espérée donne un goût de cendres aux petits bonheurs possédés. Bien au contraire. Reste que le bonheur à la taille de notre appétit n’est rien d’autre que celui de Dieu en nous, quand il sera tout en tous. Nous allons vers la béatitude parfaite et éternelle. Ce qui signifie que ce n’est pas encore arrivé. Ce qui veut dire surtout que la promesse est ferme et l’issue certaine, puisque c’est Dieu lui-même qui a mis en nous la soif parce qu’il est lui-même l’océan. 
Et pour cela, comme pour la vie au départ, il nous faut accepter de tout recevoir, de ne pas conquérir l’impossible des hommes, mais d’accueillir humblement le possible de Dieu. Alors seulement nous serons vraiment heureux, de ce bonheur de surabondance trinitaire qui fait la joie du poisson nageant dans l’océan de l’Amour majuscule. Tellement submergé d’amour, tellement rassasié de vie, tellement débordé par la joie, tellement irradié par la gloire !

Quels que soient les chemins –sentiers de montagne ou autoroutes- qui auront marqué notre itinéraire ici-bas, nous parviendrons tous au sommet du bonheur, dans l’inaccessible et pourtant réelle communion de la béatitude, le rendez-vous de notre être avec Dieu lui-même.
Dieu ma joie !
Claude Ducarroz


Cet article a paru dans la revue « Choisir » de juillet-août 2013 pp. 16-19.










samedi 29 juin 2013

Homélie du 13ème dimanche ordinaire

Homélie
13ème dimanche C

Il y a comme ça des mots magiques qui mobilisent les énergies et parfois nous font tourner la tête. « Liberté » est de ceux là. Que ne ferait-on pas pour être libre ou du moins se sentir libre ? Les ados en rêvent, les jeunes le réclament, les politiciens le promettent, les foules l’exigent. Même les guerres sont souvent  menées au nom de la liberté. On vit pour être libre, on meurt pour la liberté.

C’est peu dire qu’il y a plusieurs compréhensions du mot liberté. Jusqu’à la confusion, jusqu’à la contradiction.
« Je suis libre de faire ce que je veux. » Mais t’es-tu demandé si ce que tu veux est un bien, pour toi et pour les autres ?
« Ce que je fais ne regarde que moi-même. » Mais es-tu prêt à assumer toutes les conséquences de ce que tu fais ? Car il n’y a pas de liberté vraiment humaine sans la responsabilité qui en découle.
Quand tu te prétends libre, à qui obéis-tu finalement ? A ta conscience éclairée ou à tes instincts en folie ?
Et puis, ta liberté ne s’arrête-t-elle pas là où commence celle des autres, si tu veux vivre dans une société qui ne soit pas la collection des égoïsmes mais la communion des respects ?
« Liberté. Que de crimes on commet en ton nom ! », disait Madame Roland avant de monter à l’échafaud le 8 novembre 1793.

Et puis tout à coup, dans ce contexte, voici que retentit une parole. « Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage. »
Quand l’apôtre Paul écrivait cela aux Galates, il se situait dans un contexte religieux. A ces nouveaux chrétiens, il demandait de veiller jalousement sur leur jeune liberté, celle qu’ils avaient acquise en se libérant des innombrables traditions de la loi juive, et aussi celle qui leur permettait dorénavant de ne pas céder aux tentations de redevenir des païens en menant une vie d’esclavage sous toutes ses formes.

Est-ce que nous n’en sommes pas là, nous aussi, aujourd’hui ? Sans doute, les 613 prescriptions de la loi juive ne nous dérangent plus beaucoup. Par contre, ne sommes-nous pas sous l’emprise d’un néo-paganisme qui suinte partout et parvient souvent à polluer notre conscience et notre cœur ? Ne sommes-nous les victimes consentantes –quand ce ne sont pas les complices- de tous ces slogans matérialistes et égoïstes qui veulent nous faire croire que le bonheur humain consiste à se jeter à corps perdu dans l’avoir, le paraître, le jouir et le pouvoir débridés ?

Alors saint Paul vient à notre secours en nous redisant : « Vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme. »
Je sais qu’un tel discours n’est pas très populaire. Revoilà la morale. On sait bien que la religion chrétienne est ennemie des plaisirs et que l’Eglise ne perd pas une occasion pour nous culpabiliser en contrariant nos petits et nos grands bonheurs.

Du calme, citoyens. Quand on considère notre monde, n’est-il pas évident que les grands malheurs –et non pas les bonheurs- sont engendrés par tout ce qui est contraire à l’évangile prôné par le Christ ? Sommes-nous malheureux par déficit ou par excès d’éthique ? Les violences, les injustices, les manques de respect, les exclusions : toutes attitudes qui font tant de malheureux et réduisent en esclavage : ce n’est pas le Christ qui les promeut, mais bel et bien les puissances mondaines qui crucifient encore tant d’êtres humains, à commencer par les plus faibles et les plus innocents.

 La liberté est une lutte de libération jamais achevée. Dans ce combat, le Christ est  notre inspirateur et notre moteur intérieur. C’est pourquoi l’apôtre Paul nous invite instamment à « vivre sous la conduite de l’Esprit de Dieu sans céder aux tendances égoïstes de la chair », à savoir notre propension à oublier Dieu pour nous adorer et nous servir nous-mêmes.

Il y a deux manières de vérifier si nous marchons sur le chemin de la vraie liberté  dans toutes nos actions, et nous savons que ça commence par nos pensées, nos désirs et nos imaginations :
* Prier l’Esprit de nous éclairer, de nous fortifier, de nous encourager à toujours faire le bien. Car sans les lumières et les énergies de l’Esprit, reconnaissons-le, nous n’y arrivons pas.

L’été est par excellence un temps de liberté. La nature nous y invite, les vacances nous en donnent l’opportunité. Nous voulons quitter certaines chaînes quotidiennes et jouir d’une plus grande liberté, pour le corps, le cœur et l’esprit. Tant mieux.
Mais une petite vérification s’impose pour ne pas rater la cible et se laisser tromper sur la marchandise.
* Prier l’Esprit avant nos choix, continuer à le prier durant leur réalisation, afin que nous maintenions le cap du vrai bonheur, pour nous et pour les autres, en toutes circonstances.
* Et nous poser cette question : est-ce bien l’amour –généreux, gratuit- qui me motive et me guide ?
Après quoi, soyez libres et soyez heureux.

Je vous souhaite de bonnes vacances.


  Claude Ducarroz


* Et puis tout vérifier à l’aune de l’amour. Car l’apôtre nous le rappelle : « Mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la loi atteint sa perfection dans ce commandement-là : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » C’est seulement quand nous aimons que nous sommes sûrs d’être en plein dans le mille de l’Evangile, d’être vraiment libres.


jeudi 20 juin 2013

Le pape François: entre pasteur et coiffeur

François : entre pasteur et coiffeur

Les 100 jours du pontificat du pape François provoquent de nombreux commentaires. C’est que le nouveau pape ne laisse personne indifférent. Le style de vie –hors du palais-, le contact avec les gens –en toute proximité-, la manière de parler –comme un bon curé du monde- : tout contribue à susciter l’intérêt et le plus souvent la sympathie. On est content de sentir un pape au milieu de nous et non pas au dessus de nous.
J’ai aimé sa remarque en forme de jolie parabole. Evoquant les brebis que le bon pasteur doit aller chercher là où elles sont, il a fait observer, du point de vue mathématique, qu’il y en avait plutôt 99 en perdition et une seule au bercail, contrairement à l’optimisme de l’évangile qui inverse ces chiffres. (Cf. Lc 15,4-7). Et quand on n’a plus qu’une brebis « en Eglise », on est tenté de la bichonner, de la caresser, de la coiffer … en oubliant les autres, pourtant en danger. « Le Seigneur nous veut pasteurs, pas coiffeurs ! », a dit le pape François, toujours très en verve quand il improvise.
Incontestablement, le style François est celui du pasteur. Justement parce qu’il…décoiffe ! Comment ne pas entendre son insistance à promouvoir « une Eglise pauvre avec les pauvres » ? Une Eglise pauvre parce que résolument tournée vers les plus pauvres. Une Eglise qui ne craint pas les moyens pauvres au lieu de s’enliser dans des structures lourdes et des outillages coûteux. Une Eglise qui imite le Christ de la simplicité et de la proximité pour mieux rejoindre celles et ceux qui squattent les périphéries de la société, que ce soit au plan économique, culturel ou religieux. Car il y a mille manières d’être des pauvres que le Christ veut sauver et que l’Eglise doit aimer. Alors, le pape François, un bon pasteur ? Certainement. C’est bien parti, comme on dit. Mais –sauf votre respect, très saint Père-, au-delà des effets d’annonce et des démonstrations superficielles –qui suscitent beaucoup d’espérance-, nous attendons encore des décisions importantes et des changements de cap pour la vie profonde de l’Eglise et des Eglises. Une réforme dans la saveur de Vatican II, en somme. Par exemple dans la répartition des tâches entre le centre romain et cette autre périphérie que sont les Eglises locales, avec leurs fidèles et leurs pasteurs, adultes et responsables.
Pasteurs plutôt que coiffeurs ! Nous, on veut bien. Avec vous. Comme vous.

Article paru sur le site  cath.ch                                          Claude Ducarroz



samedi 15 juin 2013

Homélie pour l'anniversaire de la bataille de Morat

Homélie
Morat 2013

Mais qu’est-ce qui se passe ?

Nous condamnons fermement les guerres qui aujourd’hui opposent des armées, des peuples, des ethnies et parfois même –hélas !- des religions. Nous les déplorons, et notamment parce qu’elles emmènent chez nous des hordes de requérants d’asile pas tous les bienvenus. Nous stigmatisons les fauteurs de violence, d’injustice et d’oppression qui sont responsables de ces haines sanglantes dont les populations civiles -et parmi elles beaucoup d’innocents- sont les victimes, souvent impuissantes à faire cesser l’horreur.

Et pendant ce temps, comme chaque année depuis 1889, nous commémorons en toute bonne conscience, dans une cathédrale au cours d’une messe, une victoire militaire qui eut aussi, avec les moyens de ce temps-là, ses contenus de violence et de mort. Dans les deux camps évidemment, mais surtout dans le camp des vaincus puisque l’on raconte comment les troupes de Charles de Bourgogne finirent leur aventure téméraire dans un lac pittoresque devenu rouge de leur sang répandu.

Le fait que nous ayons finalement tiré de cet évènement tragique des conséquences positives pour notre population -et bientôt pour notre canton grâce à saint Nicolas de Flue- ne doit pas occulter le fait que, ce jour-là, des hommes -et même des chrétiens encore dans la même Eglise- se sont affrontés à mort dans une cruelle bataille.

Toute commémoration d’un tel évènement, me semble-t-il, doit commencer par reconnaître humblement l’échec constitué par toute guerre puisque des hommes, fondamentalement frères et sœurs, en sont arrivés à se massacrer mutuellement comme s’il n’y avait pas d’autre solution pour résoudre leurs problèmes et leurs conflits. On le voit encore aujourd’hui.
Nous devons avoir le courage lucide de le confesser, même lorsque les évènements sont fort éloignés dans l’histoire. Il ne faut jamais banaliser la violence meurtrière. Au roi David le prophète Nathan demande de reconnaître sa faute. Et la grandeur du roi, c’est de l’avoir fait : « J’ai péché contre le Seigneur ».
Seigneur, prends pitié de nous aussi !

Mais on ne va pas en rester là, évidemment.
Le pharisien qui avait invité Jésus à dîner chez lui pouvait avoir bonne conscience en toute sincérité. Il faisait partie de ces gens qui observaient parfaitement la loi et pouvait se targuer d’une certaine supériorité méritée. La femme qui fait irruption dans la salle à manger au cours de ce repas fort convivial avait beaucoup à se faire pardonner. Elle en avait d’ailleurs bien conscience, dans son silence honteux. Aux yeux de la loi, aux yeux des convives sans doute, il y avait un vainqueur et une vaincue. On savait qui avait gagné la bataille entre la sainteté et le péché. Le pharisien alla même reprocher à Jésus de feindre l’ignorer.

Que va faire Jésus ? Il va inviter tous les deux à aimer, et même à aimer davantage. C’est ça l’important, c’est ça l’avenir, quel que soit le passé. Et nous savons, nous, par expérience, que personne n’est parfaitement innocent. Nous non plus.

Car Jésus a l’art de mettre le doigt sur les vraies plaies. Il désigne les vrais champs de bataille, qui sont d’abord intérieurs. Il favorise les vraies victoires, qui sont celles que l’on remporte sur l’égoïsme, la fringale de domination, le méchant plaisir de faire violence, pour vaincre au lieu de convaincre.

Celui qui aime le plus, voilà le vainqueur authentique,  quel que soit son passé et même sa mauvaise réputation. Avec la force de l’Esprit de l’évangile, il est toujours possible d’aimer, plus et mieux, malgré tout. Et ça va très loin puisque le don peut fleurir en pardon et l’amour s’étendre jusqu’aux ennemis. Ce que Jésus a montré à la pécheresse et à tant d’autres. Et qu’il continue de démontrer, y compris avec chacun de nous.

Je nous regarde. Nous sommes ici à titre personnel, mais aussi, pour beaucoup, à titre institutionnel. Nous représentons l’état, l’armée, la politique, la culture etc… Et l’Eglise aussi évidemment. Nous n’attendons pas de ces institutions qu’elles nous fournissent le bonheur « clé en mains » ni qu’elles deviennent de généreuses pourvoyeuses d’amour. Est-ce à dire que la question de Jésus ne nous concerne pas : « Lequel des deux a montré le plus d’amour » ?

Peut-être faut-il comprendre ceci : si les institutions comme telles –et notamment celles que nous représentons- n’oeuvrent pas dans l’affectif forcément très subjectif, elles peuvent sûrement contribuer à créer de meilleures « conditions-cadres » pour celles et ceux qui veulent miser à fond sur l’amour dans leurs relations personnelles ou sociales.
Car l’amour finalement peut revêtir toutes sortes d’habits et prendre d’autres étiquettes. La justice sociale, la sécurité publique, la prospérité économique, la santé et la formation du peuple, la solidarité entre les groupes humains, le respect de l’environnement : tout cela est peut-être une forme distillée d’amour, à dose homéopathique, qui ne dit pas son nom.

Et là nous sommes tous impliqués et -je l’espère- aussi engagés. Car toutes les guerres, y compris celles que nous avons vaillamment gagnées, sont finalement là pour nous le rappeler : il vaut mieux les prévenir par des sursauts d’humaine bienfaisance, que d’avoir à en assumer les tristes conséquences. Surtout dans la défaite évidemment.
Et même dans la victoire.


                                                            Claude Ducarroz

Vatican II et la Révélation

A l’écoute de Vatican II

La Révélation


Le 18 novembre 1965, par 2344 oui et 6 non, les Pères du Concile Vatican II ont adopté la constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation.
Sa genèse et sa maturation furent particulièrement laborieuses.

A la suite des Réformes protestantes du 16ème siècle, qui insistèrent sur l’autorité éminente voire exclusive de la Bible (sola scriptura), l’Eglise catholique a vécu dans une ambiance de prudence, voire de méfiance à l’égard de la Bible. Certes, la Bible a toujours été lue dans la liturgie  -mais en latin !-, elle a toujours servi de référence chez le magistère et parmi les théologiens. Mais elle fut déconseillée pour « le peuple de la base », et même parfois interdite. On craignait des déviations ou des erreurs qui pussent être fatales à la foi et à la communion de l’Eglise.

C’est dire que, sur ce point, l’Eglise catholique revient de loin. Heureusement, bien avant le Concile, des exégètes, des théologiens et des historiens courageux se sont remis à explorer plus à fond les Saintes Ecritures, non sans subir parfois les mises en garde et les remontrances des autorités ecclésiastiques. Citons entre autres le Père Lagrange, qui sera peut-être bientôt béatifié.
Ces prophètes préparaient le Concile sans le savoir.

La Constitution Dei Verbum, en citant d’abord I Jn 1,2-3 situe aussitôt la révélation divine dans un contexte d’amour. Amour de Dieu pour nous et invitation à la communion d’amour et de joie entre les croyants. Voir aussi Ex 33,11 et Jn 15,14-15. Nos 1 et 2.

Cette révélation a connu des étapes.
* La création est elle-même une révélation de la puissance, de la beauté et de l’intelligence de Dieu offertes à notre contemplation et à notre étude rationnelle. Cf. Rm 1,19-20. No 3.
* Dans les diverses religions, nous trouvons aussi des semences de la vérité divine qui nous disent quelque chose du mystère de Dieu. Le Concile en parle surtout dans le document Ad gentes sur l’activité missionnaire no 11 et 15 et dans Gaudium et Spes  no  3.
* Le peuple d’Israël a été le principal dépositaire de la révélation divine, depuis Abraham en passant par Moïse, les prophètes et les poètes des psaumes. C’est l’Ancien Testament, indispensable pour connaître le sens de l’entière révélation divine et son accomplissement en Jésus.
* Car c’est lui, le Christ, comme le rappelle l’épître aux Hébreux  en 1,1-3 qui est à la fois le médiateur et la plénitude de la divine révélation, le révélant et le révélé, par sa vie, sa mort et sa résurrection, sans oublier le don de l’Esprit.
* En s’appuyant sur les paroles et les actes de Jésus, les apôtres et écrivains du Nouveau Testament nous ont transmis  -la Tradition- leur témoignage sur leurs expériences avec le Christ, en les fixant par écrit pour l’essentiel. Leurs Ecritures constituent des références fondatrices pour la vie de l’Eglise et des croyants.

Cette Eglise est la réceptrice et aussi la transmetteuse de ce trésor de vérité et d’amour. Elle le fait dans sa prédication, dans son culte et dans sa vie, en rappelant ce qu’il faut croire et faire pour notre salut. Dans l’Eglise, tout est placé sous la Parole de Dieu, selon les Ecritures et avec l’assistance du Saint Esprit.

Cet Esprit est à l’œuvre :

-          dans le peuple des croyants qui accueillent, vivent et expriment l’Evangile (sensus fidelium) -Lumen gentium no 12, et notamment par les laïcs – Lumen gentium no 35.
-          dans le service du magistère dont le Concile rappelle qu’il n’est pas au dessus de la Parole de Dieu mais à son service, quand il conserve, met en valeur et interprète le message biblique. No 10.
-          Dans les charismes des théologiens, exégètes et autres spécialistes qui nous aident à mieux connaître, interpréter et vivre les richesses de la Parole biblique.

Comment faire avec la Parole de Dieu telle qu’elle nous est transmise par la Bible ?

* Nous devons d’abord croire que Dieu a parlé jadis et qu’il nous parle encore aujourd’hui. C’est la foi.
* Nous devons demander les grâces du Saint Esprit dans la prière pour pénétrer les saints mystères à la fois cachés et révélés dans les Ecritures. No 25
* Nous devons continuellement puiser en elles, personnellement et aussi en communauté, les trésors de vérité et d’amour qui nous aident en vivre en enfants de Dieu-Père.

Quelques points d’attention

* Ces textes, même s’ils sont sacrés, sont aussi des textes écrits par des humains. Nos 12 et 13.  En conséquence il faut les aborder dans leur contexte personnel, communautaire et historique. Les sciences humaines sont là pour nous y aider. Il faut aussi les prendre au sérieux.
* A travers ces textes situés dans leur environnement, Dieu continue de nous dire quelque chose d’important sur lui-même et sur nous, sur le mystère trinitaire et sur notre propre mystère. C’est ce qu’il faut essayer de décrypter, parfois entre les lignes.
* Finalement, chacun doit se poser la question : qu’est-ce que Dieu me dit à moi personnellement, à nous communautairement, aujourd’hui ? D’où l’importance de la méditation personnelle, mais aussi du partage communautaire et de la liturgie. No 21 

Recommandations

Ne pas oublier d’honorer aussi l’Ancien Testament. No 15
L’eucharistie et la Parole de Dieu dans les Ecritures sont les deux côtés d’une même table sur laquelle Dieu offre le pain de vie à ses fidèles. Il faut les vénérer pareillement. No 21
Il faut continuer de rendre l’accès des Ecritures largement ouvert à tous les chrétiens. No 22
Les études bibliques entre chrétiens des Eglises encore séparées sont vivement recommandées.  No 22


Une prière

« Que par la lecture et l’étude des Livres saints « la parole de Dieu accomplisse sa course et soit glorifiée » (2 Th. 3,1) et que le trésor de la Révélation confié à l’Eglise comble de plus en plus le cœur des hommes. » No 26.


                                                           Claude Ducarroz


vendredi 7 juin 2013

Homélie de confirmation

Confirmation

J’ai 73 ans. Je suis donc un vieux monsieur. Mais j’ai la joie de vous connaître, au moins un peu. J’ai lu attentivement vos lettres. Je vous ai aussi rencontrés. C’est pour moi un privilège. Je vous dis merci.
Vous êtes bien les enfants de votre temps, comme c’est normal d’ailleurs. Je vous vois dans les bus et les trains avec vos casques et vos oreillettes. Vous avez tous un ordinateur. Vous carburez avec les IPhone, IPad et autres tablettes. Vous portez des jeans et des Tee-Shirts. Vous connaissez mieux la vie de Justin Bieber et de Madonna que la vie des saints chrétiens !
Mais en même temps, vous êtes comme les jeunes de toujours. Vous avez des rêves d’avenir, vous avez des soucis pour votre future profession, vous pensez déjà à l’amour. En un mot : vous vous souhaitez le bonheur. Et vous avez bien raison.

Vous arrivez dans un monde que vous n’avez pas choisi. Il contient de bonnes choses, surtout si vous comparez avec d’autres sociétés ailleurs. Vous jouissez de sécurité et même d’un certain confort. Vous recevez une bonne formation. Vous pouvez voyager. Vous êtes connectés avec le monde entier grâce à internet. N’oubliez pas de dire merci à celles et ceux qui vous ont offert tout cela. Je pense en particulier à vous, les parents venus de la migration. Vous avez tellement travaillé pour vos enfants et petits-enfants.

Mais reconnaissez-le: ce monde est aussi plein de dangers. On y trouve le meilleur mais aussi parfois le pire. En particulier pour vous sous la forme de multiples tentations : l’alcool, la drogue, le vagabondage sexuel, les solitudes suicidaires, le matérialisme qui réduit l’autre à un objet ou une marchandise. Tout pour l’avoir, rien pour l’être !
Eh ! bien, maintenant, c’est à vous de jouer. L’avenir est entre vos mains. Quel monde voulez-vous ? A vous de le faire, si possible mieux que nous. Toutes sortes de modèles se présentent à vous, sous forme de propositions, voire de séductions. Restez lucides. Choisissez bien !Tout ce qui brille n’est pas de l’or !

Aujourd’hui, quelqu’un s’est glissé au milieu de vous. Très discrètement. Il a déjà parlé à votre cœur, à votre conscience. Il a un grand projet pour vous ou plutôt avec vous.
D’abord il vous dit que vous êtes des êtres merveilleux puisque vous êtes créés, comme homme et femme, à l’image même de Dieu. Vous êtes les enfants de Dieu-Père. Vous êtes de sa maison et vous devez vous sentir bien chez lui et avec lui. Tout cela, vous le savez depuis votre baptême.

Sur la route de la vie, quoi qu’il arrive, vous n’êtes pas seuls. Quelqu’un vous indique le bon chemin. Il vous donne la main comme un bon compagnon. C’est notre frère Jésus de Nazareth. Ses paroles et ses exemples sont racontés dans l’Evangile. Il est mort par amour pour nous. Parce qu’il est ressuscité, il peut nous faire une promesse extraordinaire : notre vie est programmée pour la vie éternelle. Qui peut vous promettre autant, et que ce soit vrai, prouvé ? Ton destin est encore meilleur que tout ce que tu peux désirer ou imaginer. Qui dit mieux ?

Et aujourd’hui il te donne encore un cadeau de plus : du souffle, de l’énergie, son Esprit. Oui, Jésus en remet une couche, toujours dans le registre de l’amour. Tel est ce sacrement de la confirmation, votre Pentecôte.
Vous vous souvenez sans doute : à la Pentecôte, il y avait du vent et du feu sur les apôtres. Quand on met ensemble du vent et du feu, ça provoque un incendie. Dieu veut allumer en vous un incendie, la force d’aimer, le courage de donner envie à d’autres de suivre le Dieu-Amour. Il fait de vous des incendiaires de l’évangile. Il y a trop de pompiers dans notre monde, qui veulent éteindre ce feu-là. Soyez des allumés…allumeurs !

Bien sûr ce cadeau est offert, autrement dit proposé, pas imposé. Tu veux ou tu veux pas ?
Si tu veux, alors accueille-le. Dans ton cœur, par la prière et le silence. Comme une lumière sur ta route : c’est la parole de Dieu à méditer. Comme une nourriture qui donne des énergies pour lutter et persévérer : c’est l’eucharistie.
Tu ne vas pas recevoir tout cela tout seul, sans le partager avec d’autres. C’est ça, l’Eglise. Bien sûr, tu n’es pas toujours à l’aise avec elle, car elle est comme nous : imparfaite. Mais pense à tout ce que l’Eglise t’a déjà donné. Et fais Eglise avec d’autres, par exemple d’autres jeunes, et tu seras en bonne compagnie pour être chrétien dans le monde d’aujourd’hui. Il ne faut surtout pas rester tout seul dans ton coin.

Je vous vois maintenant dans cette église comme dans un bateau. On est tous embarqués pour une magnifique aventure, celle de la vie à réussir, en étant heureux tout en faisant des heureux autour de nous. Je te propose de lever haut les voiles de ta disponibilité et de ton accueil afin que l’Esprit puisse souffler en toi, lui qui veut te donner de la lumière et du courage. La traversée ne sera pas toujours facile. Mais l’Esprit est toujours avec nous et nous sommes ensemble. Le phare de l’évangile nous indique la route à suivre. Franchement, avec le Christ ton ami, c’est encore tellement mieux qu’avec Bieber et Madonna !

Bon voyage !



                                               Claude Ducarroz