Fleur de vie
Deux regards
Depuis cet après-midi, je comprends mieux qu’il y a deux façons différentes de regarder la vie.
Jour sombre. Soudain des rayons de soleil viennent m’éblouir à travers la fenêtre de mon bureau. Qu’est-ce que je remarque spontanément ? Le triste état des vitres qui ont un urgent besoin d’être nettoyées. Ce beau soleil, en effet, met en évidence la poussière déposée sur les carreaux. Il faut absolument que j’anticipe sur les lavages de printemps !
Et puis je réfléchis. Il serait dommage que ces escarbilles accumulées m’empêchent d’apprécier …le soleil. Qu’est-ce qui est le plus important ? Quelques malheureuses saletés sur les vitres, ou le doux chatoiement du soleil qui vient me dire bonjour à travers ces fenêtres imparfaites ? Ne vaut-il pas mieux profiter du cadeau-surprise de cette lumière bienvenue, plutôt que de me fixer rageusement sur la pollution héritée de la rue ? Les fenêtres peuvent attendre. Mais le soleil d’hiver brille et réchauffe si brièvement. Donc…
Ainsi des évènements de la vie. Il y aura toujours des occasions de gémir ou de rouspéter, à cause de soi-même, et plus encore à cause des autres évidemment. Mais n’y a-t-il pas aussi des opportunités de rendre grâces pour les petits plaisirs ou les grands bonheurs que l’existence nous offre, le plus souvent gratuitement, même si c’est furtivement ? Finalement, qu’est-ce que je regarde, qu’est-ce que je retiens ? La vitre empoussiérée de tant d’imperfections, ou les signes d’amour ensoleillé que Dieu me donne au gré des circonstances et des rencontres ?
A chacun de choisir son angle de vue sur la vie.
1609 signes Claude Ducarroz
samedi 30 janvier 2010
Homélie pour l'Unité des chrétiens
Homélie
Dimanche de l’unité des chrétiens
Ca tient du miracle! C’est pourquoi il faut y tenir fermement. Et j’y tiens. Durant des siècles, la Bible a séparé, divisé et opposé catholiques et protestants. Jusqu’à se faire la guerre.
“La Bible, rien que la Bible, c’est pourquoi nous avons raison contre vous”, clamaient les protestants.
“Attention à la Bible, ça peut être un livre dangereux, à ne pas mettre entre toutes les mains, et surtout pas celles des laïcs ”, ont réagi les catholiques obsédés par les dérives des interprétations contradictoires ou fantaisistes.
Aujourd’hui – merveille - la Bible nous réunit, nous rassemble, peu à peu nous réconcilie. Elle est notre trésor commun qui nous révèle tous les autres et nous y conduit
Les textes de ce dimanche illustrent parfaitement - et surtout encouragent – ces progrès oecuméniques dont nous sommes les témoins heureux, dont nous devons être les acteurs toujours plus enthousiastes.
Les juifs exilés à Babylone ont pu rentrer en Israël grâce à l’édit de Cyrus en 538 av. J-Christ. La cohabitation avec les juifs restés sur place à Jérusalem n’est pas facile. On a de la peine à se comprendre, à s’accepter, à vivre ensemble. Il faut donc refaire l’unité d’un peuple guetté par des réflexes d’exclusions.
Comment faire ?
Néhémie le gouverneur et Esdras le prêtre ont trouvé la parade : rassembler les uns et les autres autour de la Parole biblique dans une belle et émouvante liturgie, une fête de la Bible.
Et là, tout y est.
On lit la Parole, mais on la traduit aussi pour que chacun comprenne dans sa langue. On en donne le sens pour l’expliquer juste. Et surtout pour lui permettre de devenir féconde dans la vie des personnes et la vie du peuple tout entier, appelé à relever de nouveaux défis. Et le tout dans la joie, avec un festin des retrouvailles, bien arrosé.
C’est un peu cette même expérience que le jeune Jésus fait dans la synagogue de son village, à Nazareth. Appelé à ouvrir le livre et à proclamer la Parole, il interprète l’oracle libérateur du prophète Isaïe, et il ose même dire :
« Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Oui, l’actualité de cette parole, avec des conséquences religieuses – il est le consacré par l’onction de l’Esprit – Saint – mais aussi des répercussions sociales et politiques – libérer les prisonniers et les opprimés, en même temps qu’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux malades de toutes sortes.
La mission du Christ-Messie est devenue la mission de l’Eglise aujourd’hui, notre mission. C’est pour cela – comme le rappelait l’apôtre Paul aux Corinthiens – qu’il y a dans l’Eglise toutes sortes de vocations et de services, comme il y a dans un même corps plusieurs membres, tous utiles, et complémentaires les uns des autres. Dans notre Eglise, on a beaucoup insisté sur les apôtres et leurs successeurs. Mais il ne faudrait pas oublier les prophètes, ceux et celles –car il y a beaucoup de femmes- qui nous réveillent, nous dérangent, nous agacent peut-être parce qu’ils nous bousculent dans nos habitudes et traditions. Ils nous invitent à ne pas tricher avec l’Evangile au cœur de notre société et jusque dans nos communautés d’Eglise.
Les apôtres de l’œcuménisme font partie de ces prophètes nécessaires parce que stimulants. Comme au retour de l’exil en Israël, comme Jésus dans son fief de Nazareth, ils nous proposent instamment, chrétiens de confessions différentes, de nous rassembler dans la prière autour de la Parole de Dieu et de l’étudier ensemble, et de nous retrouver plus forts et plus unis pour la mettre en pratique dans nos Eglises et dans notre société, comme un levain dans la pâte humaine. C’est le sens, entre autres, du prochain Festi Bible œcuménique qui animera Fribourg au prochain Jeûne Fédéral. Vous êtes d’ores et déjà invités. Qu’on puisse dire ce jour-là, mais aussi tous les autres jours :
« Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».
Et qu’en voyant tous les chrétiens en pèlerinage de réconciliation, tous puissent déjà proclamer « Voyez comme ils s’aiment ! »
Claude Ducarroz
Dimanche de l’unité des chrétiens
Ca tient du miracle! C’est pourquoi il faut y tenir fermement. Et j’y tiens. Durant des siècles, la Bible a séparé, divisé et opposé catholiques et protestants. Jusqu’à se faire la guerre.
“La Bible, rien que la Bible, c’est pourquoi nous avons raison contre vous”, clamaient les protestants.
“Attention à la Bible, ça peut être un livre dangereux, à ne pas mettre entre toutes les mains, et surtout pas celles des laïcs ”, ont réagi les catholiques obsédés par les dérives des interprétations contradictoires ou fantaisistes.
Aujourd’hui – merveille - la Bible nous réunit, nous rassemble, peu à peu nous réconcilie. Elle est notre trésor commun qui nous révèle tous les autres et nous y conduit
Les textes de ce dimanche illustrent parfaitement - et surtout encouragent – ces progrès oecuméniques dont nous sommes les témoins heureux, dont nous devons être les acteurs toujours plus enthousiastes.
Les juifs exilés à Babylone ont pu rentrer en Israël grâce à l’édit de Cyrus en 538 av. J-Christ. La cohabitation avec les juifs restés sur place à Jérusalem n’est pas facile. On a de la peine à se comprendre, à s’accepter, à vivre ensemble. Il faut donc refaire l’unité d’un peuple guetté par des réflexes d’exclusions.
Comment faire ?
Néhémie le gouverneur et Esdras le prêtre ont trouvé la parade : rassembler les uns et les autres autour de la Parole biblique dans une belle et émouvante liturgie, une fête de la Bible.
Et là, tout y est.
On lit la Parole, mais on la traduit aussi pour que chacun comprenne dans sa langue. On en donne le sens pour l’expliquer juste. Et surtout pour lui permettre de devenir féconde dans la vie des personnes et la vie du peuple tout entier, appelé à relever de nouveaux défis. Et le tout dans la joie, avec un festin des retrouvailles, bien arrosé.
C’est un peu cette même expérience que le jeune Jésus fait dans la synagogue de son village, à Nazareth. Appelé à ouvrir le livre et à proclamer la Parole, il interprète l’oracle libérateur du prophète Isaïe, et il ose même dire :
« Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Oui, l’actualité de cette parole, avec des conséquences religieuses – il est le consacré par l’onction de l’Esprit – Saint – mais aussi des répercussions sociales et politiques – libérer les prisonniers et les opprimés, en même temps qu’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux malades de toutes sortes.
La mission du Christ-Messie est devenue la mission de l’Eglise aujourd’hui, notre mission. C’est pour cela – comme le rappelait l’apôtre Paul aux Corinthiens – qu’il y a dans l’Eglise toutes sortes de vocations et de services, comme il y a dans un même corps plusieurs membres, tous utiles, et complémentaires les uns des autres. Dans notre Eglise, on a beaucoup insisté sur les apôtres et leurs successeurs. Mais il ne faudrait pas oublier les prophètes, ceux et celles –car il y a beaucoup de femmes- qui nous réveillent, nous dérangent, nous agacent peut-être parce qu’ils nous bousculent dans nos habitudes et traditions. Ils nous invitent à ne pas tricher avec l’Evangile au cœur de notre société et jusque dans nos communautés d’Eglise.
Les apôtres de l’œcuménisme font partie de ces prophètes nécessaires parce que stimulants. Comme au retour de l’exil en Israël, comme Jésus dans son fief de Nazareth, ils nous proposent instamment, chrétiens de confessions différentes, de nous rassembler dans la prière autour de la Parole de Dieu et de l’étudier ensemble, et de nous retrouver plus forts et plus unis pour la mettre en pratique dans nos Eglises et dans notre société, comme un levain dans la pâte humaine. C’est le sens, entre autres, du prochain Festi Bible œcuménique qui animera Fribourg au prochain Jeûne Fédéral. Vous êtes d’ores et déjà invités. Qu’on puisse dire ce jour-là, mais aussi tous les autres jours :
« Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».
Et qu’en voyant tous les chrétiens en pèlerinage de réconciliation, tous puissent déjà proclamer « Voyez comme ils s’aiment ! »
Claude Ducarroz
vendredi 22 janvier 2010
Le 5ème enfant
Fleur de vie
Le 5ème enfant
Marie est une grand-maman optimiste. Et pourtant les épreuves ne lui ont pas manqué. Veuve avec quatre enfants en bas âge, elle a dû faire face à de lourdes responsabilités. Actuellement, ce sont plutôt ses petits-enfants qui lui causent des soucis. Elle voudrait tellement qu’ils réussissent dans la vie sans tomber dans les écueils de la facilité qui mène droit dans le mur des désillusions et de l’échec. Mais cette femme ne se plaint pas. Elle a gardé un beau sourire sur son visage buriné par les ans. Sa foi, toute ruisselante de prière, la maintient dans l’espérance.
Tout à coup, elle me parle d’un cinquième enfant, ce qui m’intrigue quelque peu. Elle m’explique. « Il y a plusieurs années, j’ai subi une greffe des poumons, la seule issue possible pour survivre à une grave maladie. Je sais seulement que c’est un jeune homme qui m’a donné cet organe vital. Alors, en moi, je le considère comme mon cinquième enfant. »
Une maman, ça donne la vie. Nous le savons tous, nous qui éprouvons tant de reconnaissance pour nos mères. Mais, en l’occurrence, c’est plutôt un jeune qui a rendu la vie à une femme qui aurait pu être sa mère. Il y avait un geste maternel dans son sacrifice anonyme.
Chacun de nous peut être donneur de vie, car il y a tant de manières d’aimer en partageant. Pas nécessairement dans les moments tragiques de l’existence, mais aussi dans le goutte à goutte de la vie quotidienne. En donnant, tout simplement. En se donnant.
J’en connais un du côté de Nazareth qui nous a montré la route. Et sa mère s’appelait aussi Marie…
1572 signes Claude Ducarroz
Le 5ème enfant
Marie est une grand-maman optimiste. Et pourtant les épreuves ne lui ont pas manqué. Veuve avec quatre enfants en bas âge, elle a dû faire face à de lourdes responsabilités. Actuellement, ce sont plutôt ses petits-enfants qui lui causent des soucis. Elle voudrait tellement qu’ils réussissent dans la vie sans tomber dans les écueils de la facilité qui mène droit dans le mur des désillusions et de l’échec. Mais cette femme ne se plaint pas. Elle a gardé un beau sourire sur son visage buriné par les ans. Sa foi, toute ruisselante de prière, la maintient dans l’espérance.
Tout à coup, elle me parle d’un cinquième enfant, ce qui m’intrigue quelque peu. Elle m’explique. « Il y a plusieurs années, j’ai subi une greffe des poumons, la seule issue possible pour survivre à une grave maladie. Je sais seulement que c’est un jeune homme qui m’a donné cet organe vital. Alors, en moi, je le considère comme mon cinquième enfant. »
Une maman, ça donne la vie. Nous le savons tous, nous qui éprouvons tant de reconnaissance pour nos mères. Mais, en l’occurrence, c’est plutôt un jeune qui a rendu la vie à une femme qui aurait pu être sa mère. Il y avait un geste maternel dans son sacrifice anonyme.
Chacun de nous peut être donneur de vie, car il y a tant de manières d’aimer en partageant. Pas nécessairement dans les moments tragiques de l’existence, mais aussi dans le goutte à goutte de la vie quotidienne. En donnant, tout simplement. En se donnant.
J’en connais un du côté de Nazareth qui nous a montré la route. Et sa mère s’appelait aussi Marie…
1572 signes Claude Ducarroz
Kinshasa
Fleur de vie
Kinshasa
Il y a des rencontres dont on ne revient pas indemne.
Je viens d’écouter le récit d’une dame qui a vécu plusieurs années à Kinshasa, au Congo. J’en suis encore tout bouleversé.
Elle s’est mise au service des enfants de la rue. Tantôt sous le poids de la misère, tantôt parce qu’on les considère comme des sorciers malfaisants, ces enfants hantent les banlieues, sans toit et surtout sans amour. Ils sont plusieurs dizaines de milliers à survivre dans la déchéance ou dans la violence. A leur tour, dans ces conditions inhumaines, ils ont des enfants qui ne connaîtront jamais autre chose que les mêmes rues de l’extrême pauvreté matérielle et morale. Cette dame m’a avoué, avec douleur et un peu de honte : « J’ai dû parfois faire un effort pour reconnaître en ces enfants des êtres humains ».
Les moyens de communication modernes et les facilités de transport font que nous ne pouvons nous cacher derrière l’ignorance de tels drames. Nous savons. Le pire serait que nous nous habituions à de telles inhumanités pour préserver notre confort. Ou que nous nous réfugiions dans un sentiment d’impuissance qui pourrait nous acheter une bonne conscience à bon marché.
Quand je vois ce que cette dame a fait et fait encore pour ces enfants, même si ça semble une goutte dans la mer, je crois que nous pouvons tous apporter notre contribution –si modeste qu’elle soit- à la grande croisade contre la misère, en particulier celle qui frappe les enfants innocents.
Allumer, ne serait-ce qu’une petite étoile dans le ciel de la solidarité, c’est déjà infiniment mieux que de maudire la nuit.
1598 signes Claude Ducarroz
Kinshasa
Il y a des rencontres dont on ne revient pas indemne.
Je viens d’écouter le récit d’une dame qui a vécu plusieurs années à Kinshasa, au Congo. J’en suis encore tout bouleversé.
Elle s’est mise au service des enfants de la rue. Tantôt sous le poids de la misère, tantôt parce qu’on les considère comme des sorciers malfaisants, ces enfants hantent les banlieues, sans toit et surtout sans amour. Ils sont plusieurs dizaines de milliers à survivre dans la déchéance ou dans la violence. A leur tour, dans ces conditions inhumaines, ils ont des enfants qui ne connaîtront jamais autre chose que les mêmes rues de l’extrême pauvreté matérielle et morale. Cette dame m’a avoué, avec douleur et un peu de honte : « J’ai dû parfois faire un effort pour reconnaître en ces enfants des êtres humains ».
Les moyens de communication modernes et les facilités de transport font que nous ne pouvons nous cacher derrière l’ignorance de tels drames. Nous savons. Le pire serait que nous nous habituions à de telles inhumanités pour préserver notre confort. Ou que nous nous réfugiions dans un sentiment d’impuissance qui pourrait nous acheter une bonne conscience à bon marché.
Quand je vois ce que cette dame a fait et fait encore pour ces enfants, même si ça semble une goutte dans la mer, je crois que nous pouvons tous apporter notre contribution –si modeste qu’elle soit- à la grande croisade contre la misère, en particulier celle qui frappe les enfants innocents.
Allumer, ne serait-ce qu’une petite étoile dans le ciel de la solidarité, c’est déjà infiniment mieux que de maudire la nuit.
1598 signes Claude Ducarroz
Reçois ce que tu donnes
Fleur de vie
Reçois ce que tu donnes
Cette famille a des goûts simples, mais on y apprécie les belles choses. Quoi de mieux sur la table de Noël qu’un beau bouquet de fleurs pour ajouter de la fraîcheur aux décorations traditionnelles un peu fanées? Monsieur allait procéder à l’achat quand Madame entendit à la radio un appel qui les a touchés tous les deux. L’ineffable Jean-Marc Richard suggérait de faire un don extraordinaire qui permettrait à des enfants pauvres de mieux vivre leur Noël. Alors pourquoi ne pas renoncer aux fleurs pour verser l’équivalent -et même un peu plus- à l’action de Noël proposée ? Ce fut un sacrifice, mais ce couple généreux n’a pas hésité longtemps à franchir le pas de cette émouvante solidarité. Pour des enfants, à Noël : il n’y a pas à tergiverser !
La table de Noël est dressée, avec goût, mais sans les fleurs. On sonne à la porte. C’est un couple d’amis qui vient leur souhaiter un joyeux Noël, avec un cadeau inattendu mais qui tombe à pic : un beau bouquet de fleurs, aussitôt placé sur la table. La place laissée vide par la générosité des uns est aussitôt remplie par la générosité des autres. Ils ont compris : on reçoit toujours ce que l’on donne, d’une manière ou d’une autre, surtout si l’on donne gratuitement, sans chercher à recevoir en retour.
Un certain Jésus de Nazareth a dit un jour : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». C’est même la seule sentence de lui qui ne se trouve pas dans les évangiles. Allez la chercher dans le livre des Actes des Apôtres au chapitre 20, verset 35. Qu’en pensez-vous ?
1566 signes Claude Ducarroz
Reçois ce que tu donnes
Cette famille a des goûts simples, mais on y apprécie les belles choses. Quoi de mieux sur la table de Noël qu’un beau bouquet de fleurs pour ajouter de la fraîcheur aux décorations traditionnelles un peu fanées? Monsieur allait procéder à l’achat quand Madame entendit à la radio un appel qui les a touchés tous les deux. L’ineffable Jean-Marc Richard suggérait de faire un don extraordinaire qui permettrait à des enfants pauvres de mieux vivre leur Noël. Alors pourquoi ne pas renoncer aux fleurs pour verser l’équivalent -et même un peu plus- à l’action de Noël proposée ? Ce fut un sacrifice, mais ce couple généreux n’a pas hésité longtemps à franchir le pas de cette émouvante solidarité. Pour des enfants, à Noël : il n’y a pas à tergiverser !
La table de Noël est dressée, avec goût, mais sans les fleurs. On sonne à la porte. C’est un couple d’amis qui vient leur souhaiter un joyeux Noël, avec un cadeau inattendu mais qui tombe à pic : un beau bouquet de fleurs, aussitôt placé sur la table. La place laissée vide par la générosité des uns est aussitôt remplie par la générosité des autres. Ils ont compris : on reçoit toujours ce que l’on donne, d’une manière ou d’une autre, surtout si l’on donne gratuitement, sans chercher à recevoir en retour.
Un certain Jésus de Nazareth a dit un jour : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». C’est même la seule sentence de lui qui ne se trouve pas dans les évangiles. Allez la chercher dans le livre des Actes des Apôtres au chapitre 20, verset 35. Qu’en pensez-vous ?
1566 signes Claude Ducarroz
Le Noël de Noélie
Fleur de vie
Le Noël de Noélie
Bernadette a une habitude hélas ! trop peu répandue, surtout dans la très sérieuse Helvétie. Quand elle prend place à l’église pour la messe, elle s’adresse d’abord à son voisin ou sa voisine pour le/la saluer gentiment et faire un brin connaissance. Elle ne conçoit pas prier à côté de quelqu’un en laissant ce frère ou cette sœur dans un anonymat qui frise l’indifférence. C’est contraire à sa religion ! Comme il arrive assez souvent, les protagonistes de ce bref dialogue se retrouvent à la sortie pour prolonger la conversation. N’est-ce pas aussi comme cela qu’on fait communauté, surtout après avoir communié au même Seigneur qui nous y encourage à longueur d’évangiles ?
C’est bien tombé, ce jour-là. La voisine d’église est une immigrée qui se trouve seule au monde dans cette grande ville. Noël approche. Bernadette pousse la bienfaisante indiscrétion jusqu’à lui demander où elle passera cette fête. Vous devinez : toute seule chez elle. Ni une ni deux, Bernadette l’invite à venir à la maison partager la veillée de Noël en famille. Car la communauté, ce n’est pas seulement se dire bonjour à l’église. C’est aussi fraterniser après la messe, dans la vie ordinaire.
Imaginez la joie de cette femme fraîchement débarquée en Suisse, qui craignait d’avoir à ruminer sa solitude un soir de Noël. Et pour couronner le tout, elle avoua à ses hôtes : « Je m’appelle Noélie parce que je suis née un jour de Noël ! »
On peut vivre Noël tous les jours. Ou au moins tous les dimanches. Il suffit de faire attention à celle ou celui qui prie à côté de soi à l’église.
1595 signes Claude Ducarroz
Le Noël de Noélie
Bernadette a une habitude hélas ! trop peu répandue, surtout dans la très sérieuse Helvétie. Quand elle prend place à l’église pour la messe, elle s’adresse d’abord à son voisin ou sa voisine pour le/la saluer gentiment et faire un brin connaissance. Elle ne conçoit pas prier à côté de quelqu’un en laissant ce frère ou cette sœur dans un anonymat qui frise l’indifférence. C’est contraire à sa religion ! Comme il arrive assez souvent, les protagonistes de ce bref dialogue se retrouvent à la sortie pour prolonger la conversation. N’est-ce pas aussi comme cela qu’on fait communauté, surtout après avoir communié au même Seigneur qui nous y encourage à longueur d’évangiles ?
C’est bien tombé, ce jour-là. La voisine d’église est une immigrée qui se trouve seule au monde dans cette grande ville. Noël approche. Bernadette pousse la bienfaisante indiscrétion jusqu’à lui demander où elle passera cette fête. Vous devinez : toute seule chez elle. Ni une ni deux, Bernadette l’invite à venir à la maison partager la veillée de Noël en famille. Car la communauté, ce n’est pas seulement se dire bonjour à l’église. C’est aussi fraterniser après la messe, dans la vie ordinaire.
Imaginez la joie de cette femme fraîchement débarquée en Suisse, qui craignait d’avoir à ruminer sa solitude un soir de Noël. Et pour couronner le tout, elle avoua à ses hôtes : « Je m’appelle Noélie parce que je suis née un jour de Noël ! »
On peut vivre Noël tous les jours. Ou au moins tous les dimanches. Il suffit de faire attention à celle ou celui qui prie à côté de soi à l’église.
1595 signes Claude Ducarroz
lundi 18 janvier 2010
Les tribulations d'un sacrement
Finies, les absolutions collectives !
Les tribulations d’un sacrement
Pauvre confession ! On l’avait rebaptisée « sacrement de la réconciliation ». Voici qu’elle redevient très « pénitentielle ». En effet, par un décret du 1er janvier 2009, les évêques suisses suppriment l’autorisation de donner l’absolution collective puisque seul le danger imminent de mort pourrait encore la justifier chez nous. Autant dire : jamais ! (1)
Que s’est-il passé ?
La manière de comprendre et de célébrer ce sacrement a beaucoup évolué au cours des siècles. Aucun sacrement n’a subi autant de variations, y compris dans l’impact concret qu’il eut dans la conscience, la piété et l’existence des chrétiens. (2) Jusqu’à l’époque du concile Vatican II où, selon un théologien, « le lieu (le confessionnal), la durée (quelques minutes), le style (chuchotant) en faisaient le degré zéro de ce que doit être une célébration liturgique ».(3) Sauf respect pour la grâce du pardon, évidemment !
Si les chrétiens –même les plus fervents- ont peu à peu délaissé ce sacrement, ce n’est pas d’abord parce qu’ils n’en voyaient plus la nécessité. C’est parce qu’il avait trop souvent péché lui-même par des pratiques inquisitoriales et angoissantes, dont peuvent témoigner encore de nombreux pénitents. Il y eut –et il y a encore- dans notre Eglise trop de « cabossés de la confession ». Car des hypertrophies malsaines focalisaient davantage l’attention sur le péché -en tous ses états- que sur la bonne nouvelle du pardon, sur l’individu isolé que sur la communauté, sur le Dieu vengeur que sur le Père des miséricordes. Il fallait donc que ce sacrement passe lui-même par une sérieuse cure de conversion.
Et puis vint le concile Vatican II
C’est ce que le concile Vatican II a initié quand il dit que « la célébration commune, avec participation active des fidèles, (…) doit l’emporter sur la célébration individuelle et quasi privée », en précisant que « ça vaut aussi pour l’administration des sacrements.» (Constitution sur la liturgie no 27).
Concernant le sacrement de pénitence, il a fallu attendre 1973 - puis 1978 pour la version en français (4)- avant de voir les premiers effets de la réforme annoncée. Et ils furent d’importance.
Le rituel promeut une célébration renouvelée qui comporte un accueil réciproque fraternel, une écoute de la Parole de Dieu, une confession de la miséricorde autant que du péché, le rite biblique de l’imposition des mains et un envoi dans le monde comme témoin de la réconciliation, etc…
C’est une toute autre ambiance, qui s’exprima jusque dans le mobilier. Des lieux d’accueil sympathiques remplacèrent les confessionnaux obscurs, poussiéreux et grillagés… une invention de 1565 seulement ! Bien sûr, les attitudes intérieures demeurent semblables parce qu’elles sont héritées de l’Evangile, à savoir la confiance en l’amour de Dieu, la reconnaissance et le regret de son péché, la volonté de conversion et de réparation. N’empêche que le pardon libérateur l’emporte désormais sur les efforts pénitentiels, comme la miséricorde de Dieu est heureusement plus forte que nos misères humaines.
Mais la nouveauté la plus visible surgit ailleurs. Le rituel, en effet, élargit les formes possibles du sacrement, en consacrant les célébrations communautaires avec confession et absolution individuelles, et surtout en autorisant des célébrations avec confession et absolution collectives. Une sorte de révolution, encore que ce terme ne soit pas adéquat pour qui connaît les nombreux virages déjà accomplis dans sa longue histoire par ce sacrement décidemment très élastique en ses rites.
L’absolution collective –qu’il vaudrait mieux appeler communautaire- est possible « lorsque, vu le nombre de pénitents, il n’y a pas suffisamment de confesseurs à leur disposition pour entendre comme il le faut la confession de chacun dans des limites de temps convenable, en sorte que les pénitents seraient contraints de demeurer privés -sans faute de leur part- de la grâce sacramentelle ou de la sainte communion. » (Rituel en français no 45). Il appartint aux évêques de décider quand il est permis de donner cette absolution sacramentelle collective. Ce que les évêques suisses ont fait par un décret de 1974. Mais, précisent les évêques, « il faut rappeler chaque fois l’obligation pour les pénitents ayant conscience de fautes graves de les accuser à un prêtre avant une autre absolution collective. » Non pas que de tels péchés ne soient pas pardonnés au moment de l’absolution collective, mais parce que de telles situations exigent l’appoint de conseils compétents pour favoriser le discernement et encourager l’authentique conversion du pécheur.
La diffusion de l’absolution collective dans plusieurs diocèses suisses a changé les habitudes des catholiques. Certains sont revenus à ce sacrement qu’ils avaient délaissé à cause des critiques (légitimes) que l’on sait. Mais le fait de le recevoir désormais uniquement sous sa forme communautaire a provoqué une désaffection dommageable de sa forme personnelle. N’allait-on pas vers des confessions trop faciles, vers un pardon au rabais ?
Il faut cependant le reconnaître : tant les fidèles que les pasteurs tirent de cette liturgie pénitentielle un bilan très positif. De telles célébrations sont devenues des moments forts de l’année liturgique, pour les personnes comme pour les communautés, notamment avant Noël et avant Pâques. L’impact de la Parole de Dieu, le renouveau de l’examen de conscience, l’image d’un peuple nombreux rassemblé pour accueillir le signe du pardon : tout cela, lorsque la liturgie est bien préparée et bien animée, constitue une expérience d’évangile profonde et féconde. C’est pourquoi les « pratiquants » de ces cérémonies restent très attachés à cette forme de réconciliation sacramentelle. Il faut les écouter.
Retour en arrière ?
Qu’en pensa-t-on à Rome ? Pas beaucoup de bien, il faut le remarquer, et les évêques suisses sont bien placés pour le savoir. De la part des dicastères du Vatican et de la part du pape lui-même, ont paru en rafale des mises en garde, des précisions en forme de restrictions, des pressions pour que cessent de telles anomalies jugées contraires à l’esprit –sinon à la lettre- des documents officiels. La liste de ces coups de frein est très longue.(5) Le Code de droit canon (1983) et le Catéchisme de l’Eglise catholique (1992) ont donné le coup de grâces à ces liturgies, tandis que les évêques suisses traînaient les pieds pour obtempérer aux ordres de Rome qui leur enjoignait de mettre fin à ces déplorables « spécialités suisses ». C’est ce que nos évêques ont fait par le décret du 1er janvier 2009, un écrit typiquement juridique puisqu’on y renvoie au droit canon et à d’autres documents romains à 12 reprises sans jamais citer une seule fois l’évangile explicitement. Avec un argument jugé imparable : l’aveu personnel verbal et l’absolution individuelle sont constitutifs de ce sacrement, même si, paradoxalement, les absolutions collectives reçues jusqu’à ce jour sont, malgré tout, considérées comme valides.
Soyons positifs. Nos évêques rappellent opportunément qu’il y a bien des manières d’obtenir le pardon divin, lequel demeure un cadeau gratuit. Il suffit de penser, en méditant les textes bibliques, au baptême d’abord –évidemment-, puis au partage entre frères, à l’engagement apostolique, à la prière sincère, à l’offrande de ses souffrances, à la participation à l’eucharistie « en rémission des péchés », etc… Nos évêques encouragent toujours les célébrations communautaires, mais avec absolution individuelle, ces cérémonies hybrides qui ne permettent pas toujours une vraie rencontre personnelle quand les fidèles doivent passer auprès d’un prêtre (pressé) pour recevoir une (rapide) absolution. Ils nous rappellent ensuite que les péchés dits « véniels » n’exigent pas une absolution sacramentelle. Mais encore faut-il savoir distinguer les diverses « sortes de péchés », un sujet que le Catéchisme de l’Eglise catholique tente d’expliquer en ….11 numéros (1854-1864). Ces célébrations non-sacramentelles, suffisantes pour le pardon des « petits péchés », peuvent être présidées par des laïcs (hommes et femmes), qui choisiront une « absolution déprécative » (« Que le Seigneur vous pardonne… »), ce qui fut la formule de l’absolution sacramentelle en Occident jusqu’au 13ème siècle et demeure telle dans les Eglises d’Orient. Bonjour les confusions !
Pour un vrai renouveau
Théologiquement, il faut redire que l’Eglise, dans le registre des sacrements, doit être fidèle à leurs contenus mystériques hérités de l’évangile, tels qu’ils se sont ritualisés dans les premières communautés chrétiennes. Mais quant aux formes, rites et conditions, l’Eglise a parfaitement le droit de trouver à chaque époque les meilleures expressions possibles, compte tenu des circonstances de temps et de lieux. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait, pratiquement pour tous les sacrements, au cours de son histoire fort complexe. Les différences, parfois très grandes et toujours significatives, entre l’Orient et l’Occident sont là pour en témoigner.
Dès lors recourir aux exemples du Nouveau Testament, en passant par les Pères de l’Eglise jusqu’à tous les développements ultérieurs, pour revenir en arrière en imposant à tout prix l’aveu personnel et le pardon individuel, c’est un peu court. Comme si ces témoignages étaient clairs et univoques alors qu’ils sont variés et contrastés.
Dans l’Evangile lui-même, toutes les formes de pardon sont repérables dans les rencontres de Jésus avec les pécheurs, depuis ceux qui ne dirent rien (par exemple le paralytique en Mc 2 et la femme adultère en Jn 8) jusqu’aux pardonnés « collectivement » par le Christ sur la croix en Lc 23,34. Tous avaient besoin du salut et il était offert à tous : là est l’essentiel. N’est-ce pas pour manifester cela qu’on trouve des serviteurs du pardon dans l’évangile (Cf. Jn 20,23) et des ministères de la réconciliation chez saint Paul (Cf. II Co 5,18-19), mais dans le cadre de communautés tout entières réconciliatrices (Cf. Mt 18 et Jc 5,16) ? Peut-on déjà en déduire une pratique sacramentelle précise et codifiée ?
Une théologie purement archéologique ne résout pas les questions d’aujourd’hui. Il faut avoir le courage de refonder ce sacrement sur les bases les plus solides de l’évangile, à savoir les rencontres du Seigneur avec les pécheurs et les exclus, mais en tenant compte des évolutions sociales et ecclésiales, par exemple le manque de prêtres et la prise de conscience de la responsabilité communautaire. C’est ce que le concile Vatican II a essayé de faire.
Sans doute chaque réforme, en insistant sur tel ou tel aspect, risque de laisser un peu dans l’ombre d’autres dimensions. Il appartient à nos pasteurs de les rappeler pour qu’elles ne soient pas oubliées. Nous sommes encore nombreux à avoir subi les graves dérives des pratiques pénitentielles anciennes. On peut faire mieux aujourd’hui, et on doit le faire.(6) C’est un beau chantier pour une Eglise enracinée dans l’Evangile, mais tournée vers l’avenir.
Il faut souhaiter qu’une nouvelle réflexion sur le fond, au-delà des interdits, suscite une certaine créativité liturgique afin que la pluralité des formes, heureusement permises après le concile, ne soit pas abandonnée. Car il est bon que les chrétiens, suivant les conditions dans lesquelles ils se trouvent, puissent avoir un certain choix dans l’approche liturgique d’un pardon qui, quelles que soient les formes qu’il endosse, restera toujours une merveilleuse grâce de libération et de paix dont nous avons tous besoin sur le chemin difficile de nos existences imparfaites.
Claude Ducarroz
1) Les documents de la Conférence des évêques suisses sont disponibles sur www.sbk-ces-cvs.ch
2) Pour en savoir davantage : Philippe Rouillard – Histoire de la pénitence des origines à nos jours - Cerf 1996
3) Cf. Louis-Marie Chauvet - Le Sacrement du Pardon entre hier et demain - Desclée 1993 p.74
4) On ne peut que recommander la lecture des orientations doctrinales et pastorales de ce nouveau rituel – Chalet-Tardy 1978 pp. 9-27
5) Cf. Bernard Rey – Pour des célébrations pénitentielles dans l’esprit de Vatican II - Cerf 1995 Le chapitre IX : Le Saint-Siège et les célébrations communautaires
6) L’abbé François-Xavier Amerdt a émis quelques bonnes suggestions dans un article en annexe du décret des évêques suisses du 1er janvier 2009.
Les tribulations d’un sacrement
Pauvre confession ! On l’avait rebaptisée « sacrement de la réconciliation ». Voici qu’elle redevient très « pénitentielle ». En effet, par un décret du 1er janvier 2009, les évêques suisses suppriment l’autorisation de donner l’absolution collective puisque seul le danger imminent de mort pourrait encore la justifier chez nous. Autant dire : jamais ! (1)
Que s’est-il passé ?
La manière de comprendre et de célébrer ce sacrement a beaucoup évolué au cours des siècles. Aucun sacrement n’a subi autant de variations, y compris dans l’impact concret qu’il eut dans la conscience, la piété et l’existence des chrétiens. (2) Jusqu’à l’époque du concile Vatican II où, selon un théologien, « le lieu (le confessionnal), la durée (quelques minutes), le style (chuchotant) en faisaient le degré zéro de ce que doit être une célébration liturgique ».(3) Sauf respect pour la grâce du pardon, évidemment !
Si les chrétiens –même les plus fervents- ont peu à peu délaissé ce sacrement, ce n’est pas d’abord parce qu’ils n’en voyaient plus la nécessité. C’est parce qu’il avait trop souvent péché lui-même par des pratiques inquisitoriales et angoissantes, dont peuvent témoigner encore de nombreux pénitents. Il y eut –et il y a encore- dans notre Eglise trop de « cabossés de la confession ». Car des hypertrophies malsaines focalisaient davantage l’attention sur le péché -en tous ses états- que sur la bonne nouvelle du pardon, sur l’individu isolé que sur la communauté, sur le Dieu vengeur que sur le Père des miséricordes. Il fallait donc que ce sacrement passe lui-même par une sérieuse cure de conversion.
Et puis vint le concile Vatican II
C’est ce que le concile Vatican II a initié quand il dit que « la célébration commune, avec participation active des fidèles, (…) doit l’emporter sur la célébration individuelle et quasi privée », en précisant que « ça vaut aussi pour l’administration des sacrements.» (Constitution sur la liturgie no 27).
Concernant le sacrement de pénitence, il a fallu attendre 1973 - puis 1978 pour la version en français (4)- avant de voir les premiers effets de la réforme annoncée. Et ils furent d’importance.
Le rituel promeut une célébration renouvelée qui comporte un accueil réciproque fraternel, une écoute de la Parole de Dieu, une confession de la miséricorde autant que du péché, le rite biblique de l’imposition des mains et un envoi dans le monde comme témoin de la réconciliation, etc…
C’est une toute autre ambiance, qui s’exprima jusque dans le mobilier. Des lieux d’accueil sympathiques remplacèrent les confessionnaux obscurs, poussiéreux et grillagés… une invention de 1565 seulement ! Bien sûr, les attitudes intérieures demeurent semblables parce qu’elles sont héritées de l’Evangile, à savoir la confiance en l’amour de Dieu, la reconnaissance et le regret de son péché, la volonté de conversion et de réparation. N’empêche que le pardon libérateur l’emporte désormais sur les efforts pénitentiels, comme la miséricorde de Dieu est heureusement plus forte que nos misères humaines.
Mais la nouveauté la plus visible surgit ailleurs. Le rituel, en effet, élargit les formes possibles du sacrement, en consacrant les célébrations communautaires avec confession et absolution individuelles, et surtout en autorisant des célébrations avec confession et absolution collectives. Une sorte de révolution, encore que ce terme ne soit pas adéquat pour qui connaît les nombreux virages déjà accomplis dans sa longue histoire par ce sacrement décidemment très élastique en ses rites.
L’absolution collective –qu’il vaudrait mieux appeler communautaire- est possible « lorsque, vu le nombre de pénitents, il n’y a pas suffisamment de confesseurs à leur disposition pour entendre comme il le faut la confession de chacun dans des limites de temps convenable, en sorte que les pénitents seraient contraints de demeurer privés -sans faute de leur part- de la grâce sacramentelle ou de la sainte communion. » (Rituel en français no 45). Il appartint aux évêques de décider quand il est permis de donner cette absolution sacramentelle collective. Ce que les évêques suisses ont fait par un décret de 1974. Mais, précisent les évêques, « il faut rappeler chaque fois l’obligation pour les pénitents ayant conscience de fautes graves de les accuser à un prêtre avant une autre absolution collective. » Non pas que de tels péchés ne soient pas pardonnés au moment de l’absolution collective, mais parce que de telles situations exigent l’appoint de conseils compétents pour favoriser le discernement et encourager l’authentique conversion du pécheur.
La diffusion de l’absolution collective dans plusieurs diocèses suisses a changé les habitudes des catholiques. Certains sont revenus à ce sacrement qu’ils avaient délaissé à cause des critiques (légitimes) que l’on sait. Mais le fait de le recevoir désormais uniquement sous sa forme communautaire a provoqué une désaffection dommageable de sa forme personnelle. N’allait-on pas vers des confessions trop faciles, vers un pardon au rabais ?
Il faut cependant le reconnaître : tant les fidèles que les pasteurs tirent de cette liturgie pénitentielle un bilan très positif. De telles célébrations sont devenues des moments forts de l’année liturgique, pour les personnes comme pour les communautés, notamment avant Noël et avant Pâques. L’impact de la Parole de Dieu, le renouveau de l’examen de conscience, l’image d’un peuple nombreux rassemblé pour accueillir le signe du pardon : tout cela, lorsque la liturgie est bien préparée et bien animée, constitue une expérience d’évangile profonde et féconde. C’est pourquoi les « pratiquants » de ces cérémonies restent très attachés à cette forme de réconciliation sacramentelle. Il faut les écouter.
Retour en arrière ?
Qu’en pensa-t-on à Rome ? Pas beaucoup de bien, il faut le remarquer, et les évêques suisses sont bien placés pour le savoir. De la part des dicastères du Vatican et de la part du pape lui-même, ont paru en rafale des mises en garde, des précisions en forme de restrictions, des pressions pour que cessent de telles anomalies jugées contraires à l’esprit –sinon à la lettre- des documents officiels. La liste de ces coups de frein est très longue.(5) Le Code de droit canon (1983) et le Catéchisme de l’Eglise catholique (1992) ont donné le coup de grâces à ces liturgies, tandis que les évêques suisses traînaient les pieds pour obtempérer aux ordres de Rome qui leur enjoignait de mettre fin à ces déplorables « spécialités suisses ». C’est ce que nos évêques ont fait par le décret du 1er janvier 2009, un écrit typiquement juridique puisqu’on y renvoie au droit canon et à d’autres documents romains à 12 reprises sans jamais citer une seule fois l’évangile explicitement. Avec un argument jugé imparable : l’aveu personnel verbal et l’absolution individuelle sont constitutifs de ce sacrement, même si, paradoxalement, les absolutions collectives reçues jusqu’à ce jour sont, malgré tout, considérées comme valides.
Soyons positifs. Nos évêques rappellent opportunément qu’il y a bien des manières d’obtenir le pardon divin, lequel demeure un cadeau gratuit. Il suffit de penser, en méditant les textes bibliques, au baptême d’abord –évidemment-, puis au partage entre frères, à l’engagement apostolique, à la prière sincère, à l’offrande de ses souffrances, à la participation à l’eucharistie « en rémission des péchés », etc… Nos évêques encouragent toujours les célébrations communautaires, mais avec absolution individuelle, ces cérémonies hybrides qui ne permettent pas toujours une vraie rencontre personnelle quand les fidèles doivent passer auprès d’un prêtre (pressé) pour recevoir une (rapide) absolution. Ils nous rappellent ensuite que les péchés dits « véniels » n’exigent pas une absolution sacramentelle. Mais encore faut-il savoir distinguer les diverses « sortes de péchés », un sujet que le Catéchisme de l’Eglise catholique tente d’expliquer en ….11 numéros (1854-1864). Ces célébrations non-sacramentelles, suffisantes pour le pardon des « petits péchés », peuvent être présidées par des laïcs (hommes et femmes), qui choisiront une « absolution déprécative » (« Que le Seigneur vous pardonne… »), ce qui fut la formule de l’absolution sacramentelle en Occident jusqu’au 13ème siècle et demeure telle dans les Eglises d’Orient. Bonjour les confusions !
Pour un vrai renouveau
Théologiquement, il faut redire que l’Eglise, dans le registre des sacrements, doit être fidèle à leurs contenus mystériques hérités de l’évangile, tels qu’ils se sont ritualisés dans les premières communautés chrétiennes. Mais quant aux formes, rites et conditions, l’Eglise a parfaitement le droit de trouver à chaque époque les meilleures expressions possibles, compte tenu des circonstances de temps et de lieux. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait, pratiquement pour tous les sacrements, au cours de son histoire fort complexe. Les différences, parfois très grandes et toujours significatives, entre l’Orient et l’Occident sont là pour en témoigner.
Dès lors recourir aux exemples du Nouveau Testament, en passant par les Pères de l’Eglise jusqu’à tous les développements ultérieurs, pour revenir en arrière en imposant à tout prix l’aveu personnel et le pardon individuel, c’est un peu court. Comme si ces témoignages étaient clairs et univoques alors qu’ils sont variés et contrastés.
Dans l’Evangile lui-même, toutes les formes de pardon sont repérables dans les rencontres de Jésus avec les pécheurs, depuis ceux qui ne dirent rien (par exemple le paralytique en Mc 2 et la femme adultère en Jn 8) jusqu’aux pardonnés « collectivement » par le Christ sur la croix en Lc 23,34. Tous avaient besoin du salut et il était offert à tous : là est l’essentiel. N’est-ce pas pour manifester cela qu’on trouve des serviteurs du pardon dans l’évangile (Cf. Jn 20,23) et des ministères de la réconciliation chez saint Paul (Cf. II Co 5,18-19), mais dans le cadre de communautés tout entières réconciliatrices (Cf. Mt 18 et Jc 5,16) ? Peut-on déjà en déduire une pratique sacramentelle précise et codifiée ?
Une théologie purement archéologique ne résout pas les questions d’aujourd’hui. Il faut avoir le courage de refonder ce sacrement sur les bases les plus solides de l’évangile, à savoir les rencontres du Seigneur avec les pécheurs et les exclus, mais en tenant compte des évolutions sociales et ecclésiales, par exemple le manque de prêtres et la prise de conscience de la responsabilité communautaire. C’est ce que le concile Vatican II a essayé de faire.
Sans doute chaque réforme, en insistant sur tel ou tel aspect, risque de laisser un peu dans l’ombre d’autres dimensions. Il appartient à nos pasteurs de les rappeler pour qu’elles ne soient pas oubliées. Nous sommes encore nombreux à avoir subi les graves dérives des pratiques pénitentielles anciennes. On peut faire mieux aujourd’hui, et on doit le faire.(6) C’est un beau chantier pour une Eglise enracinée dans l’Evangile, mais tournée vers l’avenir.
Il faut souhaiter qu’une nouvelle réflexion sur le fond, au-delà des interdits, suscite une certaine créativité liturgique afin que la pluralité des formes, heureusement permises après le concile, ne soit pas abandonnée. Car il est bon que les chrétiens, suivant les conditions dans lesquelles ils se trouvent, puissent avoir un certain choix dans l’approche liturgique d’un pardon qui, quelles que soient les formes qu’il endosse, restera toujours une merveilleuse grâce de libération et de paix dont nous avons tous besoin sur le chemin difficile de nos existences imparfaites.
Claude Ducarroz
1) Les documents de la Conférence des évêques suisses sont disponibles sur www.sbk-ces-cvs.ch
2) Pour en savoir davantage : Philippe Rouillard – Histoire de la pénitence des origines à nos jours - Cerf 1996
3) Cf. Louis-Marie Chauvet - Le Sacrement du Pardon entre hier et demain - Desclée 1993 p.74
4) On ne peut que recommander la lecture des orientations doctrinales et pastorales de ce nouveau rituel – Chalet-Tardy 1978 pp. 9-27
5) Cf. Bernard Rey – Pour des célébrations pénitentielles dans l’esprit de Vatican II - Cerf 1995 Le chapitre IX : Le Saint-Siège et les célébrations communautaires
6) L’abbé François-Xavier Amerdt a émis quelques bonnes suggestions dans un article en annexe du décret des évêques suisses du 1er janvier 2009.
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