jeudi 1 novembre 2018
Toussaint 2018
Toussaint 2018
Le trans-humanisme. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de cela puisque les médias s’y intéressent de plus en plus.
C’est l’idée –car pour le moment c’est surtout une imagination- que l’homme peut être augmenté, en plusieurs de ses dimensions, par les progrès de la science et des techniques, et notamment grâce aux extraordinaires performances de l’électronique. Si l’on peut dessiner en trois D nos rêves les plus fous, pourquoi ne pourrait-on pas un jour les traduire dans la réalité ? N’a-t-on pas déjà la possibilité de remplacer plusieurs pièces usagées de notre corps par des membres artificiels ? Pourquoi ne ferions-nous pas de même dans notre cerveau ? Certains, peut-être pas si utopiques que cela, rêvent d’allonger notablement notre vie sur terre, et pourquoi ne deviendrions-nous pas immortels ?
Ces fantasmes –qu’il ne faut pas trop tôt taxer de folles élucubrations- prouvent au moins une chose : même quand l’homme a éliminé Dieu, même quand il l’a remisé dans les oubliettes de l’histoire, il ne cesse de se comprendre ou de se désirer comme programmé pour une vie éternelle. Et comme, selon lui, il ne faut plus compter sur Dieu pour y arriver, il estime qu’il pourra y parvenir lui-même, tôt ou tard, par ses propres moyens.
Dans ce contexte, nous voilà réunis pour la messe de la Toussaint, avec, concernant nos chers défunts, nos seuls souvenirs pour certains, le sentiment d’une certaine communion pour d’autres, et l’espoir d’un possible revoir pour les plus religieux d’entre nous, parce que, nous aussi, nous croyons à l’immortalité des personnes, même décédées.
Pas au terme de nos efforts sur-humains, mais par l’accueil reconnaissant d’une grâce offerte par un certain Jésus de Nazareth qui nous a dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra éternellement. »
Le trans-humanisme ou le sur-humanisme, nous ne le cherchons pas dans une performance humaine. Nous le recevons comme un cadeau de la performance divine en Jésus que Dieu a ressuscité d’entre les morts comme premier né d’une multitude de frères et sœurs…que nous sommes.
Dans la résurrection de Jésus, constaté par des témoins sidérés mais fiables, Dieu a mis en route la transformation, et même la transfiguration, de notre humanité mortelle en promesse garantie de vie éternelle. Pas besoin de l’inventer nous-mêmes, il suffit de l’accueillir comme un don, certes qui nous dépasse infiniment, mais surtout qui nous comblera parfaitement, au-delà de toutes nos imaginations et de tous nos désirs.
Face à l’utopie de la trans-humanité, nous pouvons choisir : ou essayer de conquérir l’éternité par nous-mêmes, ou la recevoir comme une grâce, de celui qui, ayant passé par la mort comme nous, est revenu nous confirmer cette promesse avec des arguments solides: « Là où je suis, vous serez aussi avec moi pour toujours. »
Est-ce à dire que nous n’ayons plus rien à faire, sinon à nous laisser aller dans le n’importe quoi ici-bas, en attendant la suite dans l’au-delà ?
D’abord il n’est pas indifférent que, par la foi, nous prenions ce chemin-là pour avancer humainement dans l’existence, de sorte que nous arrivions dans la cible au moment de quitter notre vie en ce monde. Croyons-nous à notre vocation éternelle ?
Et puis, justement dans l’évangile de cette fête, Jésus, qui nous promet une fois de plus ce qu’il appelle « le royaume des cieux », nous indique une feuille de route pour la sécurité de notre pèlerinage en cette vie, en espoir de l’autre.
Les promis à la résurrection ne peuvent pas vivre n’importe comment. S’ils veulent être au rendez-vous du bonheur éternel, il leur est proposé cet itinéraire qu’on nomme justement « les béatitudes », à savoir des déclarations ou des promesses de bonheur.
Etre assez pauvre pour tendre la main vers Dieu et recevoir sa parole et sa présence avec reconnaissance.
Etre assez juste, pur, miséricordieux, pacifique avec nos frères et sœurs humains pour leur indiquer ainsi le chemin qui mène au Dieu de l’amour et de la vie éternels.
Porter et supporter nos épreuves, y compris celle de la mort –la nôtre et celle de ceux que nous aimons- avec les larmes de l’espérance et non pas celles du désespoir.
Traverser cette vie en misant sur l’amour pour nous retrouver, à l’autre bout, prêts à nous fondre dans l’Amour majuscule qu’est Dieu, en qui nous retrouverons tous ceux et toutes celles que nous avons aimés et qui nous ont aimés. Et même quelques autres.
Finalement, ne jamais oublier cette petite phrase qui change tout dans la vie et à l’heure de la mort : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ».
Claude Ducarroz
dimanche 21 octobre 2018
invitation à vous!
Invitation à vous
L’organisation « Plans fixes » - qui diffuse des entretiens filmés avec diverses personnalités de Suisse romande - m’a sollicité pour un enregistrement. Il s’agit d’un film en noir et blanc, piloté par le journaliste et animateur Jean-Marc Richard.
Ce film passera en première diffusion au cinéma Rex de Fribourg (près de la gare) le mercredi 7 novembre à 18h.30.
La projection, gratuite et ouverte à tous, dure 50 minutes et sera suivie d’un apéritif convivial.
Je vous invite bien cordialement. Pour la joie de nous revoir !
Claude Ducarroz
jeudi 18 octobre 2018
Pape François: regard critique
Regard critique
Ah ! le pape…
Le style, c’est l’homme. Et aussi le pape. Je suis très surpris…en bien. Domicile à Ste-Marthe, à l’écart des palais ; moins d’or et de dentelles dans les liturgies ; un langage simple, spontané, même avec quelques dérapages à la clé ; une volonté évidente de proximité avec le peuple.
On aime le pape parce qu’on sent qu’il nous aime. Tous, à commencer par les plus humbles et les plus pauvres. C’est de l’évangile en barre. Merci.
Et puis il y a la mission. Je suis impressionné par sa demande constante de prière pour lui. Quelle responsabilité ! Il se sait et se sent dans la main de Dieu. Et aussi, quelque part, remis entre nos mains.
Il a réussi à faire bouger quelques lignes.
Dans la société, avec son encyclique sur l’écologie, avec sa solidarité affichée et cohérente avec les migrants en perdition.
Et dans l’Eglise ? C’est tellement difficile ! Le synode sur la famille a mieux promu une pastorale de la miséricorde. Très bien.
Dans les affaires de pédophilie, il semble maintenant au clair et efficace.
Et sur les grandes réformes internes ? J’attends davantage. Après 5 ans et 26 séances prolongées avec son conseil rapproché (le groupe des 9 cardinaux), qu’est-il sorti jusqu’à ce jour ? Pas grand-chose, semble-t-il. On devine beaucoup de résistances.
J’espérais que tout irait plus vite : la réforme de la curie, la décentralisation de l’autorité, l’élargissement des ministères, la place de la femme dans notre Eglise, des avancées œcuméniques significatives : que c’est lent ! Si ça avance…
Enfin le défi de l’évangélisation ! L’ambiance générale est rendue plus favorable par le témoignage de notre pape. Mais comment annoncer l’évangile dans une société aussi éclatée, dans la variété des cultures et la complexité des situations ? Personne n’a la recette ! Car là, c’est notre affaire à tous. Donc, à nous d’y aller, sans tout ni trop attendre de Rome. Même un bon pape… n’est que le pape !
Claude Ducarroz
lundi 8 octobre 2018
La parole au peuple. Prenons-la!
La parole au peuple. Exprimez-vous !
Dans sa lutte contre les abus sexuels perpétrés
par des membres du clergé, le pape François, après avoir établi un diagnostic
pertinent dans la culture du cléricalisme, a lancé deux initiatives
intéressantes. D’une part il rassemblera tous les présidents des conférences
épiscopales lors d’une assemblée extraordinaire du 21 au 24 février 2019.
D’autre part, dans une lettre au peuple de Dieu datée du 20 août 2018, il
mobilise toute l’Eglise catholique dans ce combat évangélique contre de tels
scandales. Il écrit : « Il est nécessaire que chaque baptisé se sente
engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons besoin… Il
est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la
participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. »
Tout cela est bel et bon. Mais attention au
piège possible.
Puisque les principales décisions seront prises
au Vatican par l’assemblée des évêques autour du pape, les braves
« chrétiens de la base » pourraient en déduire qu’ils n’ont pas voix
au chapitre, sinon par la prière et le jeûne, dans l’attente docile des décrets
tombant d’en haut. Après tout, ces abus ont été pratiqués par le clergé, y
compris par certains évêques. C’est surtout à eux de se convertir.
Or la révélation de certains péchés d’un certain
clergé met en évidence un disfonctionnement structurel dont souffre toute
l’Eglise, de sorte que tout le peuple de Dieu doit maintenant prendre en
charge, avec la grâce de Dieu, des redressements aussi urgents que nécessaires.
Il y va de la crédibilité de notre Eglise dans son pèlerinage actuel en notre
histoire. Et pour tout dire, il s’agit de sa docilité aux appels de l’Evangile
du Christ et de ses réponses aux signes de l’Esprit.
L’excellent journal La
Croix , à titre d’exemples, signale les questions suivantes :
quelle place pour les prêtres ? quelle place pour les laïcs ? comment
faire droit à l’égalité de tous devant le baptême ? quelle place pour les
femmes ? où et comment organiser le débat dans l’Eglise ? comment
assumer les fautes de l’Eglise ? (Cf. La Croix
du 19 septembre 2018).
La simple lecture de ces thèmes devrait suffire
à susciter l’expression libre parmi tous les chrétiens, et même au delà. Rien
ne serait plus dommageable qu’un silence douloureux mais résigné, qu’une
indifférence déprimée face aux enjeux de ces graves évènements.
C’est pourquoi, de ma modeste place, je fais
appel aux chrétiens, personnellement et en communautés, pour qu’ils expriment,
en toute liberté et responsabilité baptismales, leurs opinions, leurs réactions
et leurs propositions au sujet des indispensables réformes à promouvoir dans
notre Eglise. Plus concrètement, qu’ils les envoient à l’évêque suisse qui
représentera ses collègues à la prochaine assemblée de février. Nous avons l’espoir
que les voix du peuple de Dieu seront entendues et prises en compte. Car rien
ne serait plus décourageant qu’une réunion en vase clos, sous une forêt de
mitres, sans le témoignage du peuple chrétien et donc sans nous. Plus que
jamais : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit
dit aux Eglises ! » (Ap 2 et 3).
Le pape n’a-t-il pas écrit : « Le
seul chemin que nous ayons pour répondre au mal qui a gâché tant de vies est
celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de
Dieu » ?
La parole est au peuple !
Prenons-la ! Exprimons-la !
A toutes fins utiles, voici l’adresse de Mgr
Felix Gmür, qui représentera les évêques suisses à l’assemblée de Rome en
février prochain :
Case postale 216 4501 Soleure
generalvikariat@bistum-basel.ch
Claude
Ducarroz
vendredi 31 août 2018
Foin du cléricalisme
Entre diagnostic et thérapie
Non ! Je ne veux pas rajouter une couche à
l’interminable litanie des lamentations. Même si, à propos des abus sexuels
commis par des membres du clergé catholique, il faut continuer d’exiger
compassion et compensation à l’égard des victimes, et une juste punition à
l’égard des coupables.
A la suite du pape François, il est maintenant
urgent de dresser un diagnostic précis pour promouvoir une thérapie efficace.
Le 4 mai 1877, l’homme d’Etat français Léon Gambetta
proclamait devant l’assemblée nationale : « Le cléricalisme, voilà
l’ennemi ! » Curieusement, le pape François a repris cette formule
presque mot à mot pour fustiger la détestable culture ecclésiastique qui a
gangréné certains milieux d’Eglise. Un diagnostic qu’il convient d’expliciter,
pas pour tenter d’excuser mais pour essayer de comprendre… et surtout corriger !
Le cléricalisme, c’est s’estimer au dessus des
autres chrétiens - a fortiori au dessus
des autres humains-, parce qu’une consécration mystérieuse nous a imprégnés
d’un sceau sacré.
Le cléricalisme, c’est manifester un pouvoir
pesant en vertu d’une mission reçue, avec d’autant plus d’arrogance que la
responsabilité semble confiée d’en haut.
Le cléricalisme, c’est dominer sans partage sur
une communauté en revendiquant l’obéissance aveugle des brebis à l’égard du
« bon pasteur » qui les guide « au nom du Seigneur ».
Le cléricalisme, c’est abuser de la faiblesse
des autres, en oubliant la sienne, sous prétexte que la grâce divine nous
investit d’une force surnaturelle.
Le cléricalisme, c’est se croire dispensé des
règles humaines de la justice et du respect parce que nous sommes au service
d’une Eglise qui a ses propres traditions immémoriales.
Le cléricalisme, c’est se distinguer de toutes
les manières pour accréditer une position de surplomb sur le commun des mortels,
du moment que nous sommes « mis à part » en vue d’une mission
supérieure.
Le cléricalisme, pour certains, c’est estimer
que les frustrations dues à la pratique d’un célibat vécu comme une obligation
insupportable, autorise des compensations secrètes que l’Eglise saura bien camoufler
pour préserver sa réputation dans le grand public.
Le cocktail de plusieurs de ces pratiques peut
conduire au pire, comme on doit hélas ! le déplorer, dans les larmes de notre
pénitence collective.
Il est temps de passer à des thérapies de
choc…évangéliques.
Il y a certainement, du côté des formateurs des
futurs prêtres, des prises de conscience qui les ont rendus plus lucides et
plus prudents dans le discernement et l’accompagnement des candidats.
On ne fera pas l’économie d’une nouvelle
mentalité parmi les serviteurs de l’évangile et de l’Eglise, que sont les
prêtres. La fragilité des autres n’autorise aucun abus dans le ministère. Le
caractère sacré de la mission reçue requiert la plus douce humilité. En régime
chrétien, l’autorité n’est-elle pas le contraire du pouvoir qui impose,
autrement dit un service qui aide l’autre à grandir dans la vraie liberté ?
Faut-il se distinguer par des apparences clinquantes ou par le rayonnement des
charismes les plus humbles ?
Le dialogue et le partage entre les prêtres et
les autres membres du peuple de Dieu n’est-il pas une meilleure garantie de
communion dans l’animation de la communauté, plutôt que l’imposition
hiérarchique et sacrale de décisions purement cléricales ?
Ne faut-il pas revoir les conditions humaines
et spirituelles dans lesquelles les prêtres vivent leur célibat, surtout quand
ce célibat semble, du moins à certains, un lourd fardeau à porter plutôt qu’une
grâce qui les porte ?
Il nous faut re-méditer ces textes du concile
Vatican II. « Même si certains, par
la volonté du Christ, sont institués docteurs, dispensateurs des mystères et
pasteurs pour le bien des autres, cependant, quant à la dignité et à l’activité
communes à tous les fidèles dans l’édification du corps du Christ, il règne
entre tous une véritable égalité. » Lumen gentium
no 32.
Foin du cléricalisme !
Claude Ducarroz
3960 signes
vendredi 17 août 2018
Homélie eucharistique
Homélie
19
août 2018
Encore !
Ceux qui, parmi vous, participent à la messe
chaque dimanche l’auront peut-être remarqué : durant 5 dimanches de suite,
l’évangile de la liturgie ne nous parle que de l’eucharistie. En réalité, c’est
la lecture continue, par tranche, du 6ème chapitre de l’évangile de
Jean qui compte, à lui tout seul, 72 versets.
Bien sûr, je pourrais rajouter une couche de
commentaire sur le mystère eucharistique, ne serait-ce qu’à partir du premier
verset de l’évangile d’aujourd’hui : « Jésus disait à la foule :
« Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange
de ce pain, il vivra éternellement. »
Permettez que je m’attache plutôt à une autre
phrase : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi
et moi je demeure en lui. » Et la question se pose alors : Comment les chrétiens qui communient si
intimement à Jésus peuvent-ils devenir eux-mêmes « eucharistiques »,
et si possible dès-ici bas ? Car finalement, si la communion au corps et
au sang du Christ -réellement présent dans l’eucharistie- nous fait
« demeurer en lui », ça devrait se manifester dans notre vie, au
point que même les autres devraient pouvoir le remarquer.
Quand on relit tout ce chapitre 6 de saint
Jean, on pourrait baliser ainsi le cheminement du chrétien eucharistique :
partir de la nature respectée, œuvrer dans la culture sous toutes ses formes et
participer pleinement au culte qui culmine justement dans l’eucharistie.
Vous vous en souvenez ! La promesse de
l’eucharistie a commencé par ce qu’on appelle la multiplication des pains.
Le pain -et le vin évidemment- y compris à la messe, c’est d’abord le fruit
de la nature. On le sait bien, à l’heure de la moisson, de la vendange …ou de
la sécheresse. D’ailleurs Jésus avait rassemblé les foules au bord du lac et il
fit asseoir les gens, dit l’évangile, « là où il y avait beaucoup d’herbe ».
L’état d’esprit eucharistique commence par un certain regard contemplatif sur
la nature, une certaine mentalité écologique, un respect des biens de la terre.
Le pape François nous le rappelle dans son encyclique Laudato si : « L’eucharistie
est source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant
l’environnement. Elle nous invite à être gardien de toute la création. »
(no 236).
Et puis il y a évidemment la culture, au sens
premier du terme : cultiver la terre et gérer ses richesses pour les
mettre au service des hommes, de tous les hommes. Pour nourrir les foules comme pour célébrer
l’eucharistie, il faut le pain « fruit du travail des hommes et des
femmes. » D’ailleurs Jésus a aussi dit à ses disciples : « Donnez-leur
vous-mêmes à manger ». Et pour accomplir son miracle, il a eu besoin des
cinq pains d’orge et des deux poissons qu’un enfant à bien voulu offrir pour
les partager.
Vous aurez aussi remarqué que les disciples
sont mis à contribution pour la suite de l’évènement, y compris pour ramasser
les morceaux qui restaient afin que rien ne soit perdu.
Il faut donc étendre le principe de culture à
tout ce que les hommes font à partir de la nature, par le travail sous toutes ses
formes, y compris par les arts, les sciences, les techniques les engagements
socio-politiques, etc…
Mais à condition que tout cela respecte la
nature, favorise la solidarité et organise le partage, avec priorité pour
celles et ceux qui sont encore victimes des injustices et des inégalités.
Rien n’est plus contraire à l’eucharistie
qu’une société où les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres
toujours plus pauvres. Le consumérisme à outrance, le pillage et le gaspillage
des biens de la terre, le matérialisme arrogant : voilà l’ennemi. Une fois
de plus, le pape nous le rappelle. Il nous presse de passer de la culture des
déchets à la culture du partage. En somme : à la table eucharistique.
Je n’oublie pas le culte, à savoir la vie
spirituelle, qui culmine dans la liturgie, à commencer par l’eucharistie. Là
tout se rassemble, se noue et s’offre dans le divin et humain sacrifice. Quand
nous nous rassemblons pour la messe, nous prenons avec nous la nature cosmique,
nous portons en nous et avec nous toute l’humanité en quête de justice et de
paix, nous constituons l’Eglise universelle autour de Jésus mort et ressuscité.
L’eucharistie épouse toutes ces dimensions. La
nature est au rendez-vous, car, dit le pape, « l’eucharistie est en soi un
acte d’amour cosmique ». La culture brille aussi sous toutes ses facettes,
y compris dans les scintillements de la beauté esthétique, et le vrai culte pascal
est re-présenté « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».
Avons-nous conscience de tout cela ?
Sommes-nous disposés à nous investir, dans la société et dans l’Eglise, pour
que cette riche alliance de tant de beaux mystères soit plus visible, plus crédible,
plus fraternelle, plus désirable ?
Sommes-nous prêts à devenir davantage
eucharistiques ?
Claude Ducarroz
mardi 14 août 2018
Assomption de marie 2018
Assomption 2018
« Actuellement, on ne parle que
d’elles ! », me disait un homme sans doute un brin jaloux. Et c’est un peu vrai : depuis certaines
révélations particulièrement sordides, on parle beaucoup de la femme et des
femmes. A juste titre, elles ne manquent
aucune occasion de faire parler d’elles quand il s’agit de rappeler leur
égalité foncière en humanité, de revendiquer le respect de toute leur dignité
ou d’exiger leur juste promotion partout où le sexisme continue de sévir.
On pourrait dire que, aujourd’hui, à la faveur
de cette fête, l’Eglise catholique s’y met aussi. Elle place en évidence,
jusque dans sa liturgie, une Femme -avec f majuscule- « ayant le soleil
pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze
étoiles. » Qui dit mieux ? serait-on tenté de répéter aux féministes
de toutes couleurs.
C’est la fête de l’assomption de la vierge
Marie, la mère de Jésus. Dans la théologie et la piété catholiques, portées par
d’antiques traditions, tant en Orient qu’en Occident, ceci est devenu très tôt
évident : la mère du Christ ressuscité, la femme toute sainte, que toutes
les générations doivent proclamer bienheureuse, a été enlevée et élevée au ciel
pour partager, dès sa mort, la gloire de Jésus, le premier né d’entre les morts.
Cette merveille réjouit le peuple de l’Eglise, heureuse
d’acclamer dans la lumière pascale, celle que Jésus nous a donnée pour mère du
haut de sa croix.
Aujourd’hui, et spécialement dans cette église
qui est consacrée à Notre-Dame, c’est un peu la fête de famille autour de la
maman bienheureuse, entièrement absorbée en Dieu, avec tout ce qu’elle fut et
tout ce qu’elle est, à savoir aussi son corps en qui l’Esprit saint a fait
germer et grandir le corps de Jésus, le Verbe fait chair au milieu de nous.
Rien en Marie ne s’opposait à cette
transfiguration immédiate. Et c’est ce qui lui est arrivé, par pure grâce
évidemment.
Encore faut-il en tirer quelques conséquences
pour nous aussi aujourd’hui.
La première, c’est que l’assomption de Marie
est un privilège, mais pas une exception. Elle nous précède dans cette grâce
toute pascale, mais nous n’en sommes pas exclus. Au contraire, ce qui est
arrivé à Marie d’abord nous est promis aussi à nous, selon l’engagement formel
du sauveur : « Je vais vous préparer une place… Là où je suis, vous
serez aussi avec moi. »
Et saint Paul le rappelait aux Corinthiens qui
avaient de la peine à le croire : « De même que tous les hommes
meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous revivront pour la vie
éternelle par la résurrection …quand ce Christ aura anéanti la mort. »
L’assomption de Marie, c’est donc l’assurance
que nous serons un jour et pour toujours avec Jésus vivant, comme elle et avec
elle, et tous les autres aussi. En un mot : quelle que soit notre vie
actuelle, le meilleur est encore devant nous. Marie la bienheureuse, Marie la
glorieuse, nous aide à y croire et, en priant pour nous, à le vivre, même imparfaitement.
Et comment, me
direz-vous ?
Entre autres en respectant la beauté et la
dignité du corps, et singulièrement du corps de la femme, de toutes les femmes.
Car ce qu’il y a d’extraordinaire –sans être unique-, c’est justement que l’assomption
de Marie, comme nous le rappellent tant de peintures et d’images, implique
pleinement son corps sexué lors de son entrée en gloire. Ne serait-ce pas
justement ce qu’on pourrait nommer une magnifique originalité mariale du
christianisme : le destin éternel
du corps ?
Comme le sauveur a passé par le corps d’une
femme, Marie de Nazareth, pour venir jusqu’à nous en pleine humanité, de même
le salut impactera aussi notre corps.
Car il est vrai que Dieu dans le Christ, et
avec la collaboration physique et croyante de Marie, veut emmener dans sa
gloire tous les hommes et tout l’homme, y compris notre corporéité un jour
récupérée.
La manière dont nous regardons et à fortiori
traitons le corps de la femme mesure notre degré de foi en notre vocation à la
résurrection bienheureuse. Il y a aussi un juste féminisme chrétien et, si
j’ose le dire, un féminisme marial.
J’ajoute enfin que le culte marial, comme on le
nomme parfois, si développé dans cette basilique, ne doit pas servir de
prétexte à justifier sournoisement un certain sexisme qui sévit parfois ou peut
toujours revenir. On pourrait en effet croire que les chrétiens –et surtout les
catholiques- ont déjà beaucoup donné à la femme à travers la figure de Marie
glorieuse ou par la piété mariale. Dès lors ça pourrait autoriser, à l’égard
des autres femmes - certes moins saintes qu’elle, mais tout aussi sainte que
les hommes sinon plus-, des attitudes de
discrimination rampante.
Respecter le génie féminin, apprécier ses
charismes et qualités spécifiques, ce n’est pas soumettre la femme et les
femmes à des exclusions ou des barrières. Il faut leur permettre partout de
déployer, pour l’enrichissement de notre humanité, les valeurs et les beautés
qu’elles recèlent, pour les mettre au service de tous, tant dans la société que
dans l’Eglise.
Il me semble que Marie, élevée toute entière au
ciel, aujourd’hui, nous dit aussi cela…sur la terre !
Ainsi soit-il !
Claude Ducarroz
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